Contre les guerres militaires et économiques : le mois de mars celui de la révolte ?

Pour mettre fin à la barbarie capitaliste et à la domination étatique structurelles

vendredi 25 février 2022, par Camille Z.

En Ukraine, une guerre de plus éclate sur la planète, une guerre des Etats, des capitalistes, des impérialistes, des nationalistes, des tyrans, qui manipulent, instrumentalisent et exploitent les peuples pour maintenir leur pouvoir et leur puissance. De l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud, en régime de dictatures ou de fausses « démocraties », partout la civilisation industrielle, les Etats et le capitalisme portent en eux la concurrence, la brutalité et la guerre : la guerre économique quotidienne légale et structurelle qui broie les peuples et détruit le vivant, ET la guerre militaire armée qui régulièrement explose et fait gicler le sang.
Aux ravages permanents de l’économie industrielle productiviste correspondent les carnages épisodiques de la guerre industrielle militaire.
Les deux sont liés et sont la continuité l’un de l’autre, indissociablement.

Contre les guerres : le mois de mars celui de la révolte ?
L’Etat-capitalisme porte la guerre, la guerre militaire est la continuité de la guerre économique permanente

LE MOIS DE MARS DOIT ÊTRE CELUI DE LA REVOLTE

Les troupes russes qui ont envahi l’Ukraine vont instaurer, comme en Tchétchénie, la terreur, les bombes, les pillages, les tortures, les viols, l’épuration et les exécutions sommaires avec comme principale victime comme toujours la population civile... L’invasion militaire va faire monter un peu plus les haines nationalistes et dresser les uns contre les autres des amis, des familles qui vivaient en harmonie jusque là, ukrainiens et russophones. Nous devons exiger de toutes les manières possibles l’arrêt de l’invasion militaire et le retrait des troupes russes de l’Ukraine. Et si après les appels à la mobilisation générale en Ukraine, il y a une sorte d’autodéfense populaire qui se met en place, nous devons d’autant plus la soutenir.
De nombreuses manifestations sont organisées ces jours-ci en France en soutien à l’Ukraine. Participons-y.

En même temps les impérialismes européens et américains voudraient qu’on les soutienne contre la Russie. Nous ne le ferons pas.
Nos amis sont les peuples ukrainiens et russes qui l’un comme l’autre ne veulent pas de la guerre. Nos ennemis sont leurs gouvernements tout autant que ceux des USA ou d’Europe qui la veulent ou s’en accommodent.

L’intervention militaire russe en Ukraine est du même type que celle de leur intervention actuelle au Kazakhstan contre les grèves ouvrières et hier en Biélorussie contre le soulèvement du peuple contre leur dictateur. Elle est du même type encore que celle de l’intervention militaire française au Mali et plus généralement en Afrique. Elle du même type toujours que celle de l’armée américaine contre les peuples dans le monde entier. Outre, la rapine, les enjeux de pouvoir et de guerre économique des groupes industriels et bancaires les uns contre les autres, ces guerres servent d’avertissement aux peuples, aux classes populaires, à ceux qui se soulèvent ou qui pourraient être tentés de le faire en cette fin de covid, et de fête du capital.
Aujourd’hui, cette guerre, outre les désastres en Ukraine, pourrait avoir des conséquences graves contre la population en Russie par une répression amplifiée, ce qui a déjà commencé, mais aussi par des restrictions économiques contre la population, si par exemple les sanctions économiques et financières envisagées par l’Occident étaient appliquées. Ce ne sont pas les dirigeants qui en pâtiront, mais la population et en premier les plus pauvres en son sein.

Cette guerre aura aussi des conséquences en Occident si elle dure et s’amplifie par le renchérissement des prix, du gaz au pétrole en passant par le blé et bien des fermetures d’entreprises avec, encore une fois, les classes populaires qui seront aux premières lignes. Par ailleurs, comme hier avec le covid, cette guerre peut avoir des conséquences politiques en France comme partout. Macron va tout faire pour essayer d’utiliser la guerre. Comme pour le covid, en s’appuyant sur l’émotion, sur la peur, sur le sentiment d’horreur face à la guerre, il peut lancer une politique d’union nationale qu’il a déjà commencée autour de l’Otan, puis en union autour de lui-même. En faisant marteler par la presse des milliardaires, que ce n’est pas le moment de se battre entre français, il peut tenter de prolonger la fête du capital qu’avait été la période du covid en essayant d’étouffer la vague de grèves en cours pour les salaires et détourner l’attention des questions sociales qui sont en train d’envahir la période électorale pour ne parler que de guerre, de solidarité et d’union et, au final, détruire demain le système de retraites et les protections contre la maladie et le chômage.
Ne rentrons pas dans le jeu de Poutine, de Biden ou de Macron.

