[description alternative de l’image : le fond est blanc. Le titre principal "Abandon innocence and adopt abolition" [1] est écrit en grosses lettres noires, sur deux lignes. Au dessous se trouve le texte "to shut the whole genocidal system down" [2] qui est écrit en petites lettres noires, sur une seule ligne.]
Ce texte souhaite contribuer à l’élaboration d’une politique du soin et de la justice sociale qui déplace le pouvoir des institutions vers les communautés, tout en reconnaissant et en réparant les traumatismes engendrés par la violence structurelle — cette violence structurelle qui opère à la fois localement et à l’échelle globale, qui découle des structures, des déséquilibres de pouvoir, des normes ou des pratiques inégalitaires et préjudiciables des diverses institutions qui gouvernent la société. Ce texte et la brochure qu’il présente, sont disponibles en téléchargement ici et ici.
Le mouvement abolitionniste s’articule autour de trois dimensions interdépendantes : Defund (définancer les systèmes de punition), Dismantle/Abolish (démanteler les institutions de contrôle et de violence), et Build (construire des mondes durables libérés de la violence structurelle). Ce texte — comme les précédents — s’inscrit dans cette dernière perspective, parce que c’est aussi celle qui est la plus négligée, celle qui interroge la manière de préfigurer et d’imaginer ensemble des espaces de soin, de responsabilité collective et de transformation sociale en dehors des logiques punitives. Nous devons nous reconnecter avec les communautés les plus opprimées — au niveau local et global — pour qu’elles nous guident dans le travail visant à mettre fin à la violence autour de nous, pour qu’elles nous montrent comment créer les conditions propices à une guérison plus profonde. Un élément central de la guérison, c’est qu’aucune personne ne se sente ignoré.e, rejeté.e ou rendu.e invisible.
Le racisme individuel est toujours la forme de racisme la plus facilement reconnaissable par les membres de la culture occidentale (Pat Dudgeon et al., p. 16). Cela permet de comprendre à quel point la violence structurelle peut s’enraciner profondément dans la société. Sa nature invisible, lorsqu’elle ne peut être abordée ou simplement mise en lumière, engendre une idéologie du statu quo accepté, sans qu’aucune alternative ne semble possible. [3] [4] [5] [6]
Si la violence directe est encore relativement bien comprise, la violence structurelle demeure largement méconnue. Il existe encore d’innombrables mouvements qui ne s’attaquent pas aux inégalités structurelles ou systémiques à l’origine des injustices. [7] Pour les théoricien.nes de la théorie critique de la race [8], la violence structurelle est aussi comprise comme le produit du refus de décoloniser et d’articuler l’interconnexion entre les oppressions. La violence structurelle ne fonctionne jamais de manière isolée : elle repose sur une architecture faite de race, de genre, de capacité, de classe et de colonialité. L’intersectionnalité « considère les catégories de race, de classe, de genre, de sexualité, de nationalité, de handicap, d’origine ethnique et d’âge – entre autres – comme interdépendantes et s’influençant mutuellement » (Intersectionality, p. 35). Leanne Betasamosake Simpson a effectivement critiqué les structures coloniales qui cloisonnent, fragmentent et marginalisent ces connaissances. Le refus de reconnaître cette interdépendance [9] est aujourd’hui de plus en plus perçu comme une forme de violence sociale. Parler de sexisme, de sexisme, de sexisme... puis de racisme, de racisme, de racisme... ou de validisme, de validisme, de validisme... ainsi que d’autres systèmes d’oppression de manière séparé, efface les expériences vécues à leur croisement et perpétue le statu quo. Une analyse intersectionnelle permet de penser et d’explorer des réalités sociales beaucoup plus complexes — centrées sur les besoins des personnes les plus marginalisées — afin de dépasser et contrer les lectures unidimensionnelles, réductrices et omniprésentes de l’oppression. L’intégration de l’intersectionnalité a constitué un progrès significatif dans le domaine des politiques d’égalité, car elle permet d’éviter l’approche dominante, centrée sur une seule question et privilégiant le genre (Intersectionality, p. 102). Une telle analyse permet de cartographier et de mettre en lumière les systèmes qui perpétuent les déséquilibres de pouvoir. Elle permet de s’engager dans des pratiques de libération coalisées et intersectionnelles. [10]
Tant que nous continuerons à laisser les gens penser que c’est l’une ou l’autre, nous continuerons à tourner en rond et à ne pas être capables d’identifier la cause du mal, à savoir le fonctionnement simultané de tous ces systèmes. (Talila Lewis) [11] Cette citation illustre bien le piège des lectures binaires qui nous empêchent de penser la complexité des oppressions. La justice transformatrice rejette les binaires simplistes agresseurs/victimes (No More Police, p. 288). [12] Pour sortir du cercle des réformes [13], les transformations systémiques nous demandent de penser cette complexité — l’interconnexion entre les différentes formes de violence et d’oppressions, qu’elles soient sociales, médicales, raciales, psychiques, historiques — pour ne laisser personne de côté (No Body Is Disposable). No Body Is Disposable est essentiel à la construction de mouvements véritablement intersectionnels. Il rappelle que les luttes sont indissociables, et qu’aucune transformation sociale ne peut advenir tant que certaines vies continuent d’être considérées comme jetables. Ces problèmes structurels enracinés dans les institutions — qui valorisent la conformité, la productivité, la normalisation ; conçues pour contrôler, punir et effacer — nécessitent des solutions structurelles plutôt qu’individuelles.
C’est notre incapacité à reconnaître la complexité des systèmes d’oppression qui assure le maintien du statu quo des puissant.es (Melbourne School of Mental Health, p. 14). Le conflit entre transformation personnelle et systémique doit devenir une tension constante et dynamique, une force vivante qui produise du débat. Certain-es soutiennent qu’il vaut mieux faire quelque chose que ne rien faire, mais les réformes réformistes renforcent la force des systèmes carcéraux.
Le néolibéralisme, en valorisant l’autonomie individuelle (indépendance) au détriment des solidarités collectives et des protections sociales (interdépendance), institutionnalise une violence structurelle en laissant certaines populations — notamment les plus vulnérables — livrées à elles-mêmes. Dans le prolongement de ces discours néolibéraux qui individualisent la responsabilité collective et historique des dynamiques structurelles, les institutions policières et les décideurs politiques tendent à déplacer l’attention vers les comportements des individus et des communautés surveillées. [14] Elles occultent ainsi les pratiques et les responsabilités collectives et systémiques. Cette logique encourage l’idée que chacun.e doit "se débrouiller", même face à des injustices systémiques ou des vulnérabilités structurelles et profondes. L’abandon organisé [15] devient une forme de violence structurelle : les institutions se retirent progressivement tout en exigeant des individus qu’ils « s’optimisent » ou s’adaptent et deviennent « résilients » face à cette même violence. Ce déplacement de responsabilité a pour fonction d’invisibiliser la violence du système et de naturaliser ses effets. Cet abandon est une caractéristique déterminante du néolibéralisme. [16] L’abolition vise à apporter de véritables solutions à la violence produite par cet abandon et la violence structurelle (No More Police, A Case for Abolition ; p. 56).
