Covid-19 : ni égoïsme libéral ni administration étatiste des désastres

Pas de liberté sans haute responsabilité, sans solidarité ni démocratie directe

vendredi 6 août 2021, par Camille Pierrette.

Les débats sur Ricochets et ailleurs me font rebondir en vrac sur le sujet des libertés.
Des manifestants crient « liberté », des gouvernements parlent de « sécurité première des libertés », alors creusons un peu certains aspects :

Là on est pris de plus en plus dans un mauvais cercle vicieux avec le covid et les catastrophes climatiques, sociales et écologiques.

De plus en plus d’urgences risquent de se succéder aux urgences, ceci dans une société non-démocratique où la plupart des humains tendent à être transformés en sortes de « termites », de machines au sein d’un système à tendance totalitaire, qui s’enfoncent dans l’impuissance et la dépendance, mais qui parfois voudraient bien, à raison, (re)trouver de la liberté individuelle et collective.

Covid-19 : ni égoïsme libéral ni administration étatiste des désastres
On ne peut pas dompter la méga-machine et la rendre démocratique, écologique, soutenable

Du coup il y a un gros mélange entre

  1. les "libertés" égoïstes des plus forts et plus malins de type libertariens (terme us) et libéraux (rejoints par nombre de consommateurs, conformément à ce que le modèle en place fabrique par tous les moyens), (« pas de passe, pas de masques, pas de vaccins », on se débrouille chacun)
  2. des libertaires qui voudraient se diriger vers la responsabilité individuelle et collective via démocratie directe and co, avec des restrictions de libertés, éventuellement fortes si besoin, mais débattues et décidées collectivement dans des communautés déjà rompues à la solidarité (voir réaction des communautés zapatistes face au coronavirus en Post Scriptum), adaptées au terrain, appliquées de manière responsable et « intelligente » et non de manière policière et indifférenciée
  3. et divers courants (de gauche ou de droite) qui voudraient une meilleure gestion étatique (et un meilleur gouvernement), moins autoritaire, que ce que fait le régime macroniste (ce qui est un peu sans issu vu la nature profondément irréformable de cette civilisation, mais y a moyen de faire moins pire).

Ces trois tendances sont en conflits, et même parfois se mélangent.

Face à cette pandémie pénible, comme face à des désastres climatiques produits par la civilisation industrielle, il vaut mieux dans des sociétés très peuplées une bonne dose d’organisation et d’(auto)discipline. L’État et le capitalisme ayant à peu près éradiqués toute autre mode d’organisation sociale qu’eux mêmes, il est très dur de faire autrement, sans eux.
On voit d’ailleurs, que même en plein coeur de la pandémie, l’État français, du fait de son besoin du capitalisme et de son mélange complice avec lui, s’évertue à démolir un peu plus les services publics de santé (en vue de faciliter leur démantèlement et leur privatisation).

Sortir du cercle infernal des urgences sectorielles croissantes pour attaquer l’urgence globale au coeur ?

- Si on ne fait que répondre aux urgences, alors le risque c’est de laisser totalement la main au système en place, qui va gérer (plus ou moins bien suivant les cas) les choses, à sa manière. Ce qui mène fatalement à des technocraties autoritaires (voir tribune en Post Scriptum : "no pass-aran"), et au final à une aggravation des urgences et des catastrophes vu que le système socio-économique qui les produit reste inchangé.
- Mais si on ne répond pas aux urgences, c’est très brutal, c’est laisser mourir et souffrir les plus faibles, les classes expoloitées, les moins riches, les plus exposés, et donc c’est aussi une forme de libéralisme sans pitié, de darwinisme « social » conforme au système en place, c’est intenable.
C’est le même problème concernant la précarité (soulager la souffrance des salariés ou détruire le capitalisme et le marché de l’emploi ?), ou les désastres climatiques (secourir les innondés et reconstruire loin du fleuve ou démolir les infrastructures de la civilisation industrielle pour limiter l’ampleur du dérèglement climatique et donc limiter les futures inondations ?)

La seule autre voie, une voie vivable, est la voie libertaire, avec l’autonomie individuelle et collective, la très grande responsabilité individuelle et collective associée à la liberté, la solidarité, l’égalité sociale. Une voie qui s’attaquerait aussi aux origines des problèmes au lieu de seulement rafistoler les conséquences, plus ou moins mal colmatées suivant la couleur du gouvernement.
Même si les humains sont assez adaptables et peuvent assez vite retrouver de bons « ’réflexes », ça reste très très difficile là où on en est rendu car on est allé très loin dans des directions inverses : dans la déresponsabilisation, la dépossession, la dépendance (à l’État et aux produits capitalistes industriels), la centralisation autoritaire, le culte de la réussite personnelle par le matériel et la puissance, le culte d’égo vides, le machinisme, la glorification de la technologie et du replis sur soi, l’inaptitude à s’organiser collectivement... De plus le système en place s’oppose fermement à cette voie, il veut garder la main à tout prix, quitte à tout brûler et à tout réprimer.

