Crest centre-ville : un dessin sur une façade choque : art, provocation, outrage ? Débat

Place de l’église, un dessin apparu sur la façade d’un café crée une petite polémique

lundi 24 février 2020, par Les Potins de la Vallée.

Jeudi 20 février 2020, un dessin surprise est découvert sur l’angle de la façade du café l’Hydre :

Crest centre-ville : un dessin sur une façade choque : art, provocation, outrage ? Débat

Cet art mural représente une femme masquée debout faisant un bras d’honneur.
On ne sait pas au juste à qui s’adresse ce geste provocateur, mais il semble que ça dérange quelques personnes puisqu’on apprend que la police municipale de Crest a contacté l’Hydre, suite à « des plaintes ».
D’après les témoignages d’adhérent.e.s du café, la police menace de faire un constat et d’infliger 200 € d’amende par jour au café associatif si le dessin n’est pas effacé pour la semaine du 24 février.
Dilemme, censurer un/des artistes ou plaire aux autorités ?
Cette menace d’amende est-elle légale ? Légale ou pas, est-elle absurde et disproportionnée ?

Sur ce, vendredi dernier le pauvre dessin litigieux avait été recouvert d’un papier informatif en attendant de statuer :

Crest centre-ville : un dessin sur une façade choque : art, provocation, outrage ? Débat

Samedi matin, lors du marché, on découvre le dessin à nouveau libre, avec un nouveau mot explicatif, visiblement écrit par des personnes de l’Hydre :

Crest centre-ville : un dessin sur une façade choque : art, provocation, outrage ? Débat
Libre expression ou dessin illégal à effacer ?

Cette oeuvre provocante fait sourire certain.e.s, en agace d’autres, et la plupart sont indifférent.e.s.
En tout cas ce dessin en pied a apporté un peu de vie dans la rue et au café, des débats intéressants sur la liberté d’expression et ses éventuelles limites, sur le fait que ce qui est choquant est subjectif, sur la légalité et ses prétentions parfois un peu absurdes et tentaculaires.

Dimanche 23 février au soir le dessin était toujours là... Profitez-en !

Quelques observations malicieuses

Cette histoire est anecdotique, mais en même temps elle est révélatrice et relance l’éternel débat entre liberté d’expression et censure, entre légalité et nécessaire transgression, entre respect conformiste et provocation vitale, entre subjectivités et normalités, entre autorités et auto-gouvernement, entre règles sociales tacites et leur dépassement, etc.

- Les gens coincés, peureux, ultra-sensibles, les amoureux de l’Ordre, les bourgeois attachés à la bonne réputation de la ville, les autorités qui veulent justifier leur existence, les capitalistes qui ne veulent pas choquer les touristes, les puristes de la propreté standard, etc. crieront à l’outrage, à l’illégalité, à la violence, à l’agression même.

- Tandis que les artistes, les rebelles, les provocateurs, les féministes engagées, les amoureux du foisonnement de la vie, les poètes, les fous, les défenseurs de l’expression libre, etc. trouveront ça sympa, intéressant, amusant, curieux, même si « la perspective du corps gagnerait à être un peu plus rigoureuse », tandis que d’autres diront « qu’on s’en fout des règles de la perspective, ce qui compte c’est le message, la force du dessin. Pour moi c’est un message féministe - mais non c’est juste un acte de défiance rebelle au vieux monde - en fait c’est de la provocation graphique inspirée des mangas féminins japonais - un bel exemple d’art urbain du 21e siècle - une future Bansky ? »

- Et puis il y aura toujours la masse des indifférents, celles et ceux qui ont autre chose à faire que regarder les murs et discourir dessus.

Pour les premiers, les murs doivent rester propres, dédiés au crépis gris ou coloré, au tourisme convenable (celui qui rapporte), aux monuments historiques classés ou déclassés, aux enseignes commerciales et à la marchandise bio ou pas bio. Allô, la brigade anti-tag ?, on a du taf pour vous.
Pour les seconds, les murs sont des supports changeants et variés de l’expression permettant une contemplation à chaque fois différente, des ruptures qui enchantent et réveillent le quotidien, des murs qui pourraient changer chaque jour, comme on change de vêtement.

