Définancer, abolir et dissoudre la police : une urgence vitale

Définir collectivement d’autres priorités que la répression et la surveillance, développer la solidarité et le partage

mardi 9 juin 2020, par Auteurs divers.

Quelques réflexions pour aller nettement plus loin que les opérations de com du gouvernement et quelques réformettes de surface qui ne changeraient rien aux problèmes de fond.

FINANCER LA POLICE » : UNE URGENCE VITALE

« Defund the police, defend our communities » : définançons la police, défendons nos communautés. Le mot anglais « defund » signifie retirer des fonds, définancer, et non « défendre ».

Définancer la police : une urgence vitale
Définir collectivement d’autres priorités que la répression et la surveillance, développer la solidarité et le partage

C’est le slogan qui déferle dans les manifestations aux Etats-Unis. Une revendication lumineuse et réaliste, qui fait écho au slogan français « désarmons la police ». L’idée est simple : la répression coûte cher, très cher en argent public. Armes, salaires, véhicules, hélicoptères, drones et autres gadgets. Elle coûte cher aussi en vies humaines, en dépenses de santé lorsque les gens sont mutilés ou blessés. Puisque les gouvernants prétendent faire des économies, il est urgent de réinvestir les fonds gaspillés dans la répression vers d’autres priorités.

Le maintien de l’ordre est un marché de plus en plus conséquent, qui augmente au fur et à mesure que la police se militarise et que le contrôle s’accroît. Aux USA, ce sont les villes qui financent leurs polices, et dépensent ainsi des dizaines de millions de dollars alors que la pauvreté frappe des pans entiers de la population, que de nombreux habitants n’ont pas accès à un logement ou à des repas décents. Depuis des années, le mouvement Black Lives Matter propose d’investir cet argent public dans des structures populaires, dans les communautés, et ainsi régler les conflits et les problèmes de sécurité sans répression, par des systèmes d’entraides. Bref, définancer la police et commencer à se passer concrètement de répression. Cette idée est sur le devant de la scène depuis la mort de George Floyd.

Et en France ? C’est l’État qui dépense des sommes astronomiques pour sa police et sa gendarmerie. La France est même l’un des plus grands pays vendeurs d’armes du monde, y compris d’armes destinées à réprimer. La France exporte son « savoir faire » en matière de répression. Il y a toute une économie policière qui est enracinée chez nous, et prospère d’année en année. Concrètement, cela se traduit par des policiers suréquipés et armés, avec des LBD, des fusils d’assaut, des grenades en quantités industrielles. Cela se traduit aussi par une explosion des procédures absurdes pour des faits anodins, par un quadrillage de l’espace, par des agents en surnombre, par une répression judiciaire implacable, par des caméras partout. Nos sociétés étouffent sous les uniformes.

Par exemple, pendant le confinement, le gouvernement a dépensé plusieurs dizaines de millions d’euros pour de nouveaux drones, des lacrymogènes, des menottes et autres, alors que l’hôpital manquait cruellement de simples masques ! Une situation révélatrice de l’impasse des choix budgétaires de ceux qui nous gouvernent. Il est urgent de définancer la répression pour financer ce qui est réellement utile et vital. Comment appliquer la revendication des manifestants Etats-Uniens chez nous ? On peut déjà lister ce qu’il est prioritaire de « définancer » dans un premier temps :

- Les Lanceurs de Balles de Défense et les armes qui mutilent

- Les unités de police uniquement chargées de terroriser la population : BAC, BRAV, Compagnies d’intervention ...

- Les milliers de fusils d’assaut distribués aux policiers et les millions de munitions qui vont avec

- Les blindés, hélicoptères et autres engins militarisés de la gendarmerie

- Les caméras qui envahissent nos villes

- Etc …

En France comme aux USA, soyons réalistes et responsables : désarmons la police, définançons la répression !

(post et visuel de Nantes Révoltée)

- voir aussi :