Soutenons inconditionnellement la population d’Ukraine qui va payer par sa vie le jeu sanglant des puissances ! Soutenons la population russe qui a osé descendre dans les rues d’une cinquantaine de villes pour dénoncer l’intervention militaire russe.
Et comme les manifestants russes qui scandaient : « la dénazifiction doit commencer ici », « Poutine dehors », notre meilleure solidarité est de dénazifier aussi ici, en France, de nous débarrasser de tous les fauteurs de haine et de guerre, en amplifiant les luttes actuelles.

Alors que la vague de grèves pour les salaires est en train de franchir un cap en ampleur, qu’une journée nationale de grève interprofessionnelle pour les salaires est appelée le 17 mars, que des grèves plus importantes encore que celles qui ont déjà eu lieu, sont annoncées fin mars à quelques jours des élections présidentielles comme la grève illimitée des agents de la RATP le 25 mars ou des cheminots et agents territoriaux le 31 mars, ce mois de mars sera aussi marqué par de fortes mobilisations féministes, pour le climat, antiracistes, antifascistes pour la défense des libertés ou encore pour le droit à un logement décent !

Nous pouvons transformer les grèves et manifestations actuelles en une vague qui dise « Macron dehors » et qui mette fin aussi à ce système d’exploitation et d’oppression qui "engendre la guerre comme les nuées engendrent l’orage." Cette fin février nous montre l’horreur de leur système et jusqu’où ils sont prêts à aller. Le mois de mars doit être celui de la révolte, si nous ne voulons pas être emportés par leur folie ! Faisons entendre notre voix, la voix des classes populaires pour mettre fin à la barbarie capitaliste. Révolution sociale ou barbarie, c’est toujours à l’ordre du jour.

AVEC UN IMMENSE COURAGE, DES MANIFESTANTS SONT DESCENDUS DANS LES RUES D’UNE CINQUANTAINE DE VILLES EN RUSSIE POUR DIRE "NON A LA GUERRE", "LA DENAZIFICATION DOIT COMMENCER ICI", "POUTINE DEHORS".

Jacques Chastaing le 25.02.2022

Contre les guerres : le mois de mars celui de la révolte ?
L’industrie de la guerre, la guerre économique, la guerre industrielle

Et aussi :