Celles et ceux qui subissent le plus la violence structurelle sont aussi celles et ceux qui sont les plus effacées, tout en portant les visions abolitionnistes les plus précieuses pour imaginer d’autres mondes. Le monde universitaire, les prisons et la communauté [17] elle-même continuent de déshumaniser, d’exclure et de marginaliser les membres qui ont des pensées idéologiques radicales, révolutionnaires et abolitionnistes (Abolish Criminology, p. 108) [18] [19] [20] [21] — révélant ainsi un profond manque d’imagination sociologique ou d’analyses systémiques face aux alternatives possibles à l’ordre établi. L’inclusion radicale des personnes handicapées, associée à une solidarité active avec elles dans chaque mouvement, est ainsi une condition fondamentale pour faire avancer cette véritable justice intersectionnelle.
Bien que le fascisme [22] ne soit qu’une intensification des violences structurelles déjà présentes, et malgré certaines évolutions acceptées et visibles ailleurs, il demeure encore en France très mal vu de “sortir du moule”, de "refuser de suivre” ou de ne pas se “conformer à la norme”. [23] [24] Parler des violences structurelles est difficile puisqu’elle invite à nommer des responsables, non pas individuels, mais parce qu’elle nécessite de rendre visibles les positions de privilège qui permettent à ces violences de perdurer. Toute la difficulté réside dans le fait de mettre en lumière les mécanismes systémiques et de désigner celles et ceux qui les perpétuent, consciemment ou non. Parce qu’elle échappe à la reconnaissance collective, cette incompréhension rend la responsabilisation difficile, voire dérangeante, car elle implique de remettre en question des normes profondément enracinées...
Pour obscurcir ces violences et éviter toute responsabilisation collective et historique, la suprématie blanche [25] mobilise toute une panoplie d’outils comme le modèle biomédical [26], le blâme de la victime, l’incarcération, l’exclusion, le réformisme, le gaslighting racial, social et structurel, y compris celui du féminisme blanc libéral [27], le travail social [28], le tokénisme, l’objectivité, la désensibilisation organisée, l’innocence blanche [29], les larmes blanches [30], la "victime idéale" [31], le positivisme, la stigmatisation structurelle, la neutralité, l’individualisme, l’universalisme républicain [32], la méritocratie, le paternalisme, la culture de la suprématie blanche [33], le complexe industriel du sauveur blanc, la colonialité de l’être/du savoir/du pouvoir, les pratiques eugénistes modernes... Ces dispositifs sont des outils qui permettent au capitalisme de fonctionner sans avoir à recourir à une violence directe constante et visible. Ils visent à contraindre les individus à se surveiller ou à se gérer eux-mêmes.
On ne peut guérir dans un système qui dissimule les préjudices. Les traumatismes qu’engendrent ces violences structurelles ne disparaissent pas d’eux-mêmes ; il est essentiel de les reconnaître, de les comprendre et de les guérir. Mais comme l’écrit T. L. Lewis, ces politiques étouffent la dissidence et sèment la discorde au sein des communautés, nous privant des conditions nécessaires pour soutenir celles et ceux qui ne se sentent pas encore en sécurité pour témoigner et porter des perspectives abolitionnistes — des idées et des positions souvent inconfortables et déstabilisantes pour les espaces qui n’ont pas encore appris à écouter. [34] Il existe encore trop d’espaces où il est plus facile de parler des menaces extérieures que de reconnaître l’impact que nous avons les un·es sur les autres, avec dignité et vérité (Liberated To The Bone, p. 95). Être abolitionniste, c’est aussi dire la vérité (Abolition and Social Work, p. 36).
Pour Ruth Wilson Gilmore (Abolition Geography, p. 348), l’abolition est une pratique risquée parce qu’elle s’oppose directement à ces forces de la mort et de l’abandon organisé de ces institutions dont les racines profondes sont celles des systèmes de colonisation. L’abolition — inextricablement liée à la décolonisation — est un mouvement visant à mettre fin à la violence systémique ou structurelle et les vulnérabilités qui maintiennent le statu quo. R. W. Gilmore insiste sur le fait que la véritable alternative au capitalisme carcéral passe par la solidarité, les soins collectifs abolitionnistes, et le refus de hiérarchiser les vies, en s’opposant aux conditions optimales et flexibles pour le capital. Ces conditions sont intentionnellement difficiles à reconnaître, parce qu’elles sont institutionnalisées, valorisées et invisibilisées, ce qui les rend d’autant plus résistantes à la transformation. [35] Pour Nelson Maldonado-Torres, la décolonialité n’est pas seulement une opposition aux forces qui cherchent à déshumaniser ou à détruire, mais un profond désir d’éviter la mort et l’effacement d’autrui. Il précise que « Si nous ne parlons pas d’abolition et de réparations, nous ne parlons pas vraiment de décolonisation. » (Countering the Coloniality of Peace and Justice)
Faire progresser notre compréhesion collective au-delà du « méchant » policier, vers une compréhension de la violence structurelle, est essentiel à la construction d’une politique abolitionniste fondée sur l’empathie et la communauté (J. Briond). [36] [37] Des organisations plus radicales, comme INCITE ! (Femmes, personnes non binaires et transgenres de couleur contre la violence), affirment que la violence institutionnalisée, sous toutes ses formes, doit être prise en compte pour mettre fin aux violences subies par les groupes victimes de multiples oppressions. (Intersectionality, p. 64) « Bien que cela puisse paraître paradoxal, on ne peut mettre fin aux violences sexistes en s’attaquant directement à ce problème. On ne peut y mettre fin qu’en s’attaquant aux problèmes structurels qui les favorisent, et qui sont également à l’origine de l’ensemble des abus qui touchent l’ensemble de la communauté » (Chang 2018). [38]
Comment faire face à cette résistance raciste qui résiste à la guérison de la colonisation et qui se positionne comme "libératrice" des communautés en marge ? Dans ce nouvel épisode, il s’agit de se demander ce qu’il se passe lorsque des mouvements censés œuvrer à la justice sociale reproduisent ces violences structurelles, ou choisissent de les ignorer — par ce refus catégorique de nommer la suprématie blanche ou de ne pas appeler à la décolonisation de leurs espaces. Il montre aussi qu’il n’y a rien de pire — pour lutter contre ces violences structurelles — que de centrer nos analyses sur les personnes handicapées les plus privilégiées. Cela renforce le tokénisme, qui agit comme un frein aux transformations profondes et structurelles, en donnant l’illusion du changement tout en maintenant les structures oppressives intactes. Le tokenisme encourage les réformes cosmétiques qui « sapent l’énergie des visions radicales ». (Charlotte Rosen)
Ce texte propose des outils pour réfléchir à ce qui contribue à masquer la responsabilité historique du colonialisme, de la colonialité, de la suprématie blanche et de la blanchité [39] dans la crise écologique planétaire. L’omission de l’intersectionnalité est préoccupante dans les débats sur le changement climatique, où les désavantages intersectionnels sont largement ignorés. Au sein de l’Union Européenne, les victimes de ces désavantages intersectionnels ne peuvent toujours pas bénéficier de protection juridique, en violation flagrante de l’article 6 de la CDPH. [40] [41] À force d’associer des individus — par les récits et par les mots — à des faits hostiles et stigmatisants, on finit par les exclure (1) des espaces censés œuvrer à la justice sociale, (2) du champ de l’empathie et (3) de la considération sociale.