Pour nombre de censeurs, les femmes doivent rester convenables, travailler, s’occuper des enfants, faire le ménage, être douces, pas question qu’elles se rebellent de trop. Alors une femme fière, debout, rebelle, masquée comme pour une manif sauvage, qui fait un bras d’honneur et un doigt d’honneur, c’est trop, c’est pas convenable. Ils préfèrent peut-être les images de femmes trop souvent vu dans la société de la consommation et de la marchandise : des nus esthétiques, du porno, des battantes en tailleur, des mères au foyer qui font la cuisine, des gravures de modes, des starlettes en robe de soirée, des ouvrières soumises...

Chacun ses obsessions

Personnellement, à Crest je suis plutôt choqué par les publicités, les annonces immobilières (qui ici peut se payer une baraque à 450.000 € ?!), les objets fabriqués en série en Chine exposés en vitrine comme des oeuvres d’art, les machins insignifiants pour touriste chinois égaré, les banques qui étalent leurs enseignes tachées du sang de la Terre mère et des êtres vivants qui la peuplent, les SDF qui persistent à galérer, les gros blocs de pierre lisse venus de Chine, coûteux et moches, infligés par les excentricités coupables du maire sortant à la Place de l’Eglise, les caméras de surveillance qui nous font nous sentir en prison avec d’autres rats de laboratoire, l’absence de nombreux panneaux et murs dédiés à l’expression artistique, associative et politique, par les murs gris et mornes, uniformes, par les propriétés vides fermées depuis longtemps parce que la propriété privée c’est sacré, par le manque de verdure, d’oiseaux, d’abeilles, d’arbres fruitiers et d’arbustes à baie, par le manque d’enfants qui jouent en toute libertés dans les rues, par les rues inhospitalières aux vélos, aux poussettes et aux personnes handicapées, par les plates bandes bétonnées parce que c’est moins cher et c’est propre, par l’interdiction des chiens dans les parcs publiques, par les affiches des gros concerts qui recouvrent les affiches politiques, par les bagnoles qui envahissent tout, par les parkings de goudron, par les arbres mal taillés parce que la mairie ne préfère pas embaucher des gens capables, par les commerces dédiés aux riches qui se développent, par le manque de WC publics, par le fait que ces WC publics sont fermés le soir, etc.

Pourtant, je ne fais pas un esclandre dans la rue, je ne porte pas plainte à la police. Je devrais ?

Je préférerais que les murs soient partout (ou presque ;-) ) des toiles sans cesse renouvelées, avec des dessins beaux, des moches, des crades, des géniaux, des oeuvres violentes ou douces, des graphs stylés, des fleurs ou des taches de sang, des affiches politiques et poétiques, des sexes ou des anges blancs, des poèmes de comptoir, des rimes débiles, des cris du coeur, des messages d’amour à untel-unetelle, des essais de couleur, des bas reliefs, des expositions rebelles derrière une vitre, etc.

Alors je marcherais moins vite dans les rues entre deux points pour éviter de m’affliger devant la tristesse des murs et de la marchandise précisément étiquetée étalée en vitrines, j’écrirais un truc ou deux, je ferais un dessin bien noir, je rencontrerais des gens, on discuterait de la qualité d’une oeuvre ou de son sens, on ferait des photos avant qu’elle disparaisse, on les exposerait, on serait partout chez nous au lieu d’être dans un froid machin fonctionnel ou une galerie marchande aseptisée où on doit circuler parce qu’il n’y a rien à voir sous l’oeil des caméras qui ne veulent pas qu’on égratigne un mur ou qu’on abîme une si précieuse vitrine et leurs familles.

Heureusement, dans les rues de Crest, malgré 25 ans de chape de plomb, malgré comme partout le replis dans la sphère privée, il persiste un peu de vie par rapport à certains centre ville, la cité semble renaître, refleurir, sur les murs ou ailleurs, alors chérissons la au lieu de rêver de galerie d’aéroport sous cloche.


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