Grèce, des nouvelles de la résistance et du mouvement social

Une chape de plomb s’abat sur le mouvement social ! Nouvelles récentes

par Auteurs divers.
Mis à jour le lundi 11 novembre 2019

Voici des extraits de l’article de Yannis Youlountas « Une chape de plomb s’abat sur le mouvement social ! »

Lundi 11 novembre au petit matin. Après un long silence en partie forcé, voici nos dernières nouvelles de Grèce, depuis la Crète puis l’Épire (près de l’Albanie) en passant par Athènes avec une vague sans précédent de perquisitions et d’arrestations, de fausses accusations contre Rouvikonas, la fin du procès d’Aube Dorée et Exarcheia qui devient une poudrière.

GRÈCE : UNE CHAPE DE PLOMB S’ABAT SUR LE MOUVEMENT SOCIAL !

En tout temps et en tous lieux, à chaque fois que le pouvoir s’est durci, il a toujours qualifié de façon extravagante ceux qui lui résistaient. Sous l’occupation nazie ou la junte des Colonels, les opposants étaient parfois qualifiés de « terroristes ». Aujourd’hui, ce mot et d’autres du même tonneau sont utilisés à tout bout de champ contre les rebelles d’une société injuste et mortifère.

En Grèce, ce phénomène est encore plus marqué qu’à l’autre bout de l’Europe. Le glissement sémantique est total : des groupes rebelles qui n’ont jamais fait ni mort ni blessé sont montrés du doigt comme les pires criminels. Parmi ces collectifs qui ne visent que des dégâts matériels, le groupe Rouvikonas est sur le point d’être classé parmi les organisations terroristes, chose sans précédent en Europe.

Une fois de plus, la Grèce est un laboratoire du durcissement du capitalisme et de la société toujours plus autoritaire sur le vieux continent. C’est pourquoi nous souhaitons alerter nos camarades de l’autre bout de l’Europe de cette dérive : la criminalisation du mouvement social peut mener aux pires condamnations, à de longues peines de prison et, à terme, à une censure totale de nos idéaux révolutionnaires.

Ce processus s’accompagne de moyens de surveillance et de répression toujours plus importants du côté de l’État qui agit au service des dirigeants économiques et politiques. Nous sommes de plus en plus nombreux à nous retrouver dans le viseur d’un pouvoir qui n’accepte plus la contradiction et qui traque toute forme de résistance avec une violence toujours plus méthodique et perfectionnée. Ce qu’a vécu le mouvement social en France ces derniers mois se reproduit un peu partout dans le monde en ce moment, au rythme de soulèvements qui se heurtent à une répression brutale et décomplexée. Dans ce puzzle planétaire d’un capitalisme à bout de souffle, la Grèce, après une décennie de luttes exemplaires, devient le laboratoire du piège qui nous est tendu : il devient progressivement interdit de rêver, de proposer un monde débarrassé du système politique qui nous vole nos vies, et de lutter contre lui. Celui qui ose résister devient lentement un déviant à surveiller de toutes les façons possibles — avec l’appui de nouvelles technologies — et parfois à dissuader ou neutraliser avant même qu’il ait levé le petit doigt.

Voici notre alerte, camarades et compagnons du bout du monde. Nous sommes nombreux à nous inquiéter de ce glissement dans une société toujours plus autoritaire, à Exarcheia mais aussi ailleurs. Nous assistons à une inversion du sens des mots. Dans son roman 1984, George Orwell écrivait « La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force ». Aujourd’hui, nous pouvons ajouter : « Le crime c’est oser défendre la vie ».

(...)

Nous n’avons plus le temps d’avoir peur

Sortir de la préhistoire politique devient une nécessité vitale. Nous organiser autrement, non seulement pour prendre nos vies en main, mais pour sauver la vie tant qu’il en est encore temps. Passer du pouvoir en tant que nom, qualifiant ceux qui nous dominent ou qui prétendent nous gouverner, au verbe pouvoir, qui signifie être en capacité de choisir chacun et ensemble nos vies. Ce n’est qu’en nous débarrassant du pouvoir en tant que nom que nous libérerons le pouvoir en tant que verbe. Ces homonymes sont aussi des antonymes. Pour pouvoir vivre libres, libérons-nous du pouvoir.

D’un bout à l’autre de la planète, en toile de fond de revendications singulières et parfois anodines en apparence, du Chili à l’Indonésie et de la Guinée au Liban, il y a un profond désir de changement qui monte jusqu’en Europe. Un désir de remise en question et de réinvention. Un désir d’en finir avec la politique à l’ancienne et son cortège de mensonges et de corruption. Un désir de ne plus laisser à d’autres le pouvoir de décider de nos vies, de nous écraser, de nous humilier et, parfois, de nous tuer.

Vendredi soir, à la fin du débat qui a suivi la projection de L’Amour et la Révolution(2) à Ioannina, une jeune femme a dit :

Nous n’avons plus le temps d’hésiter. Nous n’avons plus le temps d’avoir peur. Nous n’avons plus d’autres choix possibles. Nous devons nous mettre en alerte et alerter tout le monde autour de nous : les choses ne peuvent plus durer, la planète n’en peut plus, tout ce qui vie n’en peut plus, l’humanité va dans le mur… Nous devons arracher le pouvoir à ceux qui prétendent nous gouverner. Nous devons arracher le bien commun à ceux qui l’ont volé et le saccagent. Nous n’avons plus d’autre choix : vivre libres ou mourir.

- Suite sur l’article de Yannis Youlountas « Une chape de plomb s’abat sur le mouvement social ! »

#revolutioneverywhere


- Post de Yannis Youlountas :
Tout ce que je vous annonçais se confirme : les forces de répression frappent partout simultanément en ce moment à Athènes.

GRÈCE : LA CHAPE DE PLOMB S’ÉTEND AUX ÉTUDIANT.ES !

Sur ordre du ministère, les policiers anti-émeutes encerclent depuis midi 200 étudiant.es à l’intérieur même de l’université d’économie d’Athènes.

Parmi ces étudiant.es, il y a plusieurs blessé.es, violemment frappé.es par la police ! Les ambulances se sont vues empêchées de les évacuer pour les emmener d’urgence à l’hôpital ! La colère gronde à l’intérieur et aux alentours !

La veille, de nombreuses perquisitions dans tous les locaux de l’université ont révélé la présence de matériaux et fournitures pour fabriquer des cocktails Molotov et participer à la résistance face à un régime de plus en plus autoritaire, tant contre le mouvement social que contre les réfugié.es.

On parle de dizaines d’interpellations, sur place mais aussi ailleurs. Des cars ont été affrétés pour transporter les nombreuses personnes visées.

Malgré les blessures, les grenades assourdissantes et les gaz lacrymogènes, les étudiants chantent :
— Pain, éducation, liberté ! La dictature ne s’est pas terminée en 1973 !

L’affaire du camarade de Rouvikonas arrêté et torturé vendredi, malgré les nombreux témoignages prouvant son innocence, devient également un scandale d’État*.

À suivre...

Mise à jour : un hélicoptère et un drone tournent maintenant au dessus d’Exarcheia. Beaucoup d’étudiant.es et de militant.es convergent vers l’École polytechnique, à l’ouest du quartier !


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