L’écran de fumée de la critique superficielle

...qui permet de continuer sans encombre le système technocapitaliste, et d’améliorer son emprise

mercredi 23 septembre 2020, par Les Indiens du Futur.

Un article qui montre le piège de la critique superficielle, suivi de quelques remarques complémentaires en PS.

- « Derrière nos écrans de fumée » (The Social Dilemma) ou le leurre de la critique superficielle (par Nicolas Casaux)

- Extraits :
Tout système de domination conséquent, cherchant à se parer des oripeaux de la démocratie et de la liberté, comprend l’importance de prodiguer à ses sujets l’impression qu’il existe en son sein des garde-fous, des oppositions et des critiques libres de s’exprimer. Nous vivons en démocratie. La preuve ? Il y a la droite et la gauche, il y a le pluralisme des médias de masse, etc. Bien entendu, cette opposition entre droite et gauche est largement illusoire. Par exemple, personne, dans la majeure partie du spectre politique, ne remet sérieusement en cause l’État, le capitalisme technologique, l’industrialisme. La plupart s’accordent sur l’essentiel, de même que les médias de masse. Cette mise en scène d’une diversité de vues, qu’on cherche même à présenter comme antagonistes, renforce l’inertie du système technocapitaliste. En outre, les critiques superficielles autorisées dans la sphère culturelle grand public participent parfois à la consolidation, à l’amélioration, au perfectionnement de ce système de domination.

L’écran de fumé de la critique superficielle permet de continuer le système technocapitaliste

Le seul problème, selon nos ex-ingénieurs reconvertis en champions de l’éthique ? Le « business-model » des entreprises. Qu’il faudrait changer. Il faut plus de régulations. Il faut changer notre « façon de concevoir les réseaux sociaux », « changer les réseaux sociaux et leur fonctionnement ». (Pire encore du côté d’Élise Lucet, qui se contente de blâmer les utilisateurs des technologies modernes : il leur faut « reprendre le contrôle » sur lesdites technologies, en se prenant en main eux-mêmes, en acquérant une certaine discipline. Ne nous faudrait-il pas surtout, chère Élise, « reprendre le contrôle » sur les organisations sociales qui nous réduisent au rang de « ressources humaines » ?)

Et afin de changer le « business-model » des « entreprises de la Tech », plusieurs ex-employés des plus célèbres d’entre elles ont, sous l’impulsion de Tristan Harris (ex-employé de Google), formé une ONG, le Center for Humane Technology, ou « Centre pour une technologie humaine », avec pour objectif d’inciter les compagnies à se moraliser, à concevoir des produits plus décents, moins addictifs, plus gentils, moins méchants.

En occultant toute réflexion approfondie, sérieuse, radicale, sur les tenants et aboutissants du système technologique et des macro-systèmes qui le composent, sur les toujours plus nombreuses et envahissantes technologies modernes, le documentaire de Netflix et l’émission d’Élise Lucet servent pleinement la continuation, pour l’essentiel, des dynamiques technocapitalistes, qu’il s’agirait simplement de réformer, ci et là, pour que tout continue d’aller pour le mieux dans le Meilleur des mondes. Cette défense du statu quo, de l’essentiel du système techno-industriel et de ses dynamiques, s’exprime d’ailleurs de manière on ne peut plus flagrante dans la vive condamnation des destructions d’antennes 5G par le documentaire produit par Netflix, lesquelles seraient uniquement l’œuvre de quelques abrutis désorientés par des « fake news » ou quelque « théorie conspirationniste ».

P.-S.

Tolérance du « cause toujours », et ses limites

De nos jours, un système politico-économique se fait mieux accepter s’il laisse croire qu’il peut être critiqué plutôt que s’il pratique la censure brute.
C’est pourquoi, les régimes malins et modernes supportent les critiques. Ca les sert, et en plus ça identifie d’éventuels ajustements utiles à une meilleure acceptation.

D’autre part les régimes coercitifs perfectionnés tels que les pseudo-démocraties occidentales savent que les critiques radicales ne sont pas écoutées par beaucoup de monde, elles font peur (les foules se sont laissées dresser à fuir tout ce qui dérange trop) et surtout elles sont exclues des médias de masse.
Ils savent aussi que les paroles et analyses critiques, situées donc dans le domaine des idées, n’ont pas le même effet que des actions dans le monde matériel.
Ces régimes adeptes du « cause toujours » tolèrent donc sans dommage les critiques, ils peuvent ainsi faire croire à bon compte à quel point ils sont ouverts et respectueux de la liberté d’expression.

Néanmoins, quand un régime se sent menacé et devenir illégitime, comme c’est le cas en france du gouvernement macroniste, il n’hésite pas à pourchasser plus durement des simples banderoles, des tags, des affiches... via une sorte de police politique.

Des groupes de pressions exercent malgré tout des censures quand les critiques commencent à atteindre un large public et touchent un point sensible des intérêts des puissants. Exemple aux USA avec la critique des énergies renouvelables industrielles, où un documentaire « non-aligné » est la cible de lobbys.

Les limites aussi des actions superficielles

Les actions qui visent surtout à s’occuper des conséquences du système, à éponger ses carnages sans toucher aux causes, sans chercer à changer DE société s’inscrivent dans le même phénomène. Elles sont récupérables, et finalement peu dérangeantes.

Après un événement grave, au lieu d’escamoter les blessés et les traces de sang, mieux vaudrait montrer la réalité, laisser en vue les taches ensanglantées, et critiquer les causes du problèmes, et chercher à y remédier.
Se contenter d’éponger le sang sans moufter, c’est faire place nette pour d’autres horreurs.

Tout en faisant face à certaines urgences, il faudrait donc arriver à mener des changements radicaux et structurels. Pour ça il faut un peu de monde, de la continuité et de la détermination.


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