Covid : hé frayons-nous un pas-sage dans un monde malade

jeudi 26 novembre 2020, par Régis F.

Au-delà de l’avalanche de chiffres concernant le/la Covid dont nous assomme le pouvoir politique et ses organes de relais médiatiques, il conviendrait de se poser la question de savoir si nos vies peuvent être autre chose que des mesures statistiques. Disposons-nous encore d’assez de sens – dans les deux acceptions – pour à la fois éprouver la justesse de ce que nous vivons et aussi savoir dans quelle direction nous souhaiterions aller ?

Dans la(les) crise(s) [1] en cours, les chiffres s’affichent comme le principal déterminant de l’action politique. La croyance en la toute-puissance du chiffre est effectivement une tendance lourde dans notre société : « l’incontestabilité des faits scientifiques » comme l’a formulé Macron (encore faudrait-il s’entendre sur « les faits » observés).
En premier lieu, l’économicisation du monde consiste à ramener tout ce qui existe à une valeur économique quantifiable, ; c’est l’extension du calcul économique à tous les domaines comme celui de la « valeur » d’une vie vie humaine calculée par les assurances, la « valeur » qu’apportent les services éco-systémiques (novlangue désignant la nature) au sacro-saint PIB. Ensuite, le principe de l’évaluation quantifiée se généralise à tous les domaines de l’existence : à l’échelle individuelle (paramètres physiologiques, « intelligence », « réussite » scolaire puis sociale …), au travail (productivité, performance …), indicateurs du mauvais état – très préjudiciable aux humains – de la planète (climat détraqué, disparition massive d’espèces, pollutions en tout genre … chimique, radioactive, de l’air, des sols, des mers … et même de l’espace !). On peut aussi citer les 25000 morts de faim chaque jour, les victimes de toutes sortes de violences dont les guerres …
Alors que faisons-nous de tous ces chiffres ?
Pour l’instant à peu près rien d’autre que de produire de nouvelles données, plus alarmistes que les précédentes. Il faudrait donc prendre acte que notre société ne changera pas de trajectoire en conservant le même système de pensée que celui qui nous a conduit aux catastrophes passées et présentes.
Au-delà des considérations scientifiques, nos vies ne prennent sens que dans les liens qui fondent notre humanité. L’être humain est d’abord un être relationnel, avec tout ce, toutes celles et ceux qui l’entourent. Nous verrons ci-après qu’une bonne partie des études scientifiques confirment ce qui semble évident avec le bon sens, pour qui est suffisamment relié à ses perceptions (et non aux réseaux).
Tenter d’appréhender le monde est une chose, être au monde est une vie.

Un monde (de) malade(s)

Pour rappel, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».
Il est à peu près évident que la séquence Covid que nous subissons dans la plupart das pays ne répond à aucun critère d’une bonne santé globale :

  • avec les interdictions [2] de fréquentation de ses proches ou des sorties pour s’aérer le corps ou l’esprit, il ne peut y avoir de bien-être social (sans parler des populations déjà toujours reléguées comme les migrants ou dans les banlieues) ;
  • chaque jour qui passe nous rappelle que l’avenir ne peut que s’assombrir : le virus de la peur se répand depuis le pouvoir – la classe politique au service du capital – via ses organes médiatiques (faut-il rappeler qui détient les principaux médias ?). La peur paralyse la pensée, renforce l’obéissance et le conformisme. Le bien-être mental est donc rendu impossible.
  • Quant au bien-être physique, tout le monde s’accordera à dire qu’il a disparu. La différence d’appréciation résidera dans le « quand a-t-il disparu ? »
  • Cette dernière question en appelle une autre : quelles sont les causes portant atteinte au bien-être physique ?
  • Aujourd’hui, les chiffres du Covid éclipsent tous les autres. Encore faudrait-il s’entendre sur leur signification : quand une personne a le Covid et une autre pathologie (facteur de comorbidité), faut-il considérer qu’elle est morte du Covid ? Comment interpréter le fait qu’il n’y a quasiment pas de surmortalité en France entre le 1er mai et le 19 octobre (chiffres INSEE [3]) ?

