Les gillets jaunes repensent l’écologie

Ce qu’il faut retenir du mouvement des gilets jaune en réponse à l’écologie industriel, du Développement Durable, de la financiarisation de la nature ...

par zéphyre.
Mis à jour le mercredi 17 avril 2019

Gillets jaunes et écologie, une contribution populaire à la critique de l’écologie entreprenariale, étatique et industriel

Alors que l’on nous prépare à un monde toujours plus « optimisé », « organisé », « sous contrôle » et, dans les faits, durable pour l’économie mais difficilement vivable pour nous tout.e.s, en France un mouvement populaire se lève et ose porter un vent nouveau. En bloquant à petite échelle l’économie destructrice, ce mouvement peut alors être targué d’« écologiste ». Ce qu’il faut comprendre et surtout ce qui mérite d’être dit, c’est que la lutte contre le changement climatique, et plus globalement les politiques environnementalistes en général, ne sont que des mutations du capitalisme en un « capitalisme vert ».

En s’attaquant donc à une taxe visant à augmenter le prix du carburant, le mouvement a donc su pointer du doigt ce que sont réellement les politiques de fiscalité écologistes. Elles ne deviennent que des réglementations d’oppression des plus faibles, une oppression de classe, où les plus riches pourraient vivre dans un monde dépollué de toute nuisance. On le voit très bien ici, le cours que prend la lutte contre le changement climatique ne prend pas du tout en compte le paramètre social. C’est une politique de domination, de mépris de classes. Le mouvement des gilets jaunes doit donc amener à dépasser cette actuelle « écologie politique ». On le voit très bien, les représentants à la COP24 en Pologne soutiennent la France dans cette démarche de fiscalité écologique. Une écologie punitive, avec pour seule visée de taxer les individus, ne fera que rendre plus grand l’écart entre les habitant.e.s et les « représentant.e.s » politiques et ne peut viser qu’à un rejet de l’écologie.

La voie est donc ouverte vers une critique et une remise en question du mouvement « écolo ». Servons nous de ces récents événements pour alimenter de nouvelles réflexions, pour porter un nouveau regard sur les défis qu’il nous reste à mener ! On le voit bien, à travers les revendications de ce mouvement, l’écologie n’est pas que la priorité des jeunes dynamiques des centre urbains (plus communément appelés bobos). Les gilets jaunes ne sont pas non plus des « gros beaufs » se foutant royalement de la nature. C’est juste que la petite écologie du quotidien, des éco gestes-citoyens (celle du zéro déchet, du je fabrique mon savon, et du j’achète en vrac), cette « égologie » n’est pas la leur. Cette individualisation de l’écologie vise à faire reposer le combat environnemental sur le dos des citoyens (avec un certain mépris de celles et ceux qui ni participent pas) sans venir rompre avec les véritables pollueurs, que sont les grandes entreprises. Cette écologie individualiste est conjointement liée avec une industrie « verte », une industrie d’« optimisation des flux », de contrôle de la nature qui se caractérise par de l’intelligence technologique. Aujourd’hui, écologie et nouvelles technologies marchent main dans la main. Avec pour objectif de changer notre système pour basculer vers de nouveaux schémas où l’écologie resterait toutefois un moyen de nous faire marcher dans le rang et de nous imposer un projet de société.

Le mouvement des gilets jaunes nous montre que l’écologie comme elle est vue par les politiciens et les grandes entreprises n’est pas compatible avec une société qui veut lutter contre les inégalités sociales. Ces revendications doivent être vues comme une aubaine pour sortir le capitalisme de la crise qu’il traverse. L’écologie qui nous est proposée et qui est source d’innovations, de nouvelles technologies n’est qu’un nouveau processus d’exploitation des masses. Une écologie qui n’est pas politique (au sens noble du terme) ne peut conduire qu’à une sorte de système néo-libéral durable, à une « dictature » écologique (et dont la Chine pourrait bientôt devenir le premier pays à la mettre en place).

En s’opposant à une loi visant à taxer les carburants, c’est une lutte plus générale contre la fiscalité écologique (que l’on nous impose et imposera) qui naît. La lutte contre les politiques de capitalisme vert doit être menée conjointement avec tous les autres combats sociaux (précarité, féminisme, conditions de travail, jeunesse, retraité.e.s etc).

