Confinement et délires sécuritaires, policiers et totalitaires - Les pyromanes jouent les pompiers armés

Hélicoptère à vision nocturne, drones, couvre-feux, violences policières, surveillance numérique, lois sécuritaires...

mardi 31 mars 2020, par Camille Z.

Voici quelques infos hallucinantes. A défaut de prévention et de pédagogie, à défaut de masques et de tests, le gouvernement et sa police profitent du confinement pour en rajouter dans le sécuritaire, la gesticulation martiale, la rhétorique guerrière. Suivies de quelques remarques plus générales.

🔵 CONFINEMENT & DÉLIRE TOTALITAIRE : UNLICOPTÈRE NOCTURNE AVEC VISION INFRAROUGE À NANTES

- 3 jeunes verbalisés. Les autorités mettent des moyens illimités pour surveiller la population -

Il n’y a pas de masques ni de tests dans les hôpitaux pour faire face à la pandémie, les autorités déploient des moyens gigantesques pour surveiller et réprimer. Des drones sont utilisés dans de nombreuses villes pour traquer les personnes qui sortent de chez elles, et les menacer avec des hauts parleurs. Des scènes qu’on croirait sorties d’un mauvais film de science fiction.

Une étape supplémentaire est franchie localement. En plus du drone qui survole Nantes en journée, un hélicoptère sillonne le ciel de la métropole la nuit ! Ouest-France explique qu’un « hélicoptère de la gendarmerie, venu de Rennes, vole au dessus de Nantes pour repérer les contrevenants croyant passer inaperçus dans le noir. » Surveillance totale, 24H/24.

Le journal ajoute : « la noirceur de la nuit n’est pas un obstacle. Les caméras infrarouges de l’appareil sont capables de deviner à des centaines de mètres la présence d’êtres humains ou d’animaux. Autre avantage pour les forces de l’ordre : de là où il est, l’hélico ne peut être ni vu, ni entendu, par les personnes au sol. »

Des moyens technologiques de pointe, dignes de l’antiterrorisme, ou plus récemment utilisés pour surveiller les frontières, sont à présent déployés contre la population pour lui imposer un confinement de plus en plus absurde. Dans la nuit de vendredi à samedi, l’hélicoptère a repéré « trois jeunes gens, à bord de deux véhicules garés à Sucé-sur-Erdre », au nord de Nantes. La terrible menace a immédiatement été neutralisée avec des amendes. Le patron du MEDEF et les habitants des beaux quartiers qui violent le confinement subiront-ils de tels dispositifs ?

Pour rappel, une seule heure de vol d’un hélicoptère coûte entre 3 et 6000 euros. Pour fliquer 3 jeunes donc. L’hôpital est exsangue, mais tous les moyens sont bons pour la répression.

La pandémie est décidément l’occasion pour les autorités de tester in vivo leurs innovations de contrôle. Le monde de l’après-confinement s’annonce encore plus sombre que celui qui précédait la crise.

- L’une des personnes contrôlées, un travailleur de Sucé-sur-Erdre, nous a envoyé son témoignage. Le contrôle a été particulièrement violent. Le voici :

« Nous somme collègues, travaillant en tant que paysagistes. Après notre travail nous nous sommes rejoint pour boire un coup ensemble. Vers 22H nous avons vu un hélicoptère avec des lumières verte et bleue et rouge au dessus de nous.

20 minutes plus tard, 5 voitures de gendarmerie arrive avec au minimum 15 gendarmes. Nous avons été pointés directement à l’arme à feu avec mains sur la tête. Avec des paroles de gendarmes qui resteront dans nos têtes : « si tu bouge je te fracasse au sol », etc …

Nous leurs avons dit directement que nous étions pas des personnes dangereuse, il n’y aurait aucun gestes brusque. Mais même après 30 minutes passées avec eux, on devait justifier nos gestes . Les mains sur la portière pendant qu’il fouillait notre voiture.

Nous avons été très correct avec eux. J’ai subi une fouille intégrale en étant obligé de baisser mon pantalon ainsi que mon caleçon pour leur prouver qu’on ne cachait rien. L’interpellation a duré 1H30 en nous demandant d’ouvrir chaque partie de notre voiture. Quand tu entends les gendarmes te dire « oui c’est à cause de personnes comme vous que des gens meurent » alors que la plupart n’avaient aucun gant ni masque et qu’on se faisait crier dessus à 30 centimètres ...

Au final il nous ont verbalisé, et nous ont laissé tous les 3 à l’endroit de l’interpellation. Est-ce nécessaire tout cela ? Moi et mon collègue travaillons tout les jours, même depuis le confinement . Se faire pointer par des gendarmes avec des armes avec mains sur la tête . Est-ce normal ?

