Les technologies numériques, un piège dévastateur socialement et écologiquement

Une semaine contre la numérisation du monde et des existences à Toulouse

mardi 1er juin 2021, par Phénix.

Des réseaux et des uns : Une semaine sur la numérisation du monde
Du 2 au 6 juin, discussions, projections et repas dans différents lieux de Toulouse.
- Programme de la semaine

Pourquoi faire une semaine contre la numérisation du monde et des existences ?
D’abord parce que, grâce au numérique, le confinement a rendu le « monde à distance » plus présent que jamais. Ensuite parce qu’avec la « transition écologique », l’industrie numérique et ses usages font partie du dispositif de « relance », donc de gouvernement, qui sont mis en place pour gérer la catastrophe ambulante qu’est notre monde régit par l’économie. Enfin, parce que nous n’entendons pas rester passifs et impuissants, il nous faut des connaissances, des images et des outils pour faire exister autre chose.

Les technologies numériques, un piège dévastateur socialement et écologiquement
Un monde de silicium, noyé dans le virtuel et dirigé par des machines dotées d’une rationalité cybernétique ?!

Présentation de la semaine

Confrontés aux expériences brutales de confinement économique et social, on aurait pu imaginer que le réel fasse enfin irruption – sous la forme de l’arrêt du travail, des oiseaux qui reviennent voler en ville ou encore de la proximité soudaine avec des proches – et détruise, par sa simple force, par les évidences qu’il nous met enfin sous les yeux, les écrans et autres réseaux qui ont fini par se confondre avec la réalité elle-même. Il n’en fut rien, bien au contraire, comme si l’industrie numérique avait réponse à tout. Le travail cesse ? Télétravaillez. Vous ne pouvez plus sortir ? Faites vos courses en ligne. Vous vous ennuyez ? Regardez Netflix. Vous vous sentez seul ? Faites un apéro sur Zoom. La maladie dure ? Consultez à distance et téléchargez TousAntiCovid. « La technologie a tellement progressé que nous pouvons rester connectés de nombreuses manières sans être physiquement dans la même pièce ou dans le même espace que les gens » écrit Maria Van Kerkhove, épidémiologiste de l’OMS : c’est dire à quel point le numérique est lié à pandémie, en tant que condition et remède. D’autres parlent d’un « Screen New Deal » pour sortir du confinement et de la crise économique dues au Covid : des investissements massifs dans l’industrie et les infrastructures numériques qui permettraient de maintenir les distances physiques (avantage sanitaire), faire des gains de productivité (avantage économique) et réduire les coûts de transports (avantage écologique).

Nous n’y croyons pas une seconde. Si l’aura d’utopie qui entourait la naissance des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) – après la Seconde Guerre mondiale – ainsi que le réseau Internet – dans les années 90 – ont pu faire illusion quelques années, ce temps est désormais révolu. On sait bien que l’industrie numérique, loin d’accompagner la transition énergétique, est en fait l’un des secteurs les plus polluants, devant l’aviation. L’importance des GAFAM et la nouvelle économie de la « data » ont douché à peu près tous les espoirs de ceux qui voyaient dans les NTIC la possibilité d’une économie du partage, de la coopération et de l’abondance. On sait aussi, au moins depuis les révélations d’Edward Snowden, que l’infrastructure des télécommunications favorise la libération de la parole dans la mesure même où elle améliore la surveillance de masse. L’ascension de la Chine au rang de puissance mondiale doit nous rendre attentifs à la manière dont le numérique reconfigure les rapports de pouvoir, la plupart du temps en faveur des puissants de ce monde. Et l’Occident a beau jeu de se servir de la Chine comme épouvantail autoritaire : le crédit social dont on parle tant trouve ses racines aux États-Unis ; les caméras, la reconnaissance faciale, et la notation généralisée existent aussi à l’ouest. Et elles ne datent pas d’hier.

Tout cela, on le sait. Ce que l’on sait un peu moins, c’est comment se frayer un chemin praticable dans ces conditions. Non pas défendre un usage émancipateur des technologies numériques mais plutôt trouver quelques failles qui nous permettent de souffler, de trouver un peu d’ombre et, pourquoi pas, de retourner certains outils contre ceux qui nous gouvernent. C’est à ces tâches que veulent s’atteler ces rencontres. En analysant patiemment le flot des nouvelles images numériques qui nous accompagnent au quotidien ; en revenant sur l’histoire technique, politique et intellectuelle de l’émergence des NTIC et du monde qu’elles ouvrent ; en débusquant, dans les dispositifs idéologiques et technologiques qui nous font face, des méthodes de gouvernement ; en partageant des outils, numériques ou non, pour éviter les pièges les plus évidents.

