Inde en révolte : des femmes prolétaires, des paysans et prolétaires montrent la voie

Un exemple pour les femmes et pour les luttes partout dans le monde

lundi 8 mars 2021, par Auteurs divers.

Des nouvelles de l’Inde, où la révolte historique actuelle doit beaucoup aux femmes prolétaires, puis quelques liens complémentaires, notamment sur la place très importante des femmes dans les révoltes au cours de l’histoire, en France et ailleurs :

INDE. 07.03.2021. LE SOULÈVEMENT DES FEMMES CONSTRUIT L’UNITÉ OUVRIERS PAYSANS ET LAVOLUTION

LEMARS EN SERA UNE NOUVELLE ÉTAPE

On ne peut pas comprendre la dimension extraordinaire du soulèvement paysan actuel et sa dynamique globalisante si on ne comprend pas la place très particulière des femmes dans ce soulèvement. Le 8 mars, journée internationale de lutte des femmes n’est pas en Inde qu’une date commémorative mais est aussi une date de construction de cette révolution générale en cours.
Le soulèvement paysan a commencé par un soulèvement de femmes et en est marqué dans toutes ses dimensions.

Inde en révolte : des femmes prolétaires, des paysans et prolétaires montrent la voie
8 mars 2021 : 50 000 femmes paysannes ont rejoint le campement paysan de Tikri aux portes de Delhi

Les campements actuels de paysans aux portes de Delhi ont été précédés par des campements du même type mais tenu par de femmes dans Delhi même il y a quelques mois, dans le quartier de Shaheen Bagh.
Le soulèvement des femmes a commencé en décembre 2019 lorsque des femmes musulmanes - la communauté religieuse la plus pauvre - descendirent dans la rue pour s’opposer à une énième humiliation du gouvernement Modi contre les Musulmans.
Le mouvement des femmes entraîna peu à peu toutes les catégories populaires qui en avaient marre de la politique de Modi de division permanente entre religions, castes, sexes et marre de la misère qui grandissait sous son régime ultra-libéral.
Sous l’impulsion du mouvement qui avait pris une dimension nationale considérable, les confédérations syndicales organisèrent une journée de grève générale le 8 janvier 2020 qui eut un succès retentissant avec 250 millions de grévistes, qui montra à tous, que par delà les multiples revendications économiques, tous avaient une idée commune en tête : virer Modi.

Ce fut le premier mouvement d’ampleur à oser contester Modi dont la réputation de brutalité et d’inflexibilité intimidait tout le monde.
Le mouvement s’enracina à Shaheen Bagh, quartier pauvre et musulman de Delhi, où des places furent occupées durant 4 mois de décembre 2019 à mars 2020 par 10 000 à 150 000 personnes chaque soir et particulièrement par des femmes du petit peuple, devenant un centre populaire de débat et le centre de l’opposition au régime de Modi. Une espèce de place Tahrir, d’Occupy des prolétaires et des femmes prolétaires.
Ces occupations furent ressenties comme une bouffée d’oxygène qui marquèrent tous les opprimés et exploités dans cette Inde étouffante où la presse et l’ensemble du monde politique étaient rangés à des degrés divers derrière la démagogie communautariste de Modi.
Modi, n’arriva pas à stopper ce mouvement. Sa démagogie raciste et religieuse avait été brisée par la révolte des femmes contre les haines et les divisions, contre la misère qui unifiait toutes les communautés.

Le covid mit fin à ce mouvement des femmes le 24 mars 2020.
Mais il avait semé de nombreuses graines : le désir de passer par dessus toutes les divisions qui alimentent le pouvoir de Modi, l’objectif de virer Modi, avec la conscience que ce sont les plus pauvres, ceux qui n’ont rien à perdre, et notamment les femmes prolétaires, qui peuvent entraîner tout le monde.

Le soulèvement paysan qui commença en juin 2020, 2 mois seulement après la fin de Shaheen Bagh, avait totalement intégré dés son départ cet acquis fraternel et cet objectif politique. Ce fut -et c’est toujours - un soulèvement animé de l’esprit de virer Modi, combattant toutes les divisions de sexes, de religion, de caste, imprégné de l’idée de l’unité avec les ouvriers agricoles, les Intouchables, les ouvriers, les jeunes, mené par les paysans les plus pauvres, qui passe par dessus les intérêts corporatistes paysans pour sauver toute l’Inde du capitalisme.