Pour assurer ce maintien des oppressions structurelles, les États-nations exposent intentionnellement certaines communautés à la précarité, à la stigmatisation, à la violence, à la privation et/ou construisent des catégories qui invitent à une répétition sans fin de l’assujettissement, de la criminalisation, de la pathologisation. À cette fin, le validisme/capacitisme a toujours été au cœur des anatomies économiques, politiques, juridiques, médicales et sociales des États coloniaux. (T. Lewis). Les États-nations vivent de la déshumanisation qu’ils produisent, exploitent, institutionnalisent et normalisent. L’abolition exige la fin de la déshumanisation (S.M. Rodriguez) et consiste à imaginer une constellation de stratégies et d’institutions alternatives qui soutiennent la vie [42], dans le but ultime de supprimer le système pénitentiaire, la police et les systèmes hiérarchiques d’inégalité perpétués par le régime capitaliste mondial systémique. De nombreux abolitionnistes se méfient de l’idée de simplement abolir un système sans commencer à repenser ce qui peut le remplacer (Genealogies of Resistance to Incarceration, P. 217). Dans de nombreux exemples, parce que de nombreux mouvements ne reconnaissent pas la suprématie blanche et la colonialité comme des systèmes actifs, les mécanismes étatiques ne sont même plus nécessaires, car les militant.es incarnent l’État dans leurs actions, leurs inactions et leurs interactions (ibid, p. 229), en ne modifiant pas la hiérarchie des structures dans lesquelles sont placées les populations marginalisées (The Tension Between Abolition and Reform, p. 6). Ces milieux « progressistes » ne cherchent même pas à déconstruire les privilèges hérités de la suprématie blanche, et refusent systématiquement de reconnaître cet héritage historique. Ils mobilisent un langage du changement tout en perpétuant les hiérarchies épistémiques [43], culturelles et sociales qu’ils prétendent combattre, y compris au sein des luttes écologistes, antiracistes, féministes, queer... comme dans ces nombreux espaces du mouvement des droits des personnes handicapées qui ne voient pas que le handicap n’élimine pas le privilège blanc. Ces espaces perpétuent aussi la violence latérale (colonialisme intériorisé). [44] [45] [46]
De nombreux espaces sont encore structurellement blancs parce qu’ils refusent de penser la blancheur structurelle. On l’observe lorsque la blancheur [47] [48] "se défend", y compris dans les espaces dits "radicaux". Une gauche qui refuse de démanteler la suprématie blanche n’est pas une gauche critique, c’est une gauche de gestion, coloniale, blanche, néolibérale, insensible à la couleur, aux traumas et à la vulnérabilité structurels... La violence structurelle doit être passée sous silence pour dissocier la blancheur de la colonialité. Ce silence permet aux colons blancs de croire qu’ils vivent dans une société postraciale ou postcoloniale, alors que ces structures coloniales demeurent intactes.
L’abolition nous demande d’aller au-delà de cette simple résistance, d’échapper à ce piège mortel de la « normalité » (Andrea Ritchie). Elle nécessite de sortir de ces espaces parfois traumatisants pour imaginer des soins et des relations où ces violences structurelles n’existent plus. L’état actuel de la [**santé mentale*] est directement imputable à ce déni de justice sociale et appelle à mettre en lumière les effets de la violence structurelle persistante sur la qualité de vie des personnes les plus marginalisées. Cela souligne l’urgence de reconnaître et de valoriser leurs épistémologies et leurs perspectives uniques. [49] Cela fait pourtant près d’un demi-siècle qu’il est officiellement reconnu que la santé ne peut être dissociée du bien-être social. La Conférence internationale de 1978 sur les soins de santé primaires d’Alma-Ata, affirmait déjà que “la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et non pas seulement l’absence de maladie ou d’infirmité”. Cette définition aurait dû entraîner une transformation profonde des structures sociales et institutionnelles ; au lieu de cela, la violence structurelle continue de façonner la santé mentale et l’existence quotidienne des groupes les plus marginalisés. Comme le souligne Paul Farmer, “les inégalités en santé révèlent les structures de pouvoir qui organisent le monde.” (Pathologies of Power, 2003)
En Occident, la plupart des personnes, y compris, il faut le dire, la plupart des usagers des services de santé mentale — comme de nombreus.es pair-aidant.es —, continuent de comprendre la folie et la détresse principalement comme un « problème », une « maladie » ou une forme de « trouble ». Cela n’est pas surprenant. Ce concept est accepté dans les conceptions publiques, politiques, médiatiques, culturelles et thérapeutiques dominantes. C’est ce qu’on nous a appris, et c’est encore l’approche principale de la plupart des organisations travaillant dans ce domaine. (This Is Survivor Research, p. 47) Ces désignations participent à un processus qui transforme un problème social, structurel et politique en psychopathologie individuelle. Le débat sur la stigmatisation reste encore piégé dans ce langage qui l’a générée. Les diagnostics ne sont pas neutres, Ils participent à hiérarchiser les comportements, à moraliser les réactions traumatiques, à comprendre la souffrance au niveau individuelle plutôt que structurelle, à légitimer la surveillance, le contrôle ou l’exclusion et verrouiller la compréhension de la personne dans un récit biomédical. On ne peut prétendre lutter contre la stigmatisation en se contentant de déplacer celle-ci vers un langage prétendument plus « doux » ou plus « acceptable », tout en maintenant intactes les structures qui la produisent. Cette stratégie ne diminue en rien la violence symbolique : elle la rend simplement plus difficile à identifier, plus acceptable, plus diffuse, et donc plus efficace. En naturalisant les cadres existants et en masquant les rapports de pouvoir à l’œuvre, ce déplacement contribue non seulement à renforcer la stigmatisation, mais aussi à consolider les structures sociales qui l’organisent.
Certaines des choses qui semblent s’améliorer pourraient en réalité nous conduire vers une situation encore pire. (Prison by Any Other Name, p. ix)
Pour des milieux censés travailles à la santé mentale, cela est inquiétant car la stigmatisation est considérée comme une cause fondamentale des inégalités de santé (Hatzenbuehler et al.), comme une barrière au rétablissement (B G Link et al.), ou liée à la consommation de substances psychoactives (Earnshaw)... De nombreuses personnes victimes de violations flagrantes des droits humains s’opposent à l’usage de cette notion de “trouble”, car leurs réactions sont normales et compréhensibles au regard des violences qu’elles ont subies. La stigmatisation est mobilisée par certains groupes pour maintenir d’autres individus dans la dépendance, la misère ou l’exclusion, pour atteindre des objectifs d’exploitation, de gestion, de contrôle ou d’exclusion. Le pouvoir de la stigmatisation (stigma power) ne peut fonctionner sans la complicité implicite ou explicite des groupes les plus privilégiés, qui bénéficient du maintien des hiérarchies sociales et de l’exclusion des plus vulnérables.