Les technologies numériques, un piège dévastateur socialement et écologiquement
Le smart n’est pas très propre

P.-S.

Sur le numérique et son monde dévastateur :

  • Économie numérique : la mue du capitalisme contemporain - Alors que la numérisation de la vie s’intensifie au temps des confinements, il est urgent de penser comment la « Révolution numérique » façonne un nouvel ordre économique qui étend l’emprise destructrice du capitalisme industriel sur la nature et la société. Deux ouvrages récents discutés ici par l’économiste Hélène Tordjman nous aident à avancer sur ce chemin.
  • Transition numérique : pour continuer comme avant - Bonnes feuilles – Face aux épineux problèmes écologiques, les technologies numériques sont souvent présentées comme un remède, rendant compatibles nos vieillottes infrastructures avec les impératifs de sobriété. En reparcourant l’histoire de l’électricité et en analysant la manière dont cette énergie est aujourd’hui pensée, Gérard Dubey et Alain Gras offrent un recul critique salutaire sur les promesses soi-disant fabuleuses de notre présent.
  • Le « bon sens » de la numérisation - Ou le nassage des possibles - La crise sanitaire a servi d’accélérateur pour le processus en cours de numérisation ultra capitalisée du social. Pêle-mêle il sera question ici de "sans-contact", de "cellules de numérisation", de "Sentiment de Satisfaction Personnelle" et plus généralement du projet, annoncé comme tel, d’« intégration permanente de la technologie dans tous les aspects de la vie des citoyens » - ici, principalement de ceux et celles qui veulent encore apprendre.
  • La violence (de l’) informatique - Introduisons, d’abord rapidement, l’ouvrage, avec son titre à double sens. Le message (implicite) que diffuse « la culture digitale » est un appel au meurtre : il faut écraser les opposants à « l’économie numérique » ou à la nouvelle révolution industrielle, ou il faut discipliner « les jeunes », les dresser et les transformer en militants enthousiastes de la nouvelle culture révolutionnaire. Brandissant leur smartphone en guise de drapeau rouge.
  • Sans smartphone, pas de liberté ? - N’est-il plus possible d’imaginer préserver des libertés publiques sans avoir recours à un « smartphone », à une caméra et à toute l’infrastructure numérique que cette quincaillerie alimente et génère ? N’est-il pas contradictoire et singulièrement imprudent d’attribuer à un instrument symbolique de la start-up nation, un rôle central dans le combat pour la liberté ? Retour critique sur la contestation de la loi Sécurité Globale.
  • Ne laissons pas s’installer le monde sans contact - Tant de gens parlent du « jour d’après », de tout ce qu’il faudra accomplir et obtenir après le coronavirus. Initié par le collectif Ecran total et Ecologistas en accion, ce texte soulève le risque que les bonnes résolutions pour le jour d’après soient déjà neutralisées par l’accélération en cours de l’informatisation du monde. Il propose un boycott massif de l’application Stop-COVID19 qui sera mise en place au mois de mai.
  • Peut-on s’opposer à l’informatisation du monde ? - Sommes-nous encore libres de décider de nos usages et modes de vie collectifs ? L’auteur fait le constat du paradoxe d’une société où le diktat technologique impose, malgré la volonté de ses citoyens, l’implantation et l’utilisation de technologies numériques de plus en plus performantes et pénétrantes (comme la 5G), alors même qu’elles contribuent à accélérer la catastrophe écologique en cours.
  • Sans Contact - Stratégie du choc et résistances à la numérisation de l’école - Fermée à deux reprises durant la pandémie, subitement devenue priorité nationale après l’assassinat de Samuel Paty, mais aussi promise à disparaître petit à petit dans les nuages des écrans tactiles et des logiciels éducatifs : l’école est au centre des débats. Pour en explorer les couloirs et les salles, c’est à Grenoble que la fine équipe de Z a posé ses valises cette année.

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