Le journaliste David Dufresne critique la police française et les violences d’Etat

Interview sur son film, la privatisation de la police, etc.

samedi 19 septembre 2020, par Suivi d’actions, manifestations, événements....

David Dufresne : « En critiquant la police, on s’en prend plein la gueule » - Passé de la presse rock au reportage pour la grande presse, dans les années 1990, David Dufresne s’est peu à peu éloigné du journalisme — un « journalisme de pesticides », dit-il, obnubilé par la nouveauté et la surface de l’information — pour travailler sur le long cours : une enquête consacrée au maintien de l’ordre, suivie d’une autre sur l’affaire Tarnac. Si la musique n’est jamais bien loin (un livre sur un club de rock, un autre sur Brel), c’est par son compte Twitter et son interpellation « Allô Place Beauveau », lancée en plein soulèvement des gilets jaunes, que Dufresne s’est imposé comme l’une des voix médiatiques critiques de la violence policière et étatique. En 2019, il racontait, sous les traits de son alter ego Étienne Dardel, cette mobilisation écrasée dans les pages du roman Dernière sommation ; il revient dessus, au cinéma cette fois, avec Un pays qui se tient sage. L’occasion de le retrouver, convivial, autour d’un café sous le soleil de plomb de la capitale.

- Extraits :

on a aujourd’hui des documents qu’on n’avait pas avant pour prouver les violences policières. On savait très bien avant que ça se passait comme ça, et pas forcément en manifestation d’ailleurs : les mêmes armes, les mêmes doctrines, les mêmes hommes commettent les mêmes actes en manifestation et dans les quartiers. Je crois foncièrement que la police défend le régime en place. Il se trouve qu’aujourd’hui c’est la République, alors les policiers se disent « républicains », mais quand c’était Vichy, ils défendaient Vichy, et quand c’était l’Empire, ils défendaient l’Empire.

Damasio reprend également les mots de Jean Genet, évoquant une différence entre « brutalité » et « violence »…

Avec cette distinction, on évite de mettre sur le même plan la violence des « casseurs » et la violence policière. Avec le même terme, on voit bien le piège : « un partout, balle au centre », violence contre violence. En disant que d’un côté il y a de la brutalité et de l’autre de la violence, on modifie la réflexion. Lorsque Damasio reprend Genet ou que Romain Hüet [auteur de l’ouvrage Le Vertige de l’émeute, ndlr] explique, toujours dans le film, que casser une vitre c’est détenir symboliquement un morceau du pouvoir, qu’on soit d’accord ou non, ces deux moments proposent un contre-récit : une opposition à la soupe quotidienne qu’on nous inflige dans certains médias. C’est tout de même sidérant, quatre chaînes d’infos qui diffusent toutes la même chose ! Certains militants vont jusqu’à critiquer l’expression « violences policières » : pour eux, ça ne veut rien dire puisque la police est violente par essence. Je suis d’accord avec ça. Évidemment qu’on aurait dû parler de « violence d’État ».

Ce qui m’a le plus choqué, en revanche, c’est le refus de l’institution ; je suis allé plusieurs fois place Beauvau — dans le café d’en face, plus exactement. Ils m’ont baladé. Leur refus signifie qu’ils ne se sentent pas très à l’aise ; ils s’imaginent à raison qu’ils n’ont pas d’argument pour contrecarrer toutes les critiques.

Le journaliste David Dufresne critique la police et les violences d’Etat

- Site de David Dufresne, avec présentation de son film « un pays qui se tient sage »

P.-S.

- Voir aussi :


1 Message

  • Le journaliste David Dufresne critique la police française et les violences d’Etat Le 24 septembre à 01:04, par Alda

    Le police régalienne, sous ordre de l’Etat (et non d’une région ou d’une commune comme en Angleterre et pas mal de pays anglo-saxons) date de Vichy.
    Donc oui, les forces de l’ordre maintiennent le pouvoir en place, même si il n’est détenu que par quelques-uns (Pétain, Barbie, Papon...) ou par des « choisis par dépit » (élus mon cul) qui ont complètement perdu de vie ce qu’est une démocratie, l’intérêt général, l’éthique ou même la souveraineté populaire pour satisfaire les 3 piliers du patriarcat qui domine notre monde : tunes, sex and guns...
    A quand l’homo sapiens tout court ? Certainement jamais vu l’extinction de masse qu’on est entrain de vivre...

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