Il est aujourd’hui largement reconnu que le manque de diversité nuit au bien-être et à l’expérience collective (Mugo et Puplampu). La participation des personnes les plus marginalisées est particulièrement importante si nous voulons nous attaquer aux inégalités intersectionnelles mises en lumière par la pandémie, qui continuent de nuire à la santé et à la justice. (thebmj)
Ce texte s’appuie sur deux cadres critiques solides, DisCrit (Disability & Critical Race Theory) [50] — un prolongement essentiel et récent de la Critical Race Theory qui élargit ses fondements en y intégrant une analyse du validisme — et Disability Justice. DisCrit développe une critique abolitionniste de l’éducation [51], de la prison, du diagnostic et des institutions de contrôle qui normalisent, catégorisent et organisent l’exclusion et la haine. DisCrit met à nu la co-constitution du racisme et du validisme que la plupart des mouvements, même “progressistes”, continuent de refuser de penser ensemble. Disability Justice, de son côté, met en lumière l’importance de l’interdépendance, du [**leadership*] des personnes les plus marginalisées et des pratiques communautaires de soin.
Perturber la violence structurelle et guérir les communauté nécessite une compréhension de base et la mise en place de cadres théoriques pour construire des communautés responsables, sensibles et résilientes aux traumatismes (ex : TRC, [**TIC*] et TVIC). Le [**leadership*] des personnes les plus impactées est l’un des facteurs les plus cruciaux pour bâtir une culture réactive, sensible et résiliente à ces traumatismes structurels. L’acquisition de [**compétences culturelles*] ET structurelles est étroitement liée à l’inclusion radicale, aux soins, au bien-être communautaires et à la justice des personnes handicapées. Si l’on ne s’attaque pas à la violence structurelle et au capacitisme systémique dans les institutions sociales concernées, les efforts de réforme ne mèneront qu’à des problèmes différents. (Jennifer Sarrett)
Il est aussi primordiale de se concentrer sur sa positionnalité et les relations de pouvoir, de discuter ouvertement de l’histoire du colonialisme et de ses manifestations modernes afin de centrer les récits des personnes historiquement opprimées [52]. Être solidaire avec les personnes multi-marginalisées signifie de reconnaître les oppressions systémiques auxquelles elles sont confrontées, d’apprendre à reconnaître toutes les formes de violences et d’injustices "cachées". La violence structurelle crée les conditions de possibilité des violences interpersonnelles. Elle normalise la souffrance, la rend acceptable, ordinaire, incompréhensible et invisible. La première priorité d’une communauté est la sécurité des plus marginalisé.es. Lorsque les plus marginalisé.es se sentent en sécurité, nous sommes tous.tes en sécurité.
C’est précisément contre cette normalisation de la souffrance que s’inscrit le mouvement No Body Is Disposable — un appel politique essentiel qui dénonce la manière dont les violences structurelles produisent la disposabilité de certaines vies. L’invisibilisation ou la mise à l’écart des corps handicapés est une stratégie de pouvoir qui permet de maintenir l’illusion d’une société fondée sur l’autonomie, la performance et la productivité, en reléguant à la marge celles et ceux qui en déstabilisent les normes. De tels mouvements remettent en question l’idée selon laquelle la vie d’une personne est moins précieuse ou moins digne lorsqu’elle est écrasée par des systèmes d’oppression — souvent superposés (Taylor, 2022). L’abandon de ces personnes constitue une complicité directe avec un impératif de profit excédentaire, qui pousse un système producteur de handicap à faire disparaître toute forme de fragilité dès son apparition (Crip Theory, p. 204).
Ensemble, ces cadres critiques — ancrés dans une perspective intersectionnelle (DisCrit et Disability Justice) — exigent une attention rigoureuse à la complexité de ces expériences et à la multiplicité de réponses nécessaires pour les comprendre et les valoriser. Ils visent à rendre intelligibles et accessibles ces réalités multiples et imbriquées, notamment pour les personnes les plus exclues, tout en ouvrant ces concepts, à la fois académiques et communautaires, à un public plus large. [53] Ces approches offrent des outils critiques pour rompre avec le paternalisme structurel qui domine encore très largement la société française, ainsi que le champ professionnel du handicap, et qui reproduit racisme, sexisme, validisme, colonialité...
Ces perspectives sont aussi indispensables pour penser la justice climatique critique et imaginer des alternatives qui ne reconduisent pas les hiérarchies existantes. Elles ouvrent la voie à une réflexion sur la responsabilité communautaire et sur le développement d’un véritable [**leadership*] des survivant·es, afin de transformer et guérir les conditions qui favorisent la violence dans nos communautés.
L’intersectionnalité a été utilisée à mauvais escient pour ignorer des oppressions que nous n’osons pas nommer. De nombreuses institutions et milieux se revendiquent aujourd’hui de l’intersectionnalité sans jamais confronter les systèmes de domination les plus enracinés — en particulier la suprématie blanche et l’hétéropatriarcat suprémaciste blanc. Ce refus de confrontation traduit cette peur du conflit qui est propre à la culture de la suprématie blanche, où le confort des dominants prévaut sur la justice critique. Cette culture s’exprime par la peur de la colère et du désordre, l’évitement du conflit comme valeur morale, la recherche d’un “ton juste”, d’une politesse ou d’un langage "neutre" et "lissé" qui rassure les dominant.es.
L’abolition est une vision pleine d’espoir qui signifie que chaque moment où un préjudice survient est une opportunité de transformer les relations et les communautés. (Emptying cages : abolition, accountability and dialogue, p. 7)
L’intersectionnalité ne peut pas être réduite à un outil de « diversité » ou d’« inclusion » qui ne remet pas en cause les structures de pouvoir. Les oppressions systémiques sont tellement normalisées qu’elles ne sont même pas nommées dans des espaces censés être critiques. L’intersectionnalité est née de luttes féministes radicales, historiquement menées par des femmes racisées et doit rester un outil de démantèlement des oppressions, et non simplement de gestion de la diversité. Repolitiser l’intersectionnalité, c’est ne pas en faire un simple cadre analytique neutre, mais l’utiliser pour dénoncer les oppressions systémiques, surtout lorsqu’elles dérangent ou qu’elles sont invisibilisées dans les espaces académiques, institutionnels ou "militants". Il existe très peu de recherches accessibles sur les violences structurelles en France, et encore moins sur la critique du droit comme outil de domination ou d’exclusion. Le droit, souvent présenté comme neutre ou universel, participe pourtant à la reproduction des hiérarchies raciales, sociales et corporelles.
Il est reconnu que les personnes handicapées œuvrent pour l’abolition depuis longtemps (Critical Resistance). Il n’a jamais été aussi important de comprendre pleinement les liens entre les différents lieux de ségrégation et d’incarcération des personnes handicapées et de se concentrer sur la manière dont ces systèmes affectent tous les corps et tous les esprits, handicapés ou non. Pour cette raison, ce texte met en lumière la différence fondamentale entre :
- le mouvement de la justice des personnes handicapées de couleur [54], qui — à travers une réinterprétation des dix principes de la Disability Justice — se recentre volontairement sur l’expérience des plus marginalisé·es, et cherche à transformer les structures mêmes qui produisent la vulnérabilité, l’exclusion et la violence.
