Je l’ai rêvé cent fois

Article paru sur le journal papier d’avril 2021

vendredi 2 juillet 2021

Ce qu’ont vécu nombre d’habitants dans la vallée de la Drôme vers mi-février (1), je l’ai rêvé cent fois.

J’ai rêvé que ma famille, mes amies, n’interrompaient plus une conversation pour répondre à un SMS.

J’ai rêvé que les gens en voiture étaient obligés de s’arrêter pour demander leur chemin, faute de smartphone utilisable.

J’ai rêvé que les ados devaient se risquer au monde pour découvrir l’amour et la sexualité plutôt que de se réfugier sur les catalogues Pornhub tels ceux utilisés dans le monde de l’élevage industriel.

J’ai rêvé que les improductifs, les « vieux », sommés de se mettre à internet, ricanaient de voir les jeunes incapables de vivre sereinement sans béquille. Juste revanche...

J’ai rêvé qu’après l’utilisation d’un microonde collé à la tête depuis tant d’années il était encore possible que nous n’ayons pas tous un cancer au cerveau.

J’ai rêvé que les sites de rencontre sur internet, formant socialement les interactions n’étaient plus nécessaire et que les gens de différentes catégories sociaux professionnelle pouvaient interagir en dehors du rapport au travail.

J’ai rêvé que l’Homme moderne dépossédé de ce qu’il vit, mais croyant tenir le monde à sa disposition, choisissait la lente expérimentation pour se réapproprier les savoirs.

J’ai rêvé que ce monde était plus difficile à gouverner sans data permanentes sur ses « sujets », à l’instar du gouvernement qui contrôlait grâce aux données de géolocalisation des portables, l’efficacité des couvres-feux.

J’ai rêvé qu’un black-out nous déshabituait à rester étranger à la souffrance et à la mort des humains qui nous entourent. Particulièrement quand une société est capable de faire mourir ses vieux du Covid loin du regard de ses proches. Faute qui, soit dit en passant, gouvernant, ne vous sera pas pardonné.

J’ai rêvé qu’il n’y avait plus d’outil de communication pour les nouveaux messies d’un effondrement à craindre. Les collapsologues et leurs univers restreint d’ingénieurs, de comptables et de scientifiques omettent de dire que pour bon nombre de gens la catastrophe est déjà là.

J’ai rêvé dénoncer le mensonge des tenants du « progrès » qui professe internet comme une technologie libératrice alors qu’elle est surtout le tranchant dernier cri de la lame du pouvoir.

J’ai rêvé que le vomi débité par les médias mainstream n’atteignait plus mon enveloppe corporelle.

J’ai rêvé qu’étant enfant, on ne me mettait plus devant la TV pour ne plus s’occuper de moi.

J’ai rêvé que Martiton piquait une crise de nerf...

J’ai rêvé que le Big Data ne collectait plus de données qui permettent de nourrir cette Bête avide de toujours plus de payements sans contact et de vies sous contrôle.

J’ai rêvé que Pôle emploi ne pouvait plus envoyer de mail de radiation aux bénéficiaires.

J’ai rêvé que personne ne se sentait obligée de répondre à un SMS pendant un rapport intime.

J’ai rêvé que malgré le fait que la modernité fournissait des capacités techniques, elles ne devaient pas forcément être toutes exploitées.

J’ai rêvé que le don d’ubiquité restait un mythe et l’Homme un homme, et non un dieu...

J’ai rêvé que la fuite en avant technologique cessait de prendre le pas sur le reste.

J’ai rêvé que les personnes coupée d’internet et qui ne pouvaient plus travailler se mettaient à réaliser que la partition qu’elles jouent depuis toujours n’est peut-être pas la leur. Que leurs envies sont peut-être ailleurs, et pas forcément dans ce qui semble être la norme. De réaliser que ce « milieu » n’était pas le leur. Comme les oiseaux ont l’air, les poissons l’eau, peut être que le milieu des humains n’est pas celui de la technologie, des ondes, des distances abolies. Que la direction qu’un petit groupe d’humain nous force à prendre nous éloigne et nous empêche un peu plus chaque jour d’avoir les pieds sur terre.

Je suis sorti de mon rêve ce matin. Le cauchemar de la réalité n’a pas changé. Puis, je me mets sur l’ordi et je n’ai pas de connexion. Peut-être est-ce le début de mon rêve qui devient réalité ???

(1 )En février dernier, deux incendies avaient en effet touché des infrastructures de télécommunications près de Crest. Le feu avait détruit un poste répartiteur d’Orange et huit mille personnes s’étaient retrouvées sans internet et sans téléphone portable pendant plusieurs jours, voir semaines.


1 Message

  • Je l’ai rêvé cent fois Le 5 juillet à 13:37, par Olivier Stevenin

    Et moi, je rêve que le fascisme disparaisse enfin de l’esprit des illuminés persuadés d’avoir raison et de l’imposer aux autres. Un certain Joseph S, un autre Adolf H et encore Mao TT avaient raison, eux aussi !
    Quand est-ce que ça s’arrête ?

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
[Se connecter]
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Partagez la page

- Pot commun en ligne pour soutenir financièrement Ricochets
Pot commun en ligne pour soutenir financièrement Ricochets

Site réalisé avec SPIP | | Plan du site | Drôme infos locales | Articles | Thèmes | Présentation | Contact | Rechercher | Mentions légales | Suivre la vie du site RSS 2.0
Médial local d'information et d'expression libre pour la Drôme et ses vallées, journal local de contre-pouvoir, média participatif indépendant :
Valence, Romans-sur-Isère, Montélimar, Crest, Saillans, Die, Dieulefit, Vercheny, Grane, Eurre, Loriol, Livron, Aouste sur Sye, Mirabel et Blacons, Piegros la Clastre, Beaufort sur Gervanne, Allex, Divajeu, Saou, Suze, Upie, Pontaix, Barsac, St Benois en Diois, Aurel...
Vous avez le droit de reproduire les contenus de ce site à condition de citer la source et qu'il s'agisse d'utilisations non-commerciales
Copyleft