Et maintenant on nous traque...

Travaille, consomme et ferme ta gueule !

jeudi 18 février 2021, par antecume.

Je tiens ici à témoigner de ce que j’ai vécu, de ce que j’ai vu, de ce qui m’a d’abord profondément surpris pour ensuite me révolter lors du carnaval de Die auquel j’ai participé mardi dernier.

Prévenu la veille par sms de la tenue de ce carnaval, je m’y rend avec ma fille, ravi comme moi de pouvoir prendre l’air, se barioler, se changer les idées, s’évader de ce monde froid qui prend racine. Nous nous préparons comme il se doit, choisissons nos costumes, les essayons et prenons le chemin de Die sous un beau soleil.
Sur place, déjà une centaine de personnes, de la musique, des enfants, des rires, de la farine, des confetis de la musique, de la joie, des sourires magnifiques, des jongleur.se.s... en grande majorité masqués.
Absent au début, quelques gendarmes se positionnent à distance, observent, prennent des photos et des vidéos.
Vers 13h, le cortège s’élance en direction de la cathédrale, un groupe de musicien accompagné d’un caramentran « fait maison » symbolisant un virus, ouvre la déambulation dans les petites rues du centre suivi par 150 à 200 carnavalier.e.s.

Aux fenêtres, de nombreux habitant.e.s tapent dans les mains, prennent des photos, applaudissent. Ma fille, d’abord un peu apeurée (c’était un de ses premiers carnavals, certains déguisements ne lui plaisaient pas trop...) se prend au jeux, lance de la farine, tape dans ses mains et se laisse emporter comme moi par cette vague collective, fraiche, simple, débordante de vie.

Sur la place à proximité de la cathédrale, la déambulation fait une petite pause puis reprend son chemin. Elle n’a pas fait 50 mètres que quelques gendarmes (2,3 ?) décident de se prendre au caramentran et à la personne qui le portait avec une menace d’amende si il continuait sa route. D’autres personnes, principalement les musicien.ne.s subissaient aussi la menace de 135 euros d’amende pour participation à une manifestation non déclarée.
La Stupeur est générale, la magie du moment et l’ambiance retombent d’un cran... S’en suit une discussion houleuse, principalement avec un des gendarmes, le responsable à priori, qui ne veut rien savoir, qui élève la voix, qui ordonne la mise en garde à vue du caramentran, qui continue de menacer les personnes présentes, les familles, d’amendes.
Quelques personnes s’éloignent, une amie quitte les lieux en pleur avec sa fille qui ne comprend pas ce qui se passe.

La foule encore sur place accepte de laisser le caramentran sous bonne garde et décide de repartir... à nouveau stoppée par quelques gendarmes, la main sur leur gazeuse avec leur responsable qui s’en prend à un des musiciens et tente de lui prendre son instrument de manière agressive. Le ton monte, l’ambiance se tend, la magie est, cette fois-ci, bien loin. Le retour dans le monde du contrôle, de la répression, du « travaille, consomme et ferme ta gueule » qui est scandé, me glace. Une belle réaction collective me réchauffe tout de même un peu mais le coeur n’y est plus. Je décide de quitter a la place vec ma fille, ne souhaitant pas qu’elle assiste plus à cette scène suréaliste d’un monde qui devient irrespirable, qui nous infantilise, qui nous méprise, qui nous déshumanise.

Comment en est on arrivé là ? Comment une simple marche festive sans prétention autre que se retrouver, se faire du bien, rêver, colorer nos vies peut faire l’objet d’une telle agressivité des forces de l’ordre ? D’un tel dispositif ?

Sur le chemin du retour, j’essaie de me détendre, de ne pas trop montrer à ma fille ma stupeur, ma tristesse aussi. Je lance une chanson que nous avons l’habitude de fredonner tous les 2 mais le cœur n’y est pas. Je pensais alors qu’on allait rejoindre tranquillement notre véhicule puis notre domicile... Je comprends vite que ca serait un peu plus compliqué que prévu...

Au loin, j’aperçois d’abord une personne qui court, puis une autre... Nous assistons en fait à une véritable chasse à l’homme et à la femme de gendarmes qui poursuivent et traquent certaines personnes déguisées, à pied et en voiture. J’en vois qui prennent peur, qui paniquent, qui se cachent. Je me pince, ce carnaval n’est qu’un mauvais cauchemard, je vais me réveiller... mais non, je suis bien avec ma fille en train d’assister à une traque de citoyen.ne.s qui ont osé venir s’amuser, chanter, danser, vivre. Une traque qui a duré un ptit moment dans la ville m’a t’on confié.

Une question me turlupine après une bonne nuit de sommeil, allons-nous nous laisser faire, allons-nous accepter encore longtemps cette mascarade de vie sans goût qu’on nous impose ? Allons-nous ranger nos confettis et nos costumes ?

je sais que de nombreuses personnes ont été choquées, que certaines ont été verbalisées, qu’au moins une personne a une convocation pour une audition à la gendarmerie. N’hésitez pas vous aussi à témoigner !