Donc cette voie libertaire ne peut pas prendre le relai comme ça.
On est donc hélas condamné pour l’instant à subir plus ou moins la gestion étatique (l’administration des désastres, qui elle ne s’attaque pas aux causes, mais veut surtout nous faire supporter les conséquences, nous adapter à une vie dégradée maintenue sous système techno-policier) pour survivre, tout en essayant plus ou moins localement de faire autrement, tout en essayant de peser pour des changements radicaux à plus grande échelle.

Donc, en France, s’opposer au passe sanitaire, au fichage généralisé, à la surveillance totale, sans s’opposer fondamentalement à l’État et au capitalisme (à la civilisation industrielle), sans proposer et essayer de faire vivre une voie de type libertaire est assez vain, voué au final à l’échec (malgré certaines améliorations possibles temporairement qui pourraient faire illusion) et à l’enfoncement dans les mêmes ornières.

P.-S.

- Pour la politique des zapatistes concernant le coronavirus, voir :

C’est juste un exemple, à adapter suivant la culture locale et le contexte, mais on y voit un esprit de responsabilité hors des fluctuations hasardeuses et de l’autoritarisme des gouvernements.


NO PASS-ARAN

Le peuple — car il s’agit de lui — se réveille contre les dernières mesures en date de la caste : contre les mesures ciblées d’obligation de vaccination de certaines professions, l’imposition d’un contrôle social digital généralisé et présenté comme un moindre mal, l’hypocrisie d’une politique dont les « éléments de langage » prétendent ne rien imposer, mais qui en vérité contraint à tout, contre la banalisation d’un « passe sanitaire » entraînant la mise au ban programmée de nombreuses personnes, des travailleurs ou des élèves.

D’un côté, il y aura les bons, doublement vaccinés ; de l’autre, les mauvais, pas encore ou pas assez vaccinés, ou simplement méfiants vis-à-vis du vaccin, pas convaincus ou pas encore. Pour les premiers, le flux ; pour les autres, le reflux, sauf à présenter un test bientôt payant et donc discriminatoire.

La cause de la levée des colères est simple. Elle est juste aussi. À condition de s’en tenir aux raisons qui la motivent. Il est inutile de chercher d’autres motifs en puisant au fond des passions tristes et du délit d’opinion, en complotant sur le complotisme supposé — et parfois avéré — des manifestants. Comme pour les Gilets jaunes, tout mouvement de masse en formation charrie ses contradictions. Le peuple est comme il est, jamais comme certains voudraient qu’il soit. Comme au temps des Gilets jaunes, l’appareil politique du discrédit recommence à frémir avec la même hargne, en s’instaurant garant de la morale publique, celle qu’il piétine pourtant chaque jour.
La droite dure et extrême veut s’emparer de la rue sur le thème de la « liberté »… Mais ces dévots habituels de l’autorité n’ont qu’un seul objectif : imposer la leur en devenant calife à la place du calife. Nos principes sont à l’opposé : ils sont la responsabilité et la solidarité. Notre cause est celle d’un peuple qui veut s’autodéterminer, éclairé sérieusement et en conscience par les faits scientifiques, guidé par la dure expérience des personnels hospitaliers hier célébrés comme des héros, aujourd’hui menacés comme des traîtres.

Mais Jupiter confond sciemment vaccination et passe sanitaire. Ce sont pourtant deux choses différentes. Le passe n’est pas un simple carnet de vaccination, il n’a pas seulement vocation à « protéger » comme on nous l’annonce, mais aussi à « renseigner ».

Depuis les premiers jours de mars 2020, le gouvernement impose une politique sanitaire/sécuritaire sur le mode de l’obligation, de la coercition, à l’image de ce qui s’est passé dans le domaine social. Il postule que la population est majoritairement irresponsable et que seules des mesures autoritaires sont à même de permettre le contrôle de la situation.

Bien au contraire, une authentique politique sanitaire doit refuser l’infantilisation et l’autoritarisme. Elle doit s’appuyer sur la pédagogie et la délibération. La contrainte et la décision d’un seul, dans un contexte d’État d’urgence quasi permanent, suscite en revanche la méfiance, alimente la suspicion et crée un terrain propice aux théories abracadabrantesques. Chacun doit pouvoir juger par lui-même grâce à la disposition publique d’une information complète, précise et honnête sur les avantages de chaque option.