On ne comprend pas en quoi on ne respecte pas le confinement en buvant quelque bières avec mon collègue alors que l’on se croise tous les jours, on se dit bonjour tous les jours. »

Confinement et délires sécuritaires, policiers et totalitaires

🔴 LE GÉNÉRAL LIZUREY, QUI A EXPULSÉ LA ZAD, RÉPRIMÉ LES GILETS JAUNES ET PROMU BENALLA, CHARGÉ DE LA LUTTE CONTRE LE CORONAVIRUS

- Gestion militaire d’une crise sanitaire : un général de gendarmerie à Matignon pour lutter contre la pandémie -

Il y a exactement 2 ans, le Général Lizurey, à la tête de milliers de gendarmes, donnait l’assaut dans le bocage nantais, pour faire raser des habitats sur la ZAD. Une opération militaire, avec des blindés, des drones, des hélicoptères et plusieurs milliers de grenades, qui avait blessé plusieurs centaines de personnes. Aujourd’hui, il est chargé par le gouvernement de lutter contre le Coronavirus.

« Rien de tel qu’un militaire pour remettre un peu d’ordre dans l’organisation du travail gouvernemental », écrit, en introduction, le journal Le Monde. Selon ses informations, le général Richard Lizurey, a été chargé d’évaluer l’organisation interministérielle de la gestion de crise du Covid-19. Il possède depuis une semaine un bureau à Matignon. « Il est très bon en gestion de crise », a assuré un proche d’Édouard Philippe.

Depuis 2016, cet ancien directeur général de la gendarmerie nationale a été en première ligne dans la répression des mouvements sociaux et écologistes. Cette nomination vient illustrer la place grandissante que prennent les militaires dans « la guerre contre le coronavirus ».

En 2018, il avait mené l’opération d’expulsion de la ZAD de Notre-dame-des-Landes. Une opération militaire de grande envergure qui avait blessé des centaines de manifestants. Un homme avait également eu la main arrachée. À l’époque, le général avait affirmé « regretter cet incident qui malheureusement fait partie des choses qui peuvent arriver ».
Le général Richard Lizurey a aussi affronté la fronde des Gilets jaunes. À la veille de la manifestation du 8 décembre 2018, il expliquait sur C News : « On n’exclut pas les coups de feu. Nous serons sur leur route et nous les empêcherons de passer. »

Revenant sur la crise des Gilets jaunes en juin 2019, le général expliquait dans Le Figaro avoir dû transformer la gendarmerie « en termes de formation, d’équipement et de limitation de l’usage de la force. (…) Face à un mouvement spontané, dispersé, imprévisible et une violence accrue, il a fallu nous adapter. Cela a été l’occasion de nous interroger sur notre modèle pour être meilleur encore demain au profit de la sécurité ». D’après lui, la polémique sur un usage disproportionné de la force a été « excessive », car, « au total, le discernement a été à la manœuvre », soulignait-il.

Autre fait d’arme, Richard Lizurey avait aussi promu Alexandre Benalla au grade de lieutenant-colonel dans la réserve. « C’est une décision personnelle et j’assume », avait- il dit devant le Sénat.

« Nous sommes en guerre » a répété Macron. Alors que l’Etat français teste de nombreuses innovations pour contrôler massivement la population, la nomination de ce gendarme en chef dans le cadre d’une crise sanitaire illustre la militarisation accélérée du régime en place.

(c’était deux posts et montages photos de Nantes Révoltée)

- voir Reporterre

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Lire aussi :