- et l’échec d’un cadre blanc dominant, basé uniquement sur les droits, qui, en se focalisant sur le handicap de manière isolé, « efface les expériences complexes des personnes marginalisées et alimente une porte tournante d’inégalités croissantes dans les communautés handicapées de couleur (Nathalie M. Chin) ». Ce cadre vise essentiellement à obtenir des protections ou des aménagements dans un système qui, pour sa part, reste intact — et donc continue de produire les mêmes violences.
Il ne s’agit plus seulement de “faire une place” aux personnes marginalisées, mais de repenser le monde depuis nos perspectives.
Les communautés autochtones comprennent que les individus sont en processus, que nous survivons à des traumatismes historiques/intergénérationnels et à la colonisation. Pour travailler sérieusement à la [**santé mentale*] et prendre conscience de ces traumatismes, il est nécessaire de se permettre de percevoir les expériences de vie des autres et de comprendre ce que ces personnes perçoivent et voient à leur tour. Pour faire ce travail, il est nécessaire de construire des espaces sûrs.
Dans une société qui valorise l’amnésie et la responsabilité individuelle, celles et ceux qui se souviennent représentent une menace pour la complicité collective. Les traumatismes complexes témoignent de la continuité des violences communautaires, structurelles et coloniales... Cette reconnaissance du préjudice — bien qu’elle soit souvent très difficile, parce que le traumatisme est invisible — est indissociable de tout processus d’abolition. L’abolition vise à réparer et à mettre fin aux préjudices.
Les témoignages de survivant.es de traumatismes sont souvent difficiles — autant à dire qu’à entendre — et nécessitent une supervision ainsi qu’un soutien par les pairs pour en prendre conscience et agir [55]. Face à l’effondrement de l’empathie dans la société, faire reconnaître des traumatismes complexes et invisibles — au-delà de la victime "idéale" [56] [57] — devient un acte politique essentiel. S’exprimer ouvertement reste pourtant risqué, par crainte de ne pas être entendu.e, ou de subir des représailles ou un rejet supplémentaire. Cette reconnaissance permet pourtant de créer des communautés sensibles aux traumatismes, sensibles à la [**stabilité*] et à la [**sécurité culturelle*]. Elle rend possible l’émergence de collectifs capables de comprendre et reconnaître l’impact des violences structurelles et interpersonnelles, et d’y répondre par des pratiques de soins abolitionnistes et culturellement adaptées, en intégrant des approches de [**réduction des préjudices*] et de la responsabilisation communautaire face à ces violences omniprésentes. Il est largement admis que les pairs-aidant.es doivent partager des caractéristiques contextuelles et être capables d’une véritable empathie (Solomon, 2004). Le soutien par les pairs [58] est pourtant susceptible de trouver une utilité accrue dans les nombreux contextes marqués par des contraintes de ressources qui ne sont pas en mesure de faire preuve d’empathie (Peer support in prison, p. 26).
Il faut néanmoins comprendre le fonctionnement de la violence structurelle, connaître ses racines, reconnaître son omniprésence, son invisibilité, son fonctionnement et savoir quelles sont les personnes qui y participent le plus — qui ignorent son fonctionnement — et celles qui en sont le plus impactées.... celles qui sont réduites au silence. Ce sont ces voix qui dérangent et qui pourraient pourtant sensibiliser les espaces censés travailler à la justice sociale, à la [**santé mentale*] et au [**bien être social et émotionnel*].
Ce texte invite à comprendre pourquoi la justice des personnes handicapées — et non la simple gestion de personnes réduites à l’étiquette de “handicap” ou de "situation de handicap" — constitue une exigence fondamentale pour toutes les formes de justice sociale, en particulier la justice raciale. En reliant la justice climatique, la justice des personnes handicapées et la violence structurelle, il dénonce les impasses du progressisme libéral et invite à penser la libération au-delà des cadres épistémiques dominants.
Ce texte est destiné aux survivant.es de la violence structurelle — à ces personnes essentielles qui sont rendues invisibles et vulnérables par les structures mêmes contre lesquelles elles résistent —, à toutes ces personnes qui sont anéanties au nom de la normalité, de la domination et de la cupidité insatiable. Il s’adresse aussi à toutes celles et ceux qui, souvent sans le reconnaître, bénéficient de cette violence, afin de les inviter à prendre part à la responsabilisation — qui passe aussi par cette nécessité, ou au mieux le désir d’embrasser la honte. Les survivant·es de la violence structurelle portent souvent des [**traumas complexes*] [59] invisibles qui les tiennent à distance des espaces réformistes. Ces traumas sont liés à la suprématie blanche, à la destruction coloniale et raciale des systèmes de soin. Ces espaces réformistes et inaccessibles aux personnes traumatisées oublient que la vulnérabilité est un antidote aux violences structurelles [60] — et que seul l’accueil de leur vérité, dans des lieux réellement sûrs, peut ouvrir la voie à une véritable transformation collective. Cette transformation se manifeste dans des réflexions et de petits actes quotidiens qui défient l’effacement. Le burn-out est collectif et structurel, il n’est pas individuel. [61] L’abolition ne comprend pas la violence de manière individuelle, mais comme une responsabilité collective et systémique. Elle nous demande de déplacer le regard du blâme personnel vers la responsabilité partagée et les structures sociales qui perpétuent les violences.
Ce texte s’inscrit dans une perspective abolitionniste qui vise à repenser radicalement nos systèmes juridiques, éducatifs, sanitaires et environnementaux, en rupture avec les logiques coloniales et normalisatrices. Loin d’un plaidoyer pour une meilleure inclusion dans l’existant, il appelle à une transformation structurelle, à la valorisation des formes de savoirs marginalisées, et à l’émergence de modèles de justice fondés sur l’interdépendance, la pluralité épistémique et la libération collective. Tout ceci est indispensable pour créer les conditions propices à une guérison profonde. Le bouleversement le plus profond que nous puissions apporter face à une société violente est de créer les soins, la sécurité, l’interdépendance et la mutualité. Il existe des personnes effacées qui font face à des luttes intersectionnelles, qui travaillent en première ligne, qui réfléchissent à des espaces de solidarité radicale et qui refusent de se conformer aux récits uniques. Le handicap ne doit plus être une catégorie à éviter — ou susciter la peur, la méfiance, le mépris, la pitié — mais plutôt avec laquelle il est nécessaire de construire une alliance. La théorie éco-sociale nous enseigne que le corps est une archive vivante des inégalités. Le trauma complexe en est une expression : il témoigne de la peur sociale de la vérité, de la mémoire et de la responsabilité communautaire. Il met à nu la manipulation institutionnelle, le mensonge collectif, et la peur du soin réel — celui qui transforme les rapports de pouvoir plutôt que de les masquer. Lorsqu’il est marginalisé dans les discours dominants, cet oubli épistémique participe à l’échelle globale à l’effacement massif des personnes noires, queer, autochtones, pauvres, genrées, handicapées, "folles"…
Alors que la France est semble-t-il le pays leader de la ségrégation en Europe [62], ce nouveau texte permet un retour vers le passé pour comprendre comment la diversité et les capacités humaines ont été — et sont encore, par soucis de rentabilité — systématiquement désactivées et dévalorisées par des logiques d’extraction, d’exploitation et de dépossession des ressources. Pour apporter des réponses aux multiples crises, il serait aussi question de ne pas trop s’habituer à vivre dans les restes de cet empire colonial.