  • Tout le monde peut se passer de la police - Organisations communautaires pour abolir la police à Chicago - Scandale après scandale, meurtre après meurtre, la police états-unienne s’est taillée une solide réputation de brutalité, notamment auprès des populations noires. Dans le South Side de Chicago, des militant.e.s de terrain s’organisent pour dépasser la simple critique de l’institution policière, et mettre en place des contre-institutions rendant inutile l’intervention de la police. Inspiré.e.s par le concept d’abolition de la prison porté par Angela Davis, ou par la notion de « justice réparatrice » héritée des traditions indiennes, le but est de montrer que la fonction de la police tient plus dans la répression que dans la protection. Cercles de parole, repas de quartier servant de défense collective, ou bien encore résolution des délits à l’intérieur des communautés et des quartiers, les idées pour abolir la police ne manquent pas. Et certaines sont mises en pratique.
  • MINNEAPOLIS ANNONCE LA DISSOLUTION DE LA POLICE MUNICIPALE - Des jours d’émeutes et des manifestations dans tous les Etats Unis suite au meurtre de George Floyd commencent à montrer leurs conséquences politiques. La police de Minneapolis gangrénée par le racisme est maintenant en voie de démantèlement. (...) La police n’a d’ailleurs pas toujours existé et la résolution de nombreux types de conflits est quelque chose d’expérimenté dans plusieurs endroits du monde à une échelle plus communautaire ou communale qu’institutionnelle. Gérer la violence, ses conséquences et ses réparations est quelque chose que des groupes au sein d’une communauté peuvent assumer collectivement.
  • « Les violences policières ne sont qu’une partie des problèmes suscités par l’existence de la police » - Penser l’abolition de la police. Entretien avec Gwenola Ricordeau.
  • « La police n’a pas lieu d’exister dans un monde qui va bien » - Les mobilisations mondiales contre les violences policières après la mort de George Floyd ont conduit le gouvernement français à faire des annonces concernant la police française : « Tolérance zéro » contre le racisme et abandon de certaines méthodes d’interpellation. Pour le collectif Désarmons-les, ces mesures ne s’attaquent cependant pas au problème de fond.
  • 8 mesures pour abolir la police - Un monde sans prisons ni police, où nous pouvons être en sécurité. Nous croyons en un monde sans meurtre policier car sans police. L’Abolition ne peut pas attendre.

- NOTE : Pour changer les choses en profondeur, dépasser les effets de communication, les réformettes et les mesures d’enfumage qui servent à ce que rien ne change, il faudra bien sûr un rapport de force nettement plus puissant que de simples manifs, déclarations et pétitions.
Et pour faciliter l’abolition de la police, il est nécessaire de construire des sociétés non-capitalistes, auto-gouvernés en démocratie directe, où la fin des classes sociales et de la concurrence généralisée pour tout permet des rapports sociaux pacifiés, et où les conflits divers sont moins nombreux et moins intenses, donc plus facilement "solutionnables".


14 Messages

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  • Définancer, abolir et dissoudre la police : une urgence vitale Le 7 juillet à 12:41, par Sortirducapitalisme

    Merci pour ces réflexions ! Nous avons fait plusieurs émissions sur le sujet : Hommage à Maurice Rajsfus : une histoire des violences policières [PODCAST]
    Système pénal et carcéral : système raciste et capitaliste [PODCAST]
    Abolition de la police, la prison et la justice maintenant !

    Répondre à ce message

  • Définancer, abolir et dissoudre la police : une urgence vitale Le 18 juin à 18:44, par Camille Z

    • 8 mesures pour abolir la police - Un monde sans prisons ni police, où nous pouvons être en sécurité. Nous croyons en un monde sans meurtre policier car sans police. L’Abolition ne peut pas attendre.

    Répondre à ce message

  • Définancer, abolir et dissoudre la police : une urgence vitale Le 17 juin à 12:10, par Camille Z

    un autre texte sur le sujet :

    La police, comme le système des élus représentants dans l’oligarchie en vigueur, comme le capitalisme, ne peut pas être réformer. La seule option viable est d’abolir tout ça, de tout refaire autrement en bien mieux.

    Répondre à ce message

  • Définancer, abolir et dissoudre la police : une urgence vitale Le 15 juin à 10:48, par Maltese 26

    Il est intéressant de voir comment une façon idéologique de voir les choses peut fausser la réalité. Les forces de l’ordre ne sont pas là seulement pour réprimer. Elles existent également pour protéger et pour combattre la délinquance. Plus de 3 millions 700 mille crimes et delits en France chaque année. Quand au dépenses somptuaires sans bien évidemment donner de chiffres là encore les faits prévalent. 14 milliards pour les forces de l’ordre. 700 milliards pour le social dont 200 milliards pour la santé. La France étant le pays au monde qui dépense le plus en la matière.

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    • Définancer, abolir et dissoudre la police : une urgence vitale Le 15 juin à 13:56, par poulet

      Hors sujet !

      Il n’est pas question ici de gros sous mais de pratiques inacceptables.
      Personne ne défend la vétusté des commissariats ou des cellules de garde à vue.
      Plutôt que d’acheter des lacrimos et des LBD, un bon coup de peinture serait salutaire !

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      • Définancer, abolir et dissoudre la police : une urgence vitale Le 15 juin à 17:06, par Maltese 26

        Dites donc Poulet il faut lire correctement le texte des auteurs divers avant de décider de façon péremptoire et fausse que la réponse est hors sujet. Ce sont eux qui parlent de trop d’argent dépensés pour les FO. Et quid de la première partie de ma réponse sur l’utilité des FO. Finalement c’est votre réponse qui est hors, sujet. Mais rassurez vous cela ne m’étonne pas.