Les campements paysans actuels de Delhi ressemblent aux campements de Shaheen Bagh, accueillant tout le monde, Intouchables, ouvriers, jeunes, étudiants, syndicalistes, Adivasits des tribus, hindous, sikhs, musulmans, bouddhistes... et les débats tous les soirs, ressemblent à ceux de Shaheen Bagh, changer le monde.
Or le SKM, la coordination qui anime le soulèvement paysan actuel, vit dans ces campements et s’en imprègne de leur esprit.

Tout à la fois dans cette dynamique de l’esprit des campements et encore animées de l’esprit du soulèvement de Shaheen Bagh, les femmes, paysannes ou non, Intouchables, musulmanes, sikhs ou hindoues, souvent des employées des crèches rurales et aides soignantes rurales en lutte elles-mêmes depuis des mois, investirent les Mahapanchayats, organes de la mobilisation paysanne à partir du 29 janvier 2021.
Ces Mahapanchayats issus d’un très lointain passé, étaient souvent de ce fait, assez traditionalistes, patriarcaux, misogynes où les femmes n’étaient fréquemment pas admises. Dans leur élan, les femmes les transformèrent en des structures de la démocratie directe paysanne du soulèvement actuel, mais ouvertes à tous, femmes, jeunes, ouvriers, Intouchables, musulmans, sikhs, hindous tous ensemble, et en firent un organe de combat mais aussi les structures d’un monde embryonnaire débarassé de toutes les oppressions.

Le 8 mars, auquel le soulèvement paysan appelle de toutes ses forces et surtout auquel il se subordonne - au moins durant cette journée - en demandant que partout les hommes, paysans ou autres militants, cèdent la place aux femmes, sera une démonstration aux yeux de l’Inde entière et du monde de vers quoi marche le soulèvement paysan et de quelle société il veut.

(version article avec photos sur Mediapart)

INDE.08.03.2021. 50 000 FEMMES PAYSANNES ONT REJOINT LE CAMPEMENT PAYSAN DE TIKRI AUX PORTES DE DELHI
Habillées en jaune aux couleurs des champs de moutarde où elles travaillent, elles lancent les diverses actions du 8 mars

posts de Jacques Chastaing

Remarque sur le rôle important, et souvent moteur, des femmes dans les révoltes

On sait historiquement que la plupart des fortes révoltes ont été lancées par des femmes (exemple en Inde). On a pu aussi le constater dans le soulèvement en gilets jaunes.
Ce rôle important est souvent occulté ou minoré dans l’histoire officielle.
- Voir LES FEMMES DANS LES REVOLTES POPULAIRES EN FRANCE A L’EPOQUE MODERNE

A la suite des contemporains, les historiens ont été amenés à constater l’importance de la présence des femmes lors des mouvements de révoltes populaires de la période moderne (fin XVe-début XIXe siècle) en France. Dans son étude sur Les soulèvements populaires en France de 1623 à 1648, réalisée au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’historien soviétique Boris Porchnev soulignait « le rôle extraordinairement important des femmes, non seulement comme participantes aux mouvements, mais encore en tant que dirigeantes et meneurs appelant à la révolte »1. Ce phénomène a donc été identifié de longue date. Mais, ce n’est que depuis peu de temps qu’on s’y est intéressé. A l’aube du XXIe siècle, Martine Lapied pouvait observer que « pendant longtemps, la place des femmes dans les émeutes a été ignorée ou minorée en fonction de difficultés liées au sources, mais aussi à cause du regard des chercheurs qui répugnaient à admettre la violence féminine ».

Aujourd’hui il est bien établi que, « de la Renaissance à la Révolution, les femmes sont présentes dans les émotions populaires, qui, régulièrement secouent la communauté villageoise ou urbaine ». On sait, grâce à la vaste enquête de Jean Nicolas, qu’entre 1661 et 1789, il se serait produit au moins 8528 actes de nature rébellionnaire en France5. Cependant, malgré l’important développement de l’histoire des femmes et celle du genre depuis la fin du XXe siècle, malgré l’essor plus récent de la recherche sur l’histoire de la violence féminine, ou encore le renouveau des études sur les révoltes populaires, ainsi que l’essor de l’histoire des forces de l’ordre (lieutenances de police, polices municipales, maréchaussée, armée), l’on ne dispose toujours que de peu de travaux sur la question.

- voir aussi :


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