- Aujourd’hui le monde a changé. Les jours qui viennent nous diront comment - L’attaque de grande ampleur menée par les troupes russes en Ukraine, ce jeudi 24 février, nous fait basculer dans un autre monde. Les réactions des gouvernements ukrainien, occidentaux et chinois, mais également du peuple russe, détermineront lequel exactement.
(...)
Un tel défi lancé aux États-Unis confirme, s’il en était besoin, que l’âge d’un monde unipolaire, organisé autour de leur hégémonie, est bien achevé. Pour les Occidentaux, y compris ceux qui étaient critiques de cette domination, s’habituer à une nouvelle ère de rivalité des grandes puissances va être coûteux. C’est tout l’enjeu du futur impossible à prédire, mais selon toute évidence moins confortable intellectuellement et matériellement qui nous attend.
(...)
Nous entrons donc dans une nouvelle ère. De quoi sera-t-elle faite ? Nul ne le sait exactement, même pas Vladimir Poutine lui-même. Une fois l’agression militaire de l’Ukraine posée, la suite ne dépend plus tant du président russe lui-même que du comportement de son entourage, de ses soldats, des Russes qui le soutiendront ou non dans sa décision… et, au-delà, de la réaction du reste du monde à cette attaque.
(...)
D’abord, l’onde de choc sera mondiale. « Les effets déstabilisateurs du conflit pourraient bien se propager bien au-delà de l’Ukraine – en Europe centrale, dans les Balkans (où une paix fragile commençait à se fissurer, avant même cette nuit), jusqu’en Asie centrale et même dans le Pacifique », énumère le magazine britannique New Statesman – considéré comme l’une des voix de la gauche britannique.
(...)
« Nous ne croyons pas que le pire est possible. Sur un autre continent, peut-être, mais pas chez nous : “La Russie ne va quand même pas NOUS attaquer ?” Le pouvoir russe actuel ne raisonne pas en termes de coûts et d’avantages. Il raisonne en termes de mission majeure. […] Attaquer un pays de l’Otan serait suicidaire pour Poutine ? Ne l’excluons pas pour autant » développe-t-elle.
(...)
L’invasion de l’Ukraine pourrait bien marquer la fin d’un monde où les grandes puissances s’efforçaient de respecter – ou au moins d’avoir l’air de respecter – les lois et traités internationaux décidés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ; et s’efforçaient d’éviter – ou au moins d’avoir l’air d’éviter – la guerre, considérée collectivement comme détestable.
(...)
Car « s’il redevient normal pour les pays puissants d’écraser leurs voisins plus faibles », les conséquences seront innombrables : une augmentation spectaculaire des budgets consacrés par les États à la défense (ils seraient en moyenne de 6 % du PIB, un niveau historiquement bas), qui signifierait autant d’argent en moins consacré à l’éducation ou la santé, de grandes difficultés à coopérer internationalement sur des sujets comme la lutte contre le dérèglement climatique.
Certains en concluront qu’il ne reste plus comme option que d’arrêter la force par la force. On peut aussi considérer – ce qui n’est pas exclusif – que l’inattendu peut surgir des peuples eux-mêmes, y compris dans les régimes les plus fermés. Là encore, aucun romantisme n’est cependant possible : l’émancipation de la loi du plus fort est toujours un processus coûteux.

- « C’est le jour le plus dur de notre vie, devant la catastrophe de Tchernobyl » - Le philosophe ukrainien Constantin Sigov observe la détermination de la société civile à résister à l’invasion russe. Mais face à Poutine, il alerte sur un risque d’embrasement global.

Contre les guerres : le mois de mars celui de la révolte ?
Terre brûlée par la guerre, la chimie, le productivisme, l’Economie, la croissance, l’extractivisme, le consumérisme

P.-S.

LES HOMMES, LA CIVILISATION, L’ÉTAT ET LA GUERRE

« En étudiant des centaines de sociétés égalitaires de type tribal ou de bande (Boehm, 1993) afin de voir ce qui était entrepris à l’encontre des éléments perturbateurs, des individus avides de pouvoir, j’ai découvert que les personnalités problématiques étaient invariablement des hommes — chefs de groupe, chamans, chasseurs expérimentés, psychotiques meurtriers ou autres hommes dotés de pouvoirs inhabituels ou de fortes ambitions politiques. Parmi ces hommes, on retrouvait également des brutes cherchant à accroître leur pouvoir ou à s’approprier toujours plus de femmes. Il semble que ce soit presque toujours les hommes qui tentent de dominer leurs pairs. » (Christopher Boehm, Hierarchy In the Forest, 2001)

(Il y a 10 jours, pour accompagner un extrait vidéo de la série documentaire intitulée Exterminez toutes ces brutes, de Raoul Peck, je rassemblais ces quelques paragraphes)

Comme le note l’archéologue Jean-Paul Demoule : « On ne possède guère d’évidence de guerre pour les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, même si l’ethnologie a relevé des cas de guerre chez des chasseurs-cueilleurs récents. La préhistorienne Marylène Patou-Mathis recense deux seuls cas d’ossements ayant subi des violences dans le Paléolithique européen — violence ne signifiant pas guerre. »

En effet, « c’est avec la généralisation de la sédentarité entraînée par l’agriculture, puis l’augmentation continue de la population humaine qui en est l’une des autres conséquences, que la violence organisée — autrement dit la guerre — se systématise et prend des proportions qui ne cesseront de croître.