La logique demanderait de faire porter les efforts sur les « personnes à risque », celles qui devraient être vaccinées en priorité ou bien être confinées. Or c’est le contraire qui est mis en œuvre. Si l’État prenait ses arguments au sérieux il devrait en outre être déjà en mode « open source » pour le vaccin, avec une licence libre pour que tous les pays à même de le produire, comme par exemple la Tunisie ou le Sénégal, puissent le développer et l’utiliser. Les États qui n’ont pas hésité à financer les Big Pharmas et à prendre sur eux les risques d’échec de la recherche n’hésitent pas à bloquer le processus de libération des vaccins obtenus en bonne partie sur fonds publics.

La logique à l’œuvre, une fois encore, est la soumission à une décision autoritaire et non concertée, ce qui est déjà une bonne raison de ne pas s’y soumettre. Le but est en outre d’expérimenter des techniques de contrôle des populations – leur faisabilité, leur coût, leur acceptation – afin de les mettre au point et, conformément à la technique du pied dans la porte, d’habituer les populations à les accepter.
Le premier confinement a permis à l’exécutif d’expérimenter l’état d’urgence généralisé en accoutumant la population à un déploiement jusqu’alors inimaginable de policiers, militaires et robots de surveillance. Le consentement sous peine d’amende exorbitante à l’auto-autorisation de sortie – souvent renommée « ausweis » en mémoire de l’occupation allemande – fut le prélude à l’acceptation contrainte de l’autorisation – maintenant étatique – à fréquenter tel ou tel lieu public, pour certains vitaux, comme l’hôpital.

La technologie utilisée allie surveillance et contrôle via le téléphone portable. L’application TousAntiCovid contient un « carnet numérique » qui stocke des données personnelles. Les promoteurs de cette technologie ont beau jurer de leur bonne foi en arguant que les informations nécessaires à la lecture des tests et vaccins accessibles sur l’appli seront effacées trois à six mois après, il est raisonnable d’en douter.

C’est donc tout à la fois la technologie, et les modalités d’application du passe sanitaire qu’il faut refuser. Plus qu’un abandon de libertés, on nous demande de donner quitus de toutes les menaces d’ingérences, de surveillances que recèle ce dispositif. Bien sûr cela nous est demandé au nom du bien commun, pour sauver des vies. Comment se refuser à ce modeste sacrifice au nom d’une cause si noble, sinon se sentir coupable ?

Mais les quelques décennies qui viennent de s’écouler sont déjà lourdes des nombreux reculs et concessions obtenus de lois en lois par les pouvoirs successifs. Ce passe pourra être contrôlé par un groupe fortement élargi et globalement dédié au contrôle social. La nouvelle doctrine de l’Intérieur publiée au printemps veut ainsi mettre en place un gradient des « personnels sécuritaires » toujours plus nombreux, intégrant militaires professionnels et réservistes, police nationale, police municipale, polices privées et sociétés de gardiennage. Chacun son rôle et son armement, mais tous unis au sein d’une mission renforcée.

Chacun d’entre eux sera autorisé à contrôler les passes, même ceux qui ne sont pas assermentés. La mise en application intégrera à cette cohorte les responsables d’une grande partie des lieux publics (cinémas, restaurants...), transformés bon gré mal gré – amendes exorbitantes à la clef – en auxiliaires de police.

Si ces avancées peuvent se faire si rapidement, c’est parce qu’à un moment donné, les technologies sont prêtes. Le passe sanitaire annonce le système déjà en place en Chine sous la forme du Crédit Social qui est une extension du Credit Score américain, développé par une boite d’intelligence artificielle et synthétisant de nombreuses données personnelles en une note utilisée pour attribuer ou refuser un crédit.

Un jour, des petits malins de la Startup nation trouveront ça « cool » et vanteront les avantages de leur nouvelle vie connectée, du temps gagné... Le milieu des startups organise déjà des happenings d’auto-puçage. Peu à peu mobilisée à coup d’incitations « nudge », la masse suivra. Bientôt les réfractaires verront des accès se fermer, comme cela commence déjà à être le cas pour les non possesseurs de téléphones « smart ».

Le précipice est devant nous, la société du Pass Big Brother est « En marche ».