En France, l’âge moyen des décès est d’un peu moins de 80 ans et l’âge médian de 83 ans. Pour le Covid, l’âge moyen des décès est de 81 ans et l’âge médian de 84 ans … donc les gens meurent au même âge, Covid ou non. Olivier de Soyres, médecin Anesthésiste-Réanimateur à Toulouse, a ainsi déclaré le 16 août : « à condition d’avoir des réanimations en état de fonctionner, on ne meurt pour ainsi dire plus du Covid-19. Cette phrase peut choquer mais c’est notre expérience. Quand les services n’étaient pas débordés, seulement très mobilisés, avec des personnels préparés et formés, ce qui a été notre cas à Toulouse, les patients ont survécu. Certains sont morts avec le Covid, mais pas du Covid. » [4]
Pour agir sur la « mortalité » du Covid, il faudrait donc considérer les facteurs de comorbidité, dont les principaux facteurs sont : pathologies cardiaques, hypertension, diabète, insuffisance rénale, cancers, cirrhose, obésité … c’est-à-dire à peu près les mêmes que les principales causes de mortalité dans le monde [5] et plus particulièrement dans les pays à revenu élevé. Et si nous cherchons les causes de ces causes de mortalité, nous arrivons à la mise en cause de nos modes de vie dans la civilisation industrielle dont les nuisances ont été rappelées plus haut. Sauf qu’aucun pouvoir politique ne mettra en cause le système qu’il cautionne [6]. Le ferait-il que cela demanderait une ré-orientation globale impliquant toute la société et sur un temps certainement bien plus long qu’une gestion dans l’urgence permanente [7].
Détaillons un peu en quoi la santé est mise à mal ; celle-ci reposant sur l’hygiène dont celle du corps avec :

  • l’oxygénation qui est le premier besoin primaire. Mais comment éviter les pollutions de l’air sans éviter de (se) transporter de plus en plus et répondre à tous nos besoins de confort (thermique notamment) ? Par ailleurs, la généralisation du port du masque ajoute une nouvelle nuisance respiratoire (sans parler des autres effets psychiques, des entraves à la communication et aux apprentissages du langage pour les enfants …) : il est déjà reconnu qu’il ne faut pas porter le masque lors d’activités physiques. Alors que télés et radios bénéficient d’une dérogation justifiée [8] permettant aux intervenants, journalistes et invités, d’être exemptés du port du masque ; pourquoi, pour le reste de la population, le masque est-il imposé partout et en toute circonstance ? Et que dire de l’obligation du port du masque en extérieur ? Sachant qu’aucune étude n’a prouvé l’existence de cluster en extérieur (hormis pour des foules rassemblées des heures durant), il est à peu près admis que le taux de contamination en extérieur est très faible.
  • L’hydratation, à savoir principalement de l’eau de qualité ; les boissons industrielles frelatées sont bien sûr à éviter et il vaut mieux ne pas abuser d’alcool et autres excitants – même si ces derniers nous permettent de mieux supporter l’insupportable.
  • La nutrition, de préférence saine ; sauf que la pâtée industrielle qui nous est proposée en rayon n’est ni équilibrée, ni variée (à ne pas confondre avec la profusion de choix pour l’étiquette).
  • L’activité physique régulière, qui n’était déjà pas assez pratiquée par la plupart et qui est maintenant circonscrite à un périmètre autorisé d’un kilomètre autour de chez soi.
  • De respect des cycles, notamment veille et sommeil, qui sont mis à mal par les rythmes de nos vies (qui accélèrent sans cesse) et encore plus avec les écrans partout [9], notamment quand on est enfermé chez soi. Ainsi, le manque de sommeil augmente « les risques d’obésité, de diabète, d’hypertension, de pathologies cardiaques, d’accidents, [...] l’irritabilité et perturbe les relations familiales ainsi que la qualité de vie et de travail » [10]

Et qui dit mauvaise hygiène de vie, dit mauvaise immunité. Même si les scientifiques ont l’honnêteté de reconnaître que le tout de l’immunité – comme de la vie – n’est pas complètement compris [11], il est reconnu que les facteurs environnementaux comptent dans notre immunité. Ce que le bon sens peut saisir directement. Et ce n’est pas en multipliant les gestes hygiénistes à l’infini que l’on soutient l’immunité puisque le propre du vivant est d’être en interaction avec son environnement, et non d’en être coupé. Rendu à ce stade, nous avons deux options :