Il est peu de traces de violences institutionnelles parmi les sociétés néolithiques européennes les plus anciennes. Les villages sont ouverts, situés dans les plaines les plus fertiles, et l’on ne trouve pas de traces de blessures sur les squelettes des défunts. On a même eu tendance à considérer l’ensemble du Néolithique comme une période de paix, que symbolisaient les cités lacustres aux maisons sur pilotis, ces “marinas” préhistoriques où se serait déroulée, sur les bords des lacs des Alpes et du Jura, une vie paisible et prospère. »

Ainsi, « si la violence semble attestée à toutes les époques de la préhistoire et de l’histoire, de par l’agressivité mal contrôlée de certains mâles humains, la guerre telle que nous la connaissons, y compris chez les sociétés traditionnelles, n’est le propre que de sociétés déjà nettement hiérarchisées, à savoir en Europe celles dites de l’Âge du bronze, à partir du IIIe millénaire au plus tôt. » (Les Dix millénaires oubliés qui ont fait l’histoire, 2017)

L’avènement de la civilisation est aussi celui de la guerre. Comme l’a écrit l’historien Lewis Mumford, le nouvel ordre économique qu’a imposé la civilisation
« s’est appuyé dans une large mesure sur l’exploitation violente imposée aux cultivateurs et aux artisans par une minorité armée et toujours menaçante : intrus itinérants ou seigneurs locaux fortement retranchés. Car la civilisation a entraîné l’assimilation de la vie humaine à la propriété et au pouvoir : en fait, la propriété et le pouvoir ont pris le pas sur la vie. Le travail a cessé d’être une tâche accomplie en commun ; il s’est dégradé pour devenir une marchandise achetée et vendue sur le marché : même les “services” sexuels ont pu être acquis. Cette subordination systématique de la vie à ses agents mécaniques et juridiques est aussi vieille que la civilisation et hante encore toute société existante : au fond, les bienfaits de la civilisation ont été pour une large part acquis et préservé — et là est la contradiction suprême — par l’usage de la contrainte et l’embrigadement méthodiques, soutenus par un déchaînement de violence. En ce sens, la civilisation n’est qu’un long affront à la dignité humaine. […]

Esclavage, travail obligatoire, embrigadement social, exploitation économique et guerre organisée : tel est l’aspect le plus sinistre des “progrès de la civilisation”. Sous des formes renouvelées, cet aspect de négation de la vie et de répression est encore bien présent aujourd’hui. »

Ainsi : « Les deux pôles de la civilisation sont le travail organisé mécaniquement, et la destruction et l’extermination organisées mécaniquement. En gros, les mêmes forces et les mêmes méthodes d’opération étaient applicables aux deux domaines. »

Effectivement. Mumford notait aussi que « le comble de l’irrationalité de la civilisation fut d’inventer l’art de la guerre, de le perfectionner et d’en faire une composante structurelle de la vie civilisée. Car, contrairement à ce que décrit le mythe du Léviathan, la guerre ne fut pas un simple vestige de formes plus anciennes et communes d’agression. Par tous ses aspects typiques, sa discipline, ses exercices, son maniement de grandes masses d’hommes traitées comme des pions, par ses agressions destructrices en masse, ses sacrifices héroïques, ses ravages irréparables, ses exterminations, ses pillages, par l’esclavage auquel elle réduisait les captifs, la guerre a plutôt été l’invention spécifique de la civilisation : son drame fondamental. »

Il remarquait en outre qu’« en dehors de ses prétextes les plus évidents — expansion du pouvoir de l’État et rafle de main‑d’œuvre, possibilité de gagner par le pillage plus qu’on ne pouvait obtenir en un court laps de temps par un dur labeur —, la guerre avait encore une autre raison d’être : elle projetait à l’extérieur de l’État les conflits internes que la civilisation tout à la fois attisait et réprimait de façon draconienne à l’intérieur de l’État. » (Les Transformations de l’homme, 1956)

Guerre contre un virus, guerre contre le terrorisme, guerre contre la drogue, etc., la civilisation (l’État), qui se fonde, comme l’a noté l’anthropologue Stanley Diamond, sur la répression en interne (gilets jaunes) et la conquête extérieure (de Mars, de l’espace, de la lune, des fonds marins, de l’Ukraine, etc.), a toujours besoin d’ennemis à combattre.

post de NC : https://www.partage-le.com/2022/02/25/exterminez-toutes-ces-brutes-les-hommes-et-la-guerre-par-nicolas-casaux/


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