Bien que la théorie intersectionnelle ait suscité un intérêt considérable, la question du handicap reste rarement abordée, notamment en France. (Célia Bouchet, Résumé). L’analyse intersectionnelle, volontairement complexe, gagne en lisibilité lorsqu’elle est abordée à travers un terrain concret tel que la justice climatique. Cela permet d’en saisir toute la portée et de la relier à une pratique abolitionniste du quotidien. Les perspectives abolitionnistes portées par les personnes les plus marginalisées sont systématiquement effacées des discours et des espaces dominants de la société cisgenre, hétérosexuelle, blanche, valide et de classe moyenne ou supérieure — tant en Europe qu’aux États-Unis. Leurs expériences demeurent largement ignorées.
Le silence des privilégié·e·s n’est jamais neutre. Lorsque des personnes occupant des positions sociales audibles — dans les médias, les institutions, l’université ou les milieux militants — choisissent de ne pas remettre en question les structures de domination telles que la suprématie blanche ou la colonialité, elles participent activement à leur perpétuation. Ce refus de prise de position n’est pas une absence d’engagement. C’est un choix politique qui porte une responsabilité directe dans le maintien du statu quo. C’est là que s’active le complexe industriel du sauveur blanc, un système où des figures privilégiées se présentent comme des alliées, tout en consolidant les hiérarchies qu’elles prétendent déconstruire. [63] En ne renonçant pas non plus aux postures autoritaires, on condamne au silence les voix essentielles des personnes handicapées, ce qui nous prive des perspectives abolitionnistes qui inclut les corps-esprits blessés que le système carcéral punit par l’enfermement et l’effacement. L’autoritarisme ne fait que se nourrir du silence des libéraux, de leur apathie morale et de leur indifférence à la souffrance d’autrui (Jairo I. Fúnez-Flores). Le système de contrôle social et carcéral sanctionne systématiquement les personnes qui tentent de résister à la violence structurelle, c’est-à-dire à l’ensemble des conditions sociales, économiques, raciales et institutionnelles qui les ont marginalisées et rendu vulnérables. En réprimant leurs résistances — colère, refus, survie, auto-défense, protestation ou simple impossibilité de se conformer aux attentes institutionnelles — l’appareil pénal contribue directement à renforcer l’État carcéral. Autrement dit, la prison ne corrige rien et reproduit exactement les rapports de domination qui ont précipité les individus dans la précarité, la stigmatisation ou la psychiatrisation. Dans le champ du handicap et de la santé mentale critiques, le danger vient souvent de celles et ceux — les personnes dites “normales” — qui, ne comprenant pas le fonctionnement de la violence structurelle, y compris dans les espaces ayant des engagements préalables anti-carcéraux. Ces espaces embrassent les réflexes de l’État carcéral, en criminalisant les comportements de survie, en réduisant les réactions traumatiques à des problèmes individuels, en pathologisant la colère, en moralisant la détresse, tout ceci pour invisibiliser les causes systémiques. Ces espaces réformistes, en individualisant des causes structurelles qu’ils ne comprennent pas, en refusent de reconnaître leur propre responsabilité, en ne rendant pas compte de leurs privilèges, renforcent le système carcéral. Ce sont précisément ces violences qui, en se répétant et en s’institutionnalisant, ont donné naissance au système d’incarcération mondial.
Il ne faut pas se mentir, une société qui ne comprend ni la solidarité, ni l’attention, ni la responsabilité, ni les soins nécessaires envers les plus vulnérables — les chiffres de la défenseuse des droits en témoignent depuis de nombreuses années — est une société profondément carcérale. Une société dans laquelle le handicap est le première motif de saisine auprès du défenseur des droits est une société qui n’est pas civilisée ; c’est une société qui, sous des formes souvent naturalisées, organise et reproduit la marginalisation de celles et ceux qu’elle devrait en premier lieu protéger.
Il faut attirer l’attention sur les échecs des mouvements qui nient la spécificité de nos vécus et participent activement à l’effacement et aux violences que nous subissons.Et parce que nous pouvons nous-mêmes en témoigner, nous sommes aussi épuisé.es de devoir sensibiliser constamment notre entourage sur nos vulnérabilités invisibles et complexes. Le plus grand paradoxe réside dans ce manque de connaissances sur les inégalités structurelles et l’épidémiologie sociale — le manque de prise en compte des déterminants sociaux de la santé — au sein des milieux censés œuvrer à la fin des prisons, ce qui révèle à quel point ces espaces participent eux aussi à la reproduction d’une logique carcérale. [64] Les inégalités sociales et territoriales de santé restent fortes en France, avec l’un des niveaux les plus élevés d’Europe (Observatoire des inégalités). Les inégalités d’accès à la santé sont avant tout une question d’identité. Elles sont structurées par des hiérarchies raciales, validistes, de genre, de sexualité... et pas seulement une question de classe sociale. Les systèmes de santé sont historiquement construits sur la colonialité et le validisme pour surveiller les populations racisées, contrôler les corps déviants, pathologiser ceux jugés “non civilisés”, gérer les populations “à risque”, décider de qui mérite de vivre ou non.
L’incarcération est un lieu de gestion de la souffrance psychique, sociale et neurologique, un lieu de tri, de neutralisation, de punition, de pathologisation, et de refus de soin, pour des personnes déjà prises dans des violences structurelles. Le déficit de culture épidémiologique sociale au sein des communautés et des institutions contribue aux dérives punitives. Les personnes neurodivergentes ou ayant un fonctionnement cognitif différent sont particulièrement exposées à cette logique de "disposabilité". Tant que la structure sociale demeure intacte — exempte de responsabilisation et de justice sociale, sans DÉCOLONISATION — parler d’abolition ou de soin revient à individualiser, à incarcérer et à médicaliser une souffrance collective. Cela revient à blanchir l’abolition, en la vidant de sa radicalité pour la rendre compatible avec les mêmes systèmes qu’elle prétend abolir. Une partie essentielle du projet de décolonisation consiste à déstabiliser les préjugés qui ont servi à délégitimer les groupes dont les épistémologies ont été niées, et à reconstruire des identités affranchies des catégories imposées par le pouvoir colonial. Les structures de domination se diffusent dans toute la culture par le biais des structures institutionnelles — qui normalisent la violence — des croyances idéologiques et des actions quotidiennes des personnes concernées, et ces effets se transmettent de génération en génération.