  • VAINCRE L’ÉTAT DE GUERRE SOPORIFIQUE.
  • Drôme et ailleurs : les couvre-feux ne sont pas une mesure sanitaire, mais sécuritaire - Valence, Romans sur Isère, Montélimar, Die, Pierrelatte, Malissard, Bourg-lès-Valence, Portes-lès-Valence, Allex...
  • Orange recycle son service de géolocalisation pour la pandémie - Depuis des années, Orange cherche à commercialiser la mine d’or que sont nos données de géolocalisation (la liste des antennes-relais auxquelles nos téléphones se connectent au fil la journée). La pandémie semble être pour l’entreprise une bonne occasion d’ouvrir son marché.
  • Ce que dit le coronavirus de notre soumission à la surveillance - Une épidémie est toujours un phénomène politique. Aussi, que dit le COVID-19 de notre régime de pouvoir ? Y aurait-il un point commun entre la gestion de la peste au XVIIe siècle et la quarantaine technologique de 2020 ?
  • Le monde qui vient n’a rien d’une utopie, c’est un cauchemar - « Ce qui est en train de se passer est une expérimentation totalitaire dans laquelle la fin affichée – "sauver des vies" – justifie tous les moyens », écrit l’auteur de cette tribune. Alors que le confinement dure et que la pandémie perdure, ce qui vient n’est « ni l’insurrection ni la grève générale, c’est une dystopie ».
  • VIDEO. Dans le centre-ville de Marseille, trois policiers tabassent un homme - Hier soir, dans le centre-ville de Marseille, trois policiers ont frappé un homme au visage dans un hall d’immeuble. Face à la crise sanitaire et économique, les habitants des quartiers populaires sont en première ligne de l’accentuation des mesures répressives du gouvernement, et en premier lieu des violences policières légitimées par l’état d’urgence sanitaire.
  • Etat d’urgence sanitaire : les violences policières continuent dans les quartiers populaires - Arrestations arbitraires, tabassages, insultes...
  • Gare aux conséquences politiques du confinement - « L’imaginaire nous gouverne ; et gouverner, c’est créer des imaginaires » - Il est question ici, de l’imaginaire produit par le gouvernement, de la peur, de l’individu et du télétravail. cette analyse simple et efficace du confinement est à lire en parallèle du Monologue du bon voisin en temps de confinement publié également cette semaine.
  • Qui es-tu Nicole Belloubet, pour t’asseoir à ce point sur les libertés publiques ? - Pour cause de Covid-19, une ordonnance du ministère de la Justice prolonge les délais maximums de détention provisoire de trois à six mois selon la gravité des infractions, au mépris des libertés fondamentales.
  • Covid-19 : l’attaque des drones - À l’heure de la crise sanitaire, la France bascule dans un État policier. Et c’est l’occasion pour les forces de sécurité de déployer massivement leurs derniers gadgets sécuritaires. À travers le pays, la police déploie des drones pour contrôler l’application du confinement. Non seulement pour diffuser par haut-parleurs les directives du gouvernement, mais aussi pour surveiller la population, en orientant les patrouilles au sol et même en filmant celles et ceux qui leur échapperaient pour mieux les sanctionner après.
    Ce déploiement inédit ressemble à une gigantesque opération de communication des autorités, qui mettent ainsi en avant leur arsenal technologique. Cette crise est instrumentalisée pour banaliser l’utilisation d’un outil de surveillance pourtant extrêmement attentatoire à nos libertés. Et le tout dans un cadre juridique flou, voire inexistant. L’État profite ainsi de l’état de sidération pour imposer ses technologies policières.

Le gouvernement et les communes veulent contrôler et fliquer les gens qui circuleraient sans mettre en danger personne, mais en revanche l’Etat et les lobbys capitalistes ne sont pas du tout gênés par le fait d’obliger des salariés à travailler dans des conditions de promiscuité et sans mesures de protections sérieuses, ce qui là met vraiment en danger des gens.

Le flicage forcené et les couvre-feux servent à faire croire que les autorités agissent, sont efficaces, en cadrant les pauvres gens qui essaient de supporter leur confinement en sortant se promener, alors qu’on constate que les gouvernements ont détruit les services publics, privatisés à tout va, n’ont rien prévu en cas de crise sanitaire, sont en dessous de tout.
Les couvre-feux et les contrôles policiers (ils sortent même des drones !) servent à montrer que l’Etat est là, pour tenter de faire croire qu’il s’occupe bien de nous, alors qu’on sait qu’il a failli depuis longtemps, qu’il est fusionné et inféodé aux doctrines ultra-capitalistes et à aux lobbys qui les portent.

EN FRANCE : LE GOUVERNEMENT DISTRIBUE PLUS D’AMENDES QUE DE MASQUES ET DE TESTS

- Plus de 225 000 contraventions en 15 jours

Les autorités annoncent le chiffre fièrement, comme un exploit. Le jeudi 26 mars au soir, 225.000 amendes avaient été distribuées en France dans le cadre du confinement. Une moyenne d’environ 20 000 amendes par jour. Par exemple, 22 574 amendes exactement rien que dimanche dernier. On peut estimer qu’au 1er avril, environ 300 000 amendes ont été distribuées. Parmi elles, les cas absurdes, arbitraires, agressifs sont très nombreux :

- Plusieurs amendes à des SDF à Lyon, alors qu’ils n’ont nul part où se confiner

- 4 amendes sur des personnes qui se rendaient à un enterrement dans la ville de Falaise en Normandie