Antecume
(A celles et ceux qui rejetent l’anonymat, je le fais parce que je me dis qu’une police capable de traquer physiquement est bien capable de traquer numériquement et me coller une prune de 135 euros possiblement doublée, ca ne m’étonnerait pas, pour ma fille)


6 Messages

  • Et maintenant on nous traque... Le 24 février à 06:27, par Coucou

    Merci aux participants participantes☀️😀 je n ai pu participer qu à la première partie du carnaval et la belle retrouvaille de la fête et du pouvoir des citoyens face à quelques forces de l’ordre. Cet événement m a redonné confiance quand au pouvoir du peuple joyeux . J ai particulièrement aimé ce moment où le plus ancien des gendarmes essaye de mettre à l écart le porteur de caramentran-vaval et que la foule va suivre le caramentran-vaval 😂 Je sais pourquoi j aime autant le Diois... J ai entendu qu à Luc il y en a marre du gris aussi ? Merci pour l article 👏

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  • Et maintenant on nous traque... Le 21 février à 18:09, par Loomer

    Honte à cette dictature qui ordonne à nos gardiens de la paix d’interrompre une fête paisible, traditionnel et en plein air, de terroriser des gens qui chantent, jouent de la musique, et de traumatiser nos enfants. Honte à ces flics qui suivent des consignes de merde.

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  • Et maintenant on nous traque... Le 21 février à 08:54, par Paul Beynat

    A 500 mètres de là des centaines de Dioises et et Diois plantaient des milliers d’ arbres. En faisant la fête, mangeant ensemble avec les enfants . Sans masque et sans police. La différence : faire quelque chose d’ utile pour les futurs et dans la sororité et fraternité. Et il ont recommencé 30 fois sur 30 projets et 30 communes rien que pour le plaisir d’être ensemble.

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    • Et maintenant on nous traque... Le 22 février à 15:22, par Amari

      Je ne comprend pas l’intérêt de votre message. Est ce pour dire que votre action de plantation d’arbres est « mieux » et plus légitime qu’un carnaval ? que la citoyenneté et la liberté d’expression seraient conditionnée à une évaluation du mérite des actions ? qui l’évalue ? a quelle aulne ?
      A opposer les uns aux autres vous nous révélez une idée de hiérarchie entre les actions des uns et des autres qui ’n’est pas pertinente : le carnaval c’est un moment rituel qui existe depuis le moyen age, occuper librement l’espace publique, QUESTIONNER les valeurs et RENVERSER les rôles, s’exprimer LIBREMENT : c’est ce qu’on appelle le patrimoine immatériel, comme la musique, la danse, les savoirs partagés, la vie ensemble, la fete....
      je veux avec les arbres transmettre aussi cela a nos enfants : la joie qui se partage et la fête qui se vie avec tous dans les lieux publics, l’art dans la rue.
      Cela donne envie, désolé, de vous rappeler que l’opération de plantation d’arbres que vous placez aux nues du travail pour l’avenir est très contestée, c’est en fait surtout une grosse opération de comm’ financièrement intéressante pour Biovallée, qui du même coup rassemble de nouveaux adhérents, sous un verni d’écologie. Le profit se fait sur le travail des pépiniéristes, et permet de justifier par accointance avec la classe politique locale des pratiques écologiquement très contestables par ailleurs. On appelle ca du greenwashing !

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    • Et maintenant on nous traque... Le 22 février à 17:33, par Heska

      C’est formidable de planter des arbres ! J’applaudis ! Vraiment ! Mais Paul Beynat, figurez-vous que je n’ai aucun doute sur le fait que les participants à ce carnaval vivent aussi dans des valeurs de fraternité et de sororité. Car voyez-vous la liberté ce n’est pas que planter des arbres à l’instigation de la Biovallée. Je trouve donc votre commentaire particulièrement condescendant. Aucune des personnes qui voulaient défiler déguisées et perpétuer ainsi une vieille tradition de renversement (le sens même du mot carnaval) ne se permettrait des propos aussi déplacés que les vôtres sur la plantation d’arbres, même sous l’égide d’une structure aussi hiérarchisée que la marque Biovallée. Les gens qui défilaient, ou on essayé de le faire, les enfants qui les accompagnaient, croyez-vous qu’ils n’ont pas eux aussi les yeux et la main dirigés vers le futur ? Quand nous vivrons dans un espace public intégralement contrôlé, et qui aura perdu toute vocation publique, toute possibilité de s’y mouvoir anonymement et collectivement, n’aurons-nous plus qu’à nous réfugier sous les arbres ? Ce n’est pas en se cachant la tête dans le sable ou en dénigrant les actions des autres que nous échapperont à la misère, à la destruction du vivant et à la prison à ciel ouvert. Lisez ou relisez donc Matin Brun de Pavloff et épargnez-nous désormais de tels propos méprisants. Merci.

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  • Et maintenant on nous traque... Le 19 février à 19:18, par Gracchus

    J’ai participé au même événement dans les mêmes circonstances, accompagné d’un enfant, avec des copains accompagnés eux aussi d’enfants, et on partage tout-à-fait cet amer ressenti. Ce fut au moins l’occasion de leur rappeler pourquoi tout le monde déteste cette police qui a donc décidé cette année, sans aucune raison, de couper court à une tradition séculaire – brûler le caramentran, pardi ! À signaler que, dès le début, des musiciens avaient été interdits de jouer, la police déclarant qu’ils avaient quand même été sympas de ne pas dissoudre le rassemblement dès le départ… Hâte d’avoir des nouvelles de ceux qui auraient subi des séquelles de ce joyeux défilé !

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