  • soit nous laissons s’installer le monde sans contact [12] et notre système immunitaire devra être de plus en plus assisté par une prise en charge médicale et la population surveillée/contrôlée par la quincaillerie numérique et les forces de répression [13] (sans parler de l’absurde auto-contrôle quand on remplit son auto-attestation de déplacement et la délation envers les récalcitrants) ;
  • soit nous revenons à plus d’interactions avec notre entour (en présence/réellement et non à distance/virtuellement, faut-il le préciser ?) et nous pourrons alors renforcer notre immunité [14] individuelle et sociale, ainsi que psychique.

Évidemment, il ne s’agit pas de défendre l’idée qu’il faudrait rechercher la contamination par n’importe quel virus, mais à tout le moins ne pas craindre les virus à faible létalité [15] comme le Covid 19. A force de nous seriner que beaucoup de personnes sont mortes, après avoir été malades, après avoir été contaminées, l’équivalence suivante s’installe : « contamination = malade = mort » … quand bien même on nous répète que de nombreux cas sont asymptomatiques ou bénins.
Certes, le Covid a des conséquences qui peuvent être graves pour les plus vulnérables, les plus âgés. Mais pourquoi les mêmes mesures pour tout le monde ? Ne faudrait-il pas des mesures différenciées selon les profils ? Considérer que les mêmes mesures doivent s’appliquer à tous est absurde ; un raisonnement similaire pourrait consister à interdire à tous les pratiques qui ne sont pas accessibles aux personnes handicapées. Il s’agit bien plutôt de construire avec les personnes les plus fragiles des pratiques limitant les risques, dont nous en connaissons un certain nombre maintenant avec les nouveaux mantras des gestes barrières.
D’autres, y compris parmi les plus fragiles, considèrent qu’une vie par trop artificielle (sans relation de proximité, sans possibilité de sortir, port du masque) ne mérite pas d’être vécue et ne veulent pas « s’habituer », malgré ce que le pouvoir cherche à nous faire supporter. Au fond, il serait temps pour notre société d’aborder les questions de fin de vie, et non de les reléguer dans des maisons de retrait(e)s. Plutôt que de combattre la mort – comme le proposent les transhumanistes – il serait plus juste de reconnaître que la mort fait partie de la vie.

La peur, c’est toujours la peur de ce qu’on ne connaît pas. Pour l’apprivoiser, il faut accepter de ne pas savoir, ni maîtriser … approches tombées en désuétude avec la modernité, mais que nous pourrions retrouver dans le partage et la simplicité.
Contre le virus de la peur, contaminons-nous par la joie !

version pdf :

Covid : hé frayons-nous un pas-sage dans un monde malade

Notes

[1Il n’y a pas de crise du capitalisme, la crise est le fonctionnement régulier du capitalisme : crise économique bien sûr, mais aussi toutes celles qui lui sont liées : crises sociales, écologiques, sanitaires ...

[2Citons les plus évidents : confinements, couvre-feux, limitation du nombre de personnes … parmi des centaines, voir par exemple https://covidinfos.net/covid19/la-liste-de-six-mois-dinterdictions-obligations-et-mesures-restrictives-en-france/2163/

[6C’est bien plutôt le contraire : Macron a indiqué le 28 octobre qu’il fallait continuer de faire « fonctionner notre modèle » … sans préciser en quoi il consiste

[7« l’urgence » est bien devenue permanente, en France par exemple avec le double État d’urgence - sanitaire et sécuritaire

[8il n’y a pas (ou presque) de port du masque sur les plateaux télé, mais seulement respect des distances (plus ou moins) ; comme le précise la présentatrice de France 2 lors de l’interview de Macron le 14 octobre « nous venons d’enlever nos masques et nous sommes à 2 mètres l’un de l’autre afin de ne pas prendre de risque de contamination »

[9Ce n’est maintenant un secret pour personne que les écrans sont les ennemis du sommeil, donc des rythmes biologiques