Alors profitons de l’insurrection des gilets jaunes pour proposer une voix écologiste subversive. Il nous faut élargir la critique de la fiscalité écologique à une lutte contre le capitalisme vert, la transition écologique pour la croissance verte, les COPs, les sommets tels que le « Make our planet great again » la loi « Biodiversité ». Toutes ces formes d’ « oppressions » écologistes doivent être rejetées. Ni l’intelligence artificielle, ni les technologies intelligentes et connectées, ni la géo-ingénierie, ni les innovations électriques (voitures, vélos, trottinettes…) et autres technologies industrielles ne seront une solution. Profitons de cette critique naissante et populaire du pouvoir (Etat, taxes, normes, élections) pour faire naitre une révolte contre les organisateurs de ce pouvoir. Car il ne peut y avoir de l’amour-là où il y a du pouvoir. Faisons que ce mouvement accouche d’un système qui nous fasse sortir du capitalisme. Seul une insurrection populaire le permettra.

Mais écologie et social peuvent ils vraiment aller de pair ? Ce que nous montre le mouvement écologiste actuel, c’est que celles et ceux qui le constituent et qui s’imposent un mode de vie respectueux de l’environnement, sain, éthique, équitable et durable, sont majoritairement des personnes ayant une bonne éducation et un bon niveau de vie. Ce sont des personnes pour qui les besoins dits primaires (manger, se loger, se chauffer etc.) n’apparaissent pas comme leur principales préoccupations, celles-ci s’orientant plutôt du côté des loisirs, du bien-être, de la culture et de l’éducation. Alors qu’une partie de la population a du mal à vivre dignement, l’autre se préoccupe de la manière dont vivront ses enfants.

Même si cela peut apparaître très caricatural et exagéré, certains parlent de fin du monde quand d’autres parlent de fin du mois. Il est donc légitime de se demander s’il est vraiment pertinent de vouloir aujourd’hui une société « écologiste » avant même d’en avoir une plus sociale. N’est il pas nécessaire de refonder une société réduisant les écarts de richesse et de pouvoir avant d’imaginer une voie écologique ? Je doute que tenter de mener les deux de front ne fasse pas pencher la balance du côté des intérêts de certain.e.s. Construisons un monde à notre image, celui de toutes et de tous. Je crains qu’une société qui se voudrait écologiste aujourd’hui ne peut qu’intégrer cette volonté dans une logique capitaliste. Si vous en doutez, abordons alors ce qui se passe aujourd’hui avec les crédits carbones, la financiarisation de la nature, les énergies « vertes » et tant d’autres choses encore ! Alors cessons d’être aveuglés par cet objectif de « développement durable », demandons une société libre, égalitaire et fraternelle sinon les mots nature, écologie et sauvage risquent de se retrouver écrits au-dessus de nos bâtiments publics (en bois et à zéro émission certifié truc-muche) sans que nous puissions y entrer et sans que ces mots n’aient encore un véritable sens.

L’écologie peut être « anti-sociale » alors que le social (ou plutôt le commun) ne peut pas à mon avis être « anti-écologique ». Qui déciderait de détruire son environnement s’il n’a pas à y gagner plus que ses camarades ? C’est pour cela que le mouvement des gilets jaunes me semble intéressant, et ce à plusieurs titres. Et si l’on redonnait le pouvoir au peuple (ce qu’il demande en partie) ? Certains disent qu’avec des « si » on mettrait Paris en bouteille.. Si c’est pour un Paris comme en 1871 pendant la commune alors pourquoi pas !

Seule une reprise en main des territoires par celles et ceux qui les habitent pourra faire émerger des solutions. Car non, il n’y a pas d’alternatives écologistes dans une société capitaliste. Aucun compromis n’est possible entre écologie et industrie, entre préservation et destruction. Refusons leur monde lissé, beau et « intelligent ». L’écologie ne doit pas être un prétexte pour sauver le capitalisme, mais pour s’en débarrasser. Profitons de cette crise, pour entrer dans cette brèche, et faire tomber ce pieu auquel nous sommes tous enchaînés. Re-possédons nos territoires, et faisons les vivre pour qu’ils refleurissent !

« L’Amour est du Communisme dans le Capitalisme »
Vive les communes libres !


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