En tant que médiateur pair-aidant et médiateur santé, j’écris sur l’abolition parce que je ne trouve aucune réponse ou sécurité satisfaisante dans le milieu anticarcéral tel qu’il existe aujourd’hui. Il serait urgent d’appeler à des campagnes pour défendre et rendre simultanément visibles les formes structurelles et systémiques de violence d’État qui impactent plus particulièrement les personnes à la fois handicapées et racisées. Le handicap et la folie sont aussi largement absents des analyses de l’incarcération et de sa résistance (Abolition. Feminism. Now., p. 61). Les droits des personnes handicapées sont essentiels aux droits humains et occupent donc une place centrale dans les programmes de justice sociale (Ibid., p. 61). [65] [66] Mon engagement est aussi façonné par l’expérience directe d’un traumatisme complexe, dont les racines sont indissociables des violences structurelles que je dénonce. Bien que la recherche internationale ait encore récemment démontré que les traumatismes ne peuvent être compris sans reconnaître leur dimension structurelle [67], le milieu anticarcéral échoue à reconnaître que la prison elle-même est une source de violences structurelles et d’exclusions, qu’elle est un outil central du colonialisme. Ces violences ne se contentent pas de punir, elles produisent et reproduisent l’effacement et l’incarcération : “La violence structurelle détermine qui tombe malade, qui est incarcéré.e, et qui est oublié.e.” (Paul Farmer ; 2003) C’est pourquoi toute démarche abolitionniste authentique doit non seulement s’attaquer aux violences structurelles, mais aussi se recentrer sur les survivant·es des traumatismes qu’elles engendrent — en reconnaissant leur savoir, leur vécu, et leur besoin de sécurité réelle. (2e principe de Disability Justice)
Parler de la violence structurelle — en lien avec l’abolition, l’exclusion sociale, la ségrégation et l’incarcération — est nécessaire, parce que les personnes les plus directement touchées ont aussi besoin d’entendre autre chose que le discours académique dominant sur l’abolitionnisme pénal. Ce discours, souvent produit depuis des espaces universitaires éloignés de ces réalités, continue de penser la violence à partir du point de vue des groupes dominants. Dans les sociétés validistes, les milieux censés œuvrer à la déconstruction des systèmes d’oppression doivent en premier lieu identifier les populations les plus structurellement marginalisées, effacées et difficilement accessibles, dont la position sociale les expose directement à la violence et à l’incarcération. Si l’on veut perturber et remettre en question cette culture condescendante qui perdure dans les établissements d’enseignement, comme dans la société française notamment, il faut aborder la participation des usagers à l’échelle systémique, à tous les niveaux et dans tous ses aspects.
Il est très difficile de subir sans relâche des représailles lorsqu’on tente simplement de sensibiliser à la nécessité d’une responsabilisation collective, historique et systémique, et de rendre visible l’ampleur et la profondeur de la violence structurelle ainsi que son impact persistant sur les personnes les plus vulnérabilisées. Cette difficulté tient au fait que la violence structurelle est inextricablement liée à la structure sociale elle-même et aux privilèges non mérités qui en découlent. Ce lien demeure largement ignoré, y compris dans les milieux “progressistes”, qui peinent à reconnaître que, du point de vue des groupes opprimés, les mécanismes par lesquels les États-nations privent, déshumanisent et rendent certaines vies jetables sont omniprésents. (Intersectionality, p. 162)
Dès lors qu’on reconnaît l’omniprésence du validisme comme le principe organisateur des politiques de punition, de soin et de contrôle des corps, on comprend mieux le lien entre la création de l’État carcéral moderne et le handicap. Le carceral ableism définit, pour cette raison, le validisme comme un mécanisme de surveillance, de punition sans fin et d’exclusion, y compris dans les milieux militants, anticarcéaux, féministes... L’intersectionnalité n’a aucune légitimité dans les espaces insensibles au langage et aux pulsions nécropolitiques de la société capitaliste si elle continue d’exclure les vécus de handicap, de traumatisme, de vulnérabilité neurologique invisible et complexe... Tant qu’elle reste invisible, elle continue d’effacer, d’enfermer, de tuer en silence... Chaque personne incarcérée, effacée.. est une preuve silencieuse de l’échec des politiques sociales, sanitaires, éducatives, du logement, etc...
En tant qu’abolitionnistes, notre travail est d’accroître notre capacité à construire des relations et des structures de soin. (No More Police, A Case for Abolition, p. 219)
Nous devons à la fois guérir et nous organiser pour la justice sociale. Nous devons guérir des blessures et des violations profondes et changer les conditions sociales et économiques qui causent des traumatismes aux prochaines générations [...] La guérison vise à contrer et à réparer l’impact traumatique de la suprématie blanche. (The Politics of Trauma ; p. 67, 147)
Si vous lisez ces mots et que vous partagez cela — que la décolonisation est la condition minimale pour toute transformation réelle, que ces transformations ne commencent seulement lorsque les voix effacées deviennent enfin audibles — n’hésitez pas à me contacter via Global Disability Justice.
Il n’y a rien de pire que les sauveur-ses blanc-hes qui parlent de violences structurelles, d’abolition, d’anti-patriarcat... sans jamais appeler au démantèlement de la suprématie blanche. Rien d’autre que le démantèlement de la suprématie blanche ne peut mettre fin au patriarcat, à toutes les formes de capacitisme, au sexisme, au racisme, au classisme, au ciblage et à la haine/violence des queers, des trans, des musulman.nes et des migrant.es, et ainsi de suite... (Talila Lewis)
Quelques rappels :
Un glossaire est disponible sur Global Disability Justice pour comprendre la [**santé mentale*] et le [**bien être social et émotionnel*] d’un point de vue du monde majoritaire marginalisé ([**Sud Global*]). L’utilisation d’un langage et d’une terminologie respectueux et inclusifs est un élément essentiel à la réconciliation et au renforcement des relations entre les personnes les plus marginalisées et la communauté au sens large. Dans ce texte, les mots en bleu doivent absolument être compris depuis cette perspective du [**Sud Global*] et des communautés marginalisées.
1 - L’abolition repose sur plusieurs principes fondamentaux :
- Écouter les survivant·es de violences et répondre à leurs besoins réels, hors des logiques punitives.
- Ancrer les pratiques de sécurité dans le soutien, la liberté et l’interdépendance, plutôt que dans le contrôle.
- Refuser les outils du maître : la justice ne peut émerger des structures d’injustice.
- Reconnaître l’intersectionnalité de la violence [68], et organiser en conséquence.
- S’engager durablement dans la construction de mondes libérés de la violence structurelle.
Dans ce texte, l’abolition est entendue non pas comme une simple suppression d’institutions oppressives, mais comme une pratique politique et communautaire radicale, fondée sur les principes du féminisme noir et des mouvements anti-violence. Comme le rappellent Mariame Kaba, Andrea Ritchie et Beth E. Richie dans No More Police [No More Police, A case for abolition, p42]]
, le féminisme abolitionniste est né de la nécessité de construire des alternatives à la violence étatique et interpersonnelle, en plaçant au centre les besoins et les voix des personnes les plus touchées.
L’abolition, dans cette perspective, est une invitation à imaginer et à bâtir des systèmes de soin, de justice et de sécurité fondés sur la dignité, la solidarité et la transformation collective — et non sur la punition, la surveillance ou l’exclusion. Le féminisme noir est une politique qui s’attaque à la source de nos problèmes et des préjudices, soulage les souffrances et éradique la violence. Le féminisme noir nous demande de créer de nouvelles formes de responsabilité, de gouvernance et de socialité qui créent le monde que nous voulons.
2 - Les savoirs autochtones face à l’héritage raciste de la psychologie
Bien que cette déclaration ne soit pas suffisante, l’APA (plus grosse association de psycholoques au monde) a reconnu que :
- "la science et la pratique de la psychologie ont reflété et influencé les valeurs scientifiques occidentales dominantes qui ont perpétué et justifié le racisme. Jusqu’à récemment, la pratique de la psychologie a largement servi à opprimer, à contrôler et à assimiler les groupes minoritaires. Historiquement, les diagnostics de maladie mentale ou de problèmes de [**santé mentale*] ont été utilisés pour déresponsabiliser les groupes dominants et désavantager ceux issus de groupes marginalisés."