[10Damien Léger, médecin du sommeil, et François Bourdillon, directeur général de Santé publique France dans https://sante.lefigaro.fr/article/les-francais-dorment-de-moins-en-moins-et-c-est-mauvais-signe/

[11« Pourquoi chacun de nous répond différemment à une infection ou à un vaccin ? Pourquoi certaines personnes sont allergiques au pollen ? Autant de questions qui restent encore sans réponse en biologie et dans les sciences médicales. » https://www.pasteur.fr/fr/journal-recherche/actualites/facteurs-qui-affectent-plus-notre-systeme-immunitaire

[12« Ne laissons pas s’installer le monde sans contact » texte initié par le collectif Ecran total (résister à la gestion et l’informatisation de nos vies) et le groupe de travail « digitalizacion, TIC y 5G » de l’organisation Ecologistas en accion. https://www.terrestres.org/2020/04/27/ne-laissons-pas-sinstaller-le-monde-sans-contact/ et disponible en version papier auprès de Ecran total, BP 8 ; 3 et 5 rue Robert Judet, 23260 Crocq ; ou ecrantotal chez riseup.net

[13via les contrôles policiers, les drones, les hélicoptères, mais aussi bien sûr le traçage numérique tel que « Tous Anti Covid » (si je ne l’ai pas, je ne suis pas « Tous »). Contentons-nous de rappeler que le numérique a des conséquences humaines et écologiques catastrophiques. Loin d’être « acteur », l’utilisateur/consommateur d’objets technologiques est inséré dans des systèmes qui le dépassent complètement.

[14A titre d’exemple, « Les enfants nés par césarienne n’ont pas un microbiote normal. Une étude montre que cela peut être rectifié en les mettant en contact avec le fluide vaginal de leurs mères. […] De plus en plus d’études mettent en évidence un lien entre les naissances par césarienne [de plus en plus fréquent en Europe] et l’apparition possible de maladies comme le diabète, l’obésité, les troubles digestifs ou respiratoires, des allergies […] Lors d’un accouchement par voie basse, le nourrisson ingère les bactéries présentes dans le vagin de sa mère [qui] ont ensuite un effet protecteur sur le système immunitaire du bébé » https://www.lemonde.fr/medecine/article/2016/02/01/comment-corriger-la-flore-intestinale-des-bebes-nes-par-cesarienne_4857513_1650718.html

[15Létalité estimée à 1 % (chiffre en diminution au fur et à mesure que l’on s’approche du nombre réel de personnes contaminées), c’est-à-dire que parmi les personnes contaminées, 1 sur 100 risque de mourir ; mais avec de grandes différences par tranche d’âge : 0,02 % pour les 15-19 ans, 0,1 % pour les 35-39 ans, 0,6 % pour les 55-59 ans, 1,5 % pour les 65-69 ans, 3,6 % pour les 75-79 ans, 9 % pour les 85-89 ans (source de l’Imperial College de Londres basée sur 175 études )


2 Messages

  • Covid : hé frayons-nous un pas-sage dans un monde malade Le 29 novembre 2020 à 10:14, par Régis F

    Bonjour rutabaga,
    que la formulation que vous relevez peut renvoyer à autre chose, c’est fort possible.
    Pour la précision, j’avais écrit cette bafouille autour du 10 novembre et je l’ai mise en forme il y a peu. Je ne l’avais pas faite circuler auparavant.
    Il y a effectivement un renvoi à la question de la mortalité avant le 19 octobre, dont la courbe 2020 fait effectivement un nouveau « bond » par rapport à la « normale » (2019 et 2018). Néanmoins, cela me semble un élément parmi de nombreux autres que j’ai tenté de verser à la discussion.
    Salutations

    Répondre à ce message

  • Covid : hé frayons-nous un pas-sage dans un monde malade Le 26 novembre 2020 à 10:02, par rutabaga

    Bonjour
    « Certes, le Covid a des conséquences qui peuvent être graves pour les plus vulnérables, les plus âgés. Mais pourquoi les mêmes mesures pour tout le monde »

    J’ai l’impression d’avoir lu ce texte quelque part mais je n’arrive pas à le retrouver.
    Il semblerait que ce texte ait été écrit après le 19 octobre.
    Est ce que quelqu’un a une idée ?

    Répondre à ce message

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