- De nombreuses amendes données à des personnels de santé, qui sortaient ou se rendaient au travail

- Une amende devant un supermarché, pour une personne qui avait acheté des paquets de gâteaux car « ce ne sont pas des produits de première nécessité »

- Une grande partie des amendes en banlieue, où le confinement en HLM est encore plus dur, et où les contrôles sont assortis de violences

- Une amende contre un cycliste nantais qui allait chez son médecin muni de son attestation. Argument : « Les déplacements dérogatoires doivent se faire à pied ou en voiture »

- Une amende contre un patient au RSA se rendant chez sa psychiatre, pour avoir « mal rempli » son attestation

- Une amende à un jeune homme qui allait acheter des protections hygiéniques pour sa compagne

- Un homme amenant son enfant malade chez le pédiatre avec un membre de sa famille : il est « inutile » d’être deux pour porter la poussette.

- Un agent d’entretien verbalisé devant une laverie automatique, malgré son attestation, alors qu’il n’a pas de machine à laver chez lui.

- Plusieurs infirmiers non-blancs contrôlés, avec des insultes racistes et des sanctions injustifiées

- Plusieurs amendes très lourdes et peines de prison pour « récidive »

Si le système de santé français est à l’agonie, le système sécuritaire semble lui, parfaitement fonctionner. Comme dans tous les autres domaines, la France choisit de régler un problème sanitaire par la répression policière.

Cette explosion des contraventions est l’occasion pour les forces de l’ordre de tous les abus de pouvoir, jusqu’à vérifier ce que l’on achète, le contenu de nos repas, la moindre sortie en banlieue.

En cas de récidive, l’amende augmente à 200€. Une somme violente, pour une personne au RSA, ou qui vit avec le SMIC. Pendant que certains riches se déplacent tranquillement, et qu’on force des millions de travailleurs à aller au turbin, les sanctions les plus absurdes pleuvent sur la population.

225 000 amendes à 135 € l’unité, cela fait 30 375 000‬ €. Ces dizaines de millions d’euros iront-ils financer les soins et l’hôpital public ? Serviront-ils a payer les masques qui font si cruellement défaut ? Ou vont-ils directement financer les hélicoptères, drones, et autres moyens de surveillance de la population ?

Quoiqu’il en soit, la France est peut-être le seul pays au monde qui distribue plus d’amendes que de masques et de tests de dépistage du Coronavirus.

- Pour contester une amende forfaitaire : https://www.facebook.com/groups/236621837372890/files/
- Liste des amendes absurdes : https://n.survol.fr/n/verbalise-parce-que

(post et visuel de Nantes Révoltée)

Surveiller et punir
la France est peut-être le seul pays au monde qui distribue plus d’amendes que de masques et de tests de dépistage du Coronavirus

Remarques complémentaires

Plus largement, cette surenchère sécuritaire c’est aussi : :

  • étouffer la possibilité des critiques et contestations
  • préparer la répression de l’après-confinement - Les flics s’entraînent avec leurs nouveaux joujoux et prérogatives, ils se préparent à réprimer l’inévitable contestation accrue du régime et de son monde capitaliste
  • instaurer un climat de guerre, afin d’obliger plus facilement les travailleurs en première ligne à se sacrifier pour l’économie et les profits des déjà riches
  • faire croire que le gouvernement agit, qu’il est là, qu’il est nécessaire - alors qu’il n’a fait en réalité qu’aggraver les problèmes
  • monter en épingle quelques cas individuels irresponsables, réels ou supposés, afin d’occulter la responsabilité profonde et réelle des oligarques, grands capitalistes et du système de la civilisation industrielle qu’ils portent et défendent 24h/24
  • Individualiser le problème et le réduire à une question d’obéissance pour éviter les actions et questionnements collectifs, politiques

Bref, les mesures sécuritaires, totalitaires et militaires sont dans la continuité logique des actions délétères de ce gouvernement et des précédents, de l’Etat policier au service des puissants et du capitalisme mondialisé.
Non seulement, les sociopathes pyromanes veulent jouer les pompiers, mais aussi ils voudraient nous transformer en bons petits soldats individuels et soumis, en chair à canon pour réparer et nourrir les incendies que la civilisation capitaliste allume en continue, en gentils citoyens fichés qui se contentent d’applaudir sagement des soignant.e.s, en robots numérisés servant l’unité des riches et ploutocrates.

C’est le même processus que lors des deux dernières guerres mondiales, avec également l’apparition des phénomènes de délation et d’auto-censure, de flics trop souvent prompts à la brutalité et au néo-fascisme que le gouvernement laisse faire et protège.