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        • Définancer, abolir et dissoudre la police : une urgence vitale Le 16 juin à 23:54, par poulet

          Plus que de l’argent trop dépensé, c’est de l’argent mal, dépensé.
          Quand à l’affirmation que la France est le pays au monde qui dépense le plus pour le social et la santé, ça ne c’est pas vu dans la gestion calamiteuse de l’épidémie.
          L’Allemagne ou la Suède se sont autrement mieux sortis d’affaire.
          Pour l’appréciation de l’action des forces de l’ordre je m’en tiendrai aux études de Maurice Rajfus que j’ai lu il y a longtemps et que j’estime être plus qualifié que monsieur Maltaise sur ce sujet.
          Relisez Candide, en particulier pour le personnage de Panglos
          que vous semblez tout à fait personnifier.

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          • Définancer, abolir et dissoudre la police : une urgence vitale Le 17 juin à 11:34, par Maltese 26

            Ce n’est pas une affirmation c’est factuel. Les budgets sont publics. Par contre votre affirmation que la Suède s’en est mieux sorti est une fake news. Pas de confinement et un nombre de morts par million d’habitants bien plus élevés quand France. Quand à votre propension comme d’habitude à vouloir dénigrer l’autre c’est une habitude chez vous et ne me fait ni chaud ni froid. Cordialement.

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            • Définancer, abolir et dissoudre la police : une urgence vitale Le 17 juin à 23:03, par poulet

              Dites donc Guilloux, (je m’entraîne à imiter votre façon un tantinet vulgaire d’interpeller les gens), il faudrait apprendre à lire.
              Je n’ai pas contesté des chiffres, (à qui l’on peut souvent faire dire n’importe quoi), j’ai simplement qualifié de lamentable la gestion du gouvernement. Si ce n’était pas le cas on pourrait se demander pourquoi la quasi totalité des soignants sont dans la rue.
              Chiffres ou pas, l’Allemagne s’en est sortie bien plus honorablement que la France. Quand à la Suède, j’ai un contact direct pour savoir ce qui s’y passe.

              C’est bien vous le péremptoire !

              Deux mots sur ce négationnisme insupportable qui sévit actuellement... et auquel vous participez.
              Le patron de LR et Marine la Peine ont osé affirmer de concert
              qu’il n’y avait pas de violences policières.
              Au delà de la débilité du propos, (qui est ce qui ose tout d’après Audiard ?), si de vraies sanctions étaient prises contre les brutes assermentées, peut être que les policiers qui font correctement leur travail, mais qui ne veulent ou ne peuvent dénoncer les dérives seraient moins mal à l’aise.

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  • Définancer, abolir et dissoudre la police : une urgence vitale Le 14 juin à 21:16, par Auteur Divers

    « IL Y A ENTRE LA POLICE ET MOI UN VIEUX COMPTE QUI NE SERA JAMAISGLÉ. » MAURICE RAJFUS, 1928-2020

    « Si tu leur réponds, il y a outrage. Si tu résistes, il y a rébellion. Si tu prends la foule à témoin, il y a incitation à l’émeute. » Voilà comment Maurice Rasfus arrivait, en une seule formule fulgurante, à décrire l’impunité et la toute puissance policière. Il est décédé hier, après une vie entière de combats.

    Maurice Rajfus est un rescapé de la Shoah, sa famille est arrêtée et déportée par des policiers français lors de la rafle du Vel-d’Hiv. Il a 14 ans, ses parents ne reviendront jamais. « Les policiers français ont volé des années de vie à mes parents. Tous ont participé aux rafles quand ils étaient requis. Pratiquement pas un seul n’a démissionné . Si la police française ne s’était pas mise aux ordres , jamais il n’y aurait eu autant de dégâts. Il y a eu 250 000 déportés de France, dont 76 000 juifs, les autres étant , pour l’essentiel, des communistes et des gaullistes ... »

    Il ne pardonnera jamais à la police sa collaboration. Ni ses violences passées et présentes. Autodidacte, il devient historien des violences policières, qu’il recense à partir de 1968 et ce pendant près de cinquante ans, notamment au travers du bulletin « Que fait la police ? ».

    « Infatigable militant antiraciste et antifasciste », il sera de tous les combats, pour les peuples algérien et palestinien, contre l’extrême droite, contre les violences policières en banlieue, pour les libertés. Il fonde l’Observatoire des libertés publiques en 1994, suite au meurtre du jeune Makomé dans un commissariat du 18e arrondissement de Paris.

    Jusqu’à son dernier souffle, il a soutenu les familles de victimes des violences d’État. Il laisse derrière lui plusieurs décennies de travail d’archive et plusieurs livres. Il est décédé au moment où les luttes contre les violences policières trouvent un nouveau souffle. Il avait confié il y a quelques années « Si j’avais un vœu à formuler après ma mort, c’est que mes cendres soient répandues le long des murs de la préfecture de police à Paris, le lieu du crime de la rafle du 16 mai 1942 et aussi du 17 octobre 1961. »

    Il reste vivant dans nos luttes.

    post de Nantes Révoltée

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