Serge Aumeunier (ingénieur), Pierre Bance (juriste), Virginie Collomb (juriste), Franck David (écrivain), Pauline Couteau (politiste), Alain Éludut (dessinateur-projeteur), Nicolas Éprendre (réalisateur documentariste), Véronique Fau-Vincenti (historienne), Freddy Gomez (écrivain), Hélène Hernandez (féministe), Wenceslas Lizé (sociologue), Patrick Moreno (informaticien), Philippe Pelletier (géographe), Annick Stevens (philosophe)

Tribune publiée sur Mediapart


2 Messages

  • Covid-19 : ni égoïsme libéral ni administration étatiste des désastres Le 11 août à 22:09, par Sandrine

    « La liberté ne peut se vivre que si elle s’accompagne d’humanité, de solidarité et de résistance » écrit Cerveaux non disponibles. Cerveaux disponibles fait un pas sur la bonne voie mais conserve des pudeurs de violette. Comment en effet admettre que les libertaires se sont tirés une balle dans le pied ? Corrigeons d’abord quelques erreurs de perspective : non le mouvement libertarien, s’il est bien l’égoïsme à tout crin conçu érige en valeur positive, n’est pas particulièrement de droite aux USA, à moins qu’on range tous les plus vulnérables à droite. Il n’est pas non plus seulement une chose de riche : le prolo, le boutiquier américains peuvent-être libertariens et aspirer à devenir riches. Les libertariens sont le vivier où se recrutent les QAnon, trumpistes, complotistes, le plus souvent membres de la classe populaire.
    Le libertarisme entretient des rapports étroits avec le mouvement hippie ou de ce côté de l’Atlantique avec mai 1968 : amour libre, mon corps m’appartient, interdit d’interdire. Bill Gates, Steve Jobes, Cohn Bendit ont démarré sur ce terrain, certains avec les cheveux longs.
    Ce qu’aura mis sous la lumière la crise du Covid, c’est que le libertarisme s’était installé en Europe. Jusque nous nous croyons libertaires. La crise du Covid montre que l’anarchie est infestée de libertariens obscurantistes, régressifs, qui confondent leur droit de tout faire avec la liberté, ceux qui imagine que l’anarchie est le chaos. Bushkind, depuis les USA, avait vu se profiler le danger depuis longtemps.
    D’ailleurs en y regardant de plus près, on peut s’interroger sur le fond de ses rave-party qui ont défié les mesures de protection sanitaire où chacun danse pour soi défoncé : où est le collectif ? Et puis, tirons-nous les doigts du cul : vendre des boissons, de la drogue, faire tourner le chapeau peut-être extrêment profitable : pas d’impôt, pas de charge. C’est pas du libertarisme ça. On ne me la fait pas : il y a des entrepreneurs à dreadlock et tout aussi avides que les autres. J’en connais et je devine que certains autres sont proches de tourner la cuti. Ton prochain patron aura peut-être des dreadlock. Et ce sera une pourriture qui fait des hug et fume de la beuh.
    Les cerveaux trop disponibles devraient aussi revoir leur logiciel. Vilain Etat, méchant Etat : ça se récite comme un mantra ou comme le catéchisme. C’est un credo auquel il ne faut pas toucher. Mais l’Etat n’est un problème que s’il est hors contrpole démocratique (ce qui nous sommes d’accord est le cas). Mais sans Etat, ce sera le règne des mafias (éventuellement mafias à dreadlocks) ou des néo-féodaux. C’est la démocratie qu’il faut construire et se former du côté des sciences sociales et de l’histoire pour éviter de réciter sans en changer un iota le Notre-père anar. Il faut rebooter les esprits : le grand soir de Marx et d’Engels, l’internationalisme prolétarien ressemblent furieusement à la globalisation libérale.

    La confusion que font les cousins français des libertariens entre question des libertés et crise du Covid , (questions connexes mais qui ne se recoupent pas) va coûter très cher aux forces de libération : gauche non productiviste (ça existe ?) ou libertaires sociaux ( anarchisme social). Cela se sent déjà. Avec au bout du compte la montée de l’extrême droite. Voilà le beau résultat qui se dessinera bientôt.
    L’anarchisme social doit donc s’efforcer de se distinguer nettement des réactionnaires libertariens, populaires ou de haute volée, à distinguer nettement questions sanitaires et politiques. Nous n’avons rien à faire avec des Alliot ou des obscurantistes à la Raoult ou Péronne. Certes les deux questions se recoupent. Certes nos libertes sont menacées. Certes le soft-totalitarisme est en route. Mais il est de notre intérêt de repousser la confusion, de ne pas nous laisser entraîner par les néolibertariens nouveaux venus – sorte de macronistes extrémistes, développement personnel, et tout le tintoin - gauche productiviste, gauche bobocar ils enterreront la juste cause de l’émancipation humaine sous leur confusionnisme.

