Histoire des résistances à la colonisation : Zoom sur le sabotage de Rio Tinto

Documentaires sur la résistance aux mines coloniales extractivistes sur l’île de Bougainville

mardi 30 novembre 2021, par Lili souris de bibliothèque.

Histoires de résistances aux destructions environnementales, aux assassinats et au colonialisme sur l’île de Bougainville : les peuples locaux se soulèvent, et gagnent contre la mine et son extractivisme, ils obtiennent leur autonomie par le sabotage et la guérilla.

De tout temps les entreprises capitalistes et le système industriel détruisent des vies et des écosystèmes pour alimenter l’économie et la croissance du Capital.
Partout des peuples se soulèvent contre ces oppressions.

Histoire des résistances à la colonisation : Zoom sur le sabotage de Rio Tinto
Les habitant.e.s de Bougainville se sont battu.e.s courageusement pour leurs vies - Rio Tinto a du partir

Zoom sur le sabotage de Rio Tinto

Les peuples aborigènes Kurrama et Binigura en Australie occidentale sont les gardiens d’un précieux patrimoine vieux de plus de 40 000 ans. Les grottes sacrées de Juukan témoignent d’une longue histoire qui forge les traditions sociales et culturelles des aborigènes. En mai 2020, ces sites préhistoriques sont pulvérisés par la compagnie minière Rio Tinto.

La fortune de cette multinationale repose sur la destruction illimitée des terres et de ses habitants. Elle laisse derrière elle des paysages désolés, ravagés par des années d’extractivisme, quand elle ne procède pas à la liquidation physique des populations locales. En 1888 déjà, Rio Tinto faisait fusiller en Espagne ses propres travailleurs réunis pacifiquement contre des pratiques industrielles qui rendaient les ouvriers gravement malades.

Moins de cent ans plus tard, Rio Tinto récidive sur l’île de Bougainville en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Dans un contexte néocolonial particulièrement agressif, les investisseurs exproprient les villageois. Un anthropologue est envoyé sur place pour dialoguer avec les communautés. En fait, il rédige un rapport confidentiel qui explique comment gagner la confiance des habitants. Il écrit :

« Je ne vois pour CRA (Compagnie Riotrinto of Australia) aucune mesure plus efficace, rapide et vertueuse (et sûrement peu coûteuse) que la création d’un grand supermarché facilement accessible. Cela attirera de plus en plus d’autochtones à Panguna et aidera potentiellement à apaiser les hostilités. Ils pourront acheter des choses avec leur argent et cela augmentera peut-être leur volonté de travailler pour ou vendre à CRA. Pouvoir effectuer des achats serait une nouvelle expérience merveilleuse. Voir les articles de près, les toucher ou les peser, les comparer avec d’autres du même genre, et faire tout cela sans être pressés par un vendeur plus ou moins impatient. »

Entre aberrations coloniales et catastrophes écologiques, la résistance s’organise pacifiquement. Des pétitions circulent, un représentant des propriétaires terriens est élu démocratiquement et des recours juridiques ont lieu. En retour, l’exploitation minière poursuit sans sourciller son travail de destruction de la faune et de la flore. La pollution de l’air et de l’eau explique l’augmentation des maladies de peaux tandis les cultures vivrières étouffent sous les produits toxiques. Mais c’est sans compter sur une vaste campagne de sabotage qui parvient à faire fermer la mine de Panguna. Dans la nuit du 26 novembre 1988, l’alimentation électrique est coupée sur le lieu où plusieurs véhicules miniers sont incendiés. Dans les jours qui suivent, d’autres pylônes qui soutiennent des lignes électriques sont abattus, puis les installations d’extraction des minerais sont détruites. La mine provisoirement neutralisée laisse espérer une fermeture définitive. Pour toute réponse, la police de Papouasie-Nouvelle-Guinée, aidée par les forces armées Australiennes redouble de violence.

Des villages sont brûlés, d’autres sont bombardés. Les habitants qui ne demandent qu’à vivre de leur terre sont placés dans des camps d’internement pour y être torturés, puis exécutés. Les bougainvilliers se mobilisent en masse, ils s’engagent dans la lutte armée et font d’une campagne contre la multinationale, une lutte pour l’indépendance de l’île.

Suite aux nombreux actes de sabotage, l’armée révolutionnaire de Bougainville a eu définitivement raison de Rio Tinto qui abandonne le chantier en 1989. Depuis 2001, l’île est une région autonome en passe de devenir indépendante. Seulement, l’ONU ne reconnaît une nation qu’à condition qu’elle vende son territoire à des investisseurs privés pour intégrer le système capitaliste mondialisé. Car le droit international est encore gouverné par les occidentaux. La constitution et les lois sont pensées par des hommes d’affaire. Le récent documentaire Ophir montre bien que l’indépendance peut aussi être un prétexte pour relancer une économie extractiviste.

- Nous renvoyons au documentaire Ophir, réalisé en 2020 par Alexandre Berman et Olivier Pollet, disponible en ligne jusqu’au 05/01/22 sur France.tv. Veuillez suivre ce lien : https://www.france.tv/documentaires/art-culture/1912533-ophir.html

- Notons que l’équipe de ce documentaire a ouvert une plateforme éducative intitulée The Colonial Syndrome qui retrace l’histoire du passé colonial de Bougainville en sept parties. Pour consulter le site, cliquez sur le lien suivant : https://www.colonialsyndrome.org

https://youtu.be/jo7-1QnLP-o

- Toutes les autres références bibliographiques seront mentionnées dans le Tome 2 de l’Histoire du sabotage.

Deux autres documentaires peuvent être visionnés :
- The Coconut Revolution, 2001, Dom Rotheroe (VO). Disponible ici : https://www.youtube.com/watch?v=1Sl8KJDOqK4
- Bougainville : Our Island, Our Fight, 1998, Wayne Coles-Janess.

https://www.youtube.com/watch?v=1Sl8KJDOqK4

Voir en ligne : Sources avec financement participatif d’un livre sur l’histoire du sabotage

P.-S.

Prévente du livre « Histoire du sabotage » en deux tomes
Un projet éditorial en deux tomes, en prévente sur Ulule

Contribution participative au projet éditorial en deux tomes

- Nouveau livre : Histoire du sabotage (avec une présentation du projet éditorial)
Tome 1 : Des traine-savates aux briseurs de machines - Tome 2 : Neutraliser le système techno-industriel


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