Le gouvernement Australien, en collaboration avec les insulaires du détroit de Torres, avait lui aussi déclaré précédemment que :
- "les psychologues et autres professionnels de la santé et des sciences sociales ont l’obligation absolue et le devoir de prendre part à ce processus de réparation". (Working Together, p. xvii)
tout en précisant que :
- "les Aborigènes et les insulaires du détroit de Torres semblaient avoir une compréhension particulièrement efficace de la [**santé mentale*] pendant les 40 000 ans précédant le contact avec les Européens". (Ibid., p. 64)
Ce faisant, un biais en faveur de ce que les constructions occidentales définissent comme la « norme idéale », propagée par le DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders – Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux ), ne sert que les intérêts des élites impériales. En effet, lorsque le DSM-5 a été lancé, aucune personne autochtone n’a été consultée lors de son élaboration (Bohanna et al., 2018 ; Bohanna et al., 2013 ; Fitts et al., 2019). La Society of Indian Psychologists a confirmé ce constat et a souligné que le DSM-5 utilisait les données de personnes majoritairement blanches, de classe moyenne, en bonne santé et instruites, issues de bonnes familles, excluant les membres amérindiens, ce qui, à son tour, augmente les faux positifs et les erreurs flagrantes dans le diagnostic des Amérindiens souffrant de handicap ou de problèmes de santé mentale (American Psychiatric Association, 2013 ; Gray, 2012).
Le DSM‑5 recense une vaste liste de troubles — des centaines de diagnostics — mais cette logique de catégorisation psychiatrique a fait l’objet de critiques concernant sa tendance à pathologiser l’ordinaire. Elle est aujourd’hui remise en question par des approches plus structurelles, communautaires et sensibles aux traumatismes, qui cherchent à dépasser la simple pathologisation des vécus. Cette classification est rigide et individualisante, elle fragmente les vécus en catégories médicales. En France, le maintien d’un modèle centré sur les troubles contribue à invisibiliser les causes structurelles (racisme, colonialité, pauvreté, violences institutionnelles) et à invisibiliser les savoirs communautaires et expérientiels. Le maintien de cette approche catascopique ne fait que prolonger la forme biomédicale du colonialisme qui gangrène les efforts actuels en matière de santé mentale mondiale (cf. Drake & Whitley, 2014). (Peer support : an International Charter, p. 5)
3 - Intersections entre race, handicap et enfermement
- Il est temps de revenir à la sécurité communautaire et de s’éloigner de la sécurité de l’État comme élément central de la justice [...] tant que nous aurons des prisonniers, nous ne serons pas libres ; tant que nous aurons des prisons, nous ne serons pas postcoloniaux. (Colonial System of Control, p. 67) « la criminologie est une science sociale qui a servi le colonialisme plus directement que beaucoup d’autres sciences sociales » (Agonizo ; 2004)
- Malgré quelques changements paradigmatiques dans la discipline, la criminologie est restée un outil de l’impérialisme (Agozino, 2003 ; Cunneen & Tauri, 2016). Si la criminologie est un outil de pillage des terres et de réduction au silence des personnes marginalisées, la guerre se prépare également autour du processus de création de sens au sein de la discipline [...] Ces groupes, qui ont été confrontés à des obstacles incommensurables en raison du racisme structurel, des inégalités et de l’abandon politique, ont longtemps été confrontés au besoin des criminologues blancs de soutenir l’art de la suprématie blanche et des représailles contre les personnes marginalisées. (Abolish Criminology, p. 27)
- L’abolition nous demande de comprendre les fondements de l’état carcéral. La ségrégation actuelle et l’exclusion sociale des personnes handicapées n’est pas seulement comparable à la prison, elle en est une condition historique et politique. Laura I. Appleman et Liat Ben-Moshe rejettent la tendance et la persistance à « sous-estimer les interconnexions entre la construction coloniale de la race et du handicap » et « le rôle central que l’histoire de l’institutionnalisation des personnes qualifiées de handicapées [...] a joué dans la création de l’État carcéral ». [69] Ces oppressions ont été construite ensemble pendant des siècles. L’abolition nécessite de travailler dur dans et avec les communautés pour fournir des espaces bienveillants et sûrs et garantir un accès équitable aux ressources (Rule et Behrendt, 2021). L’abolition, c’est aussi un travail sur soi-même alors que la logique carcérale définit notre pensée. L’abolition a plutôt été décrite comme une nouvelle « lutte intersectionnelle » contre tous les lieux de « soins », de coercition et d’enfermement carcéraux (Psychiatric Incarceration Isn’t Treatment).
4 - absence de perspectives structurelles et féminisme blanc
- L’abolition ne peut exister sans une compréhension structurelle des violences et des rapports de pouvoir ; toute approche qui recourt aux sanctions punitives sous couvert de radicalité ne fait que renforcer les logiques de la suprématie blanche. Pour comprendre comment certaines formes de féminisme libéral et blanc ont historiquement renforcé l’État pénal, voir Abolition Democracy, Are Prisons Obsolete ?, Abolition. Feminism. Now., Arrested Justice : Black Women, Violence, and America’s Prison Nation, We Do This ’Til We Free Us. Voir aussi Dylan Rodríguez, Leanne Simpson, Audre Lorde, Dean Spade...
- Ce texte trouve son origine dans la découverte d’une brochure diffusée au sein du féminisme blanc qui affirme refuser toute prise en compte des vulnérabilités structurelles — handicaps, traumatismes, conditions sociales ... — lorsqu’il s’agit d’hommes. Une telle position, qui essentialise les individus et évacue toute analyse contextuelle, relève du gaslighting structurel et révèle une incapacité à penser les déterminants matériels de la violence. Cette expérience a mis en lumière les limites d’un féminisme explicitement punitif, que l’on peut qualifier de féminisme blanc carcéral. Faute de compétences structurelles, ce courant ne travaille pas à l’abolition ; il renforce les logiques de la suprématie blanche qu’il prétend combattre. Il est d’autant plus notable que ce féminisme carcéral — qu’il est impossible de nommer dans le milieu (anti)carcéral — présente des affinités discursives avec certains segments du champ se réclamant de l’anticarcéralisme, où l’absence d’analyse systémique conduit paradoxalement à des pratiques alignées sur l’État pénal. Abolition. Feminism. Now., Abolition Democracy ou Are Prisons Obsolete ? montre comment certaines formes de féminisme libéral et blanc ont historiquement renforcé l’État pénal.
- Ce constat constitue le point de départ de ce texte : des milieux dépourvus d’une compréhension structurelle, ou engagés dans le déni de l’analyse systémique, ne peuvent prétendre mettre fin aux logiques oppressives qu’ils reconduisent. Rien d’autre que le démantèlement de la suprématie blanche ne permettra d’abolir le capacitisme ; seule la fin de la suprématie blanche pourra mettre un terme au racisme, au classisme, au sexisme, au patriarcat, ainsi qu’au ciblage systémique des personnes queer, trans, musulmanes, migrantes et de l’ensemble des populations marginalisées.