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  • Covid-19 : ni égoïsme libéral ni administration étatiste des désastres Le 11 août à 13:55, par Camille Pierrette

    🚫LES FOSSOYEURS DE LIBERTÉ 🚫

    La situation ne fait aucun doute : la liberté est violemment attaquée par les mesures de passe sanitaire imposées par le pouvoir. La France s’engouffre toujours plus dans la voie d’une société de contrôle, inspirée du modèle chinois (voire israélien). C’est grave et nous le combattons sans ambiguïté depuis le début.

    Mais, dans le même temps, la liberté est également attaquée sur l’autre front, de façon plus pernicieuse, mais tout aussi dangereuse. Sur le front de sa "défense". Des personnalités et partis politiques de droite dure, se sont emparés du combat contre les restrictions sanitaire pour en faire un levier électoral (coucou 2022)

    Ces Phillipot et Dupont Aignan, sont en train d’importer une mouvance américaine qui n’avait jusqu’à présent pas d’emprise en France : le libertarisme de droite.

    Sans faire dans l’encyclopédique, le libertarisme (de droite, majoritaire aux USA) est la promotion d’une liberté individuelle absolue. L’idée que partout où l’État légifère, cela se fait au détriment de la liberté. Moins il y a d’État, mieux se porte l’humanité. Cette "philosophie" est bien évidemment très fortement liée à la liberté économique et financière. Les libertariens américains sont ainsi fortement financés par des ultras riches et de grandes entreprises.

    Pour ces gens là, il s’agit donc de promouvoir la liberté individuelle, sans aucune notion de solidarité. Aux USA, cette mouvance a pris le l’ampleur lors du combat contre la réforme de l’assurance maladie, l’« Obamacare », une mesure destinée aux plus précaires mais, qui selon eux, était totalitaire. Ils furent aussi en première ligne sur le combat contre l’imposition par l’État Fédéral de contraintes liée à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
    Leur credo : laissez moi m’enrichir, porter une arme, et vivre comme je l’entends. Et que chacun se démerde pour être heureux sans l’aide de quiconque.

    Pour ces libertariens, toute action publique est une dérive vers le totalitarisme, et ils n’hésitent pas à utiliser les comparaisons avec le régime soviétique ou le régime nazi. Ce n’est donc peut être pas un hasard si on retrouve, en France, ce type de comparaison plus que déplacée et nauséabonde qui ridiculise les manifs anti passe sanitaire. Le problème avec la pensée libertarienne n’est pas qu’elle s’oppose à l’état. Très bien. Mais que dans le même temps, elle s’oppose aussi à toute organisation solidaire, populaire qui tente de s’autonomiser par rapport à un état qui maintient un système inégalitaire.

    Cette vision de la liberté, uniquement centrée sur sa "propre" liberté, est en fait un égoïsme qui ne dit pas son nom. Cet individualisme poussé à l’extrême et présenté comme une défense de "LA" Liberté est en vérité déjà le dogme du néo libéralisme qui met en concurrence les individus les uns contre les autres. Ce qui revient à la notion d’une liberté qui finit toujours par être celle du plus fort.
    Cette notion de la liberté fondée avant tout sur l’individu porte même préjudice à ses défenseurs, qui souvent issu des classes moyennes, ne tirent pas particulièrement leur épingle du jeu d’un système du chacun pour soi qui au final les destine à avoir une place sociale de soumission juste un peu au dessus des plus pauvres et à ne récolter que des miettes.

    Il y aurait plus à gagner à défendre une liberté qui pense aussi le monde et la communauté, plutôt qu’une liberté qui pensent l’individu par dessus tout. Ce qui est déjà l’apanage du néolibéralisme qui opprime 99% de la planète. Dessinant plutôt un monde à la Mad Max qu’un monde désirable.
    Combattre le pass sanitaire, en utilisant la notion de liberté, tout en se foutant du drame que vivent les populations les plus précaires en France et dans d’autres pays, en niant la catastrophe climatique en cours pour ne pas faire perdre des profits aux plus riches, c’est souiller la notion de liberté. C’est l’isoler dans un égoïsme petit bourgeois occidental. Ces gens là disent vouloir la disparition de l’état mais en réalité leur ennemi c’est l’état social, ils ne remettent jamais en question l’état policier. Ils ne voient pas (ou ne veulent pas voir) qu’ils défendent un ordre bourgeois : la surveillance de masse, les attaques contre le droit de manifester... n’entament pas leur liberté de petit bourgeois, et ils ne la combattent donc pas.

    La liberté ne peut se vivre que si elle s’accompagne d’humanité, de solidarité et de résistance.

    Post de Cerveaux non disponibles

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