Quand il n’y a pas de démocratie réelle, pas de « vivre ensemble » car c’est le règne de la guerre économique de tous contre tous, quand les gens sont infantilisés et poussés à la soumission aveugle par les oligarchies électives et les multinationales ubérisées, quand des merdias de milliardaires assènent H24 la propagande étatique et ultra-capitaliste, quand l’obéissance servile est valorisée en lieu et place de la pédagogie et de l’esprit critique, quand ce sont les algorithmes et les « intelligences artificielles » qui dictent la politique, alors la porte est grande ouverte aux régimes autoritaires, aux pires mesures liberticides, aux systèmes totalitaires avancés, au règne de la terreur d’Etat et de la matraque.

Un fort mouvement de résistance va-t-il malgré tout s’étendre ?


4 Messages

  • Confinement et délires sécuritaires, policiers et totalitaires - Les pyromanes jouent les pompiers armés Le 8 avril à 23:57, par Camille Z

    CORONAVIRUS : DÉFERLANTE AUTORITAIRE

    - Tour d’horizon mondial du capitalisme par temps de crise sanitaire -

    « Le régime policier et autoritaire, ça a quand même quelques avantages ». Ce sont les déclarations édifiantes de l’ancien ministre français Luc Ferry, le 26 janvier, à propos de « l’efficacité » du régime chinois. A présent, plus d’une personne sur deux sur terre est confinée chez elle : une situation inédite dans l’histoire de l’humanité. Partout autour du monde, la pandémie est d’avantage l’occasion pour les gouvernants d’augmenter leur répression et de durcir leurs régimes que de soigner la population. Tout d’horizon.

    - HONGRIE : Le Premier ministre d’extrême droite hongrois, Viktor Orbán, a obtenu lundi dernier le feu vert du Parlement pour légiférer par ordonnances. Rien de très différent avec la France sous « Etat d’urgence sanitaire » à priori. Mais cette mesure s’inscrit dans le cadre d’un état d’urgence « à durée indéterminée » : les pleins pouvoirs illimités dans le temps pour le gouvernement. Orbán a aussi fait passer une mesures condamnant jusqu’à cinq ans de prison « la diffusion de fausses nouvelles » sur le virus ou le gouvernement. Il faut savoir que les rares médias indépendants du pays font régulièrement l’objet de telles accusations. Pour Orbán, qui installe une dictature légale en pleine Europe, il y a deux camps : soit on est avec lui, soit on est, selon ses mots, « du côté du virus ».

    - PERMIS DE TUER : le président des Philippines, Rodrigo Duterte a été élu avec un programme militariste et répressif très violent en 2016. Dans le cadre d’une prétendue « lutte contre la drogue », il a autorisé la police à tuer les « dealers », et s’est même personnellement vanté d’avoir procédé des exécutions sommaires. Des milliers de philippins, parfois opposants politiques, ont été assassinés depuis son élection. La pandémie est l’occasion d’un tour de vis supplémentaire : Duterte a a placé la capitale Manille en confinement et a affirmé qu’il avait donné comme consigne aux forces de l’ordre de « tuer » ceux qui ne respecteraient pas la mesure. Lors d’un discours télévisuel, il a demandé : « Est-ce bien compris ? Morts. Au lieu de causer des troubles, je vous enterrerai ». Même politique au Pérou, où le confinement total et l’état d’urgence ont été mis en place il y a plus de deux semaines. Pour faire respecter les mesures de confinement, policiers et militaires ont été déployés aux quatre coins du pays, et depuis quelques jours, une loi leur assure une quasi-immunité : « un policier ou un militaire en service peut blesser ou tuer un citoyen sans risquer des poursuites judiciaires ». 26 000 personnes auraient également été arrêtées. Des Philippines au Pérou : le permis de tuer comme mesure de santé publique.

    - AFRIQUE, VIOLENCES D’ÉTAT : partout autour du globe, c’est une explosion des violences et des humiliations policières : en Afrique du sud, l’armée a été déployée pour contrôler le confinement dans les quartiers pauvres de Johannesburg. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses images de forces de l’ordre molestant des habitants ont été mises en ligne. L’armée et la police sont accusées d’abus de pouvoir et d’humiliation après avoir frappé et imposé des exercices physiques aux personnes arrêtées. Un canon à eau a été utilisé contre des clients faisant la queue devant un magasin. Des policiers sont rentrés dans des domiciles sans motif. Le 29 mars à Gauteng, un homme a été abattu dans son jardin par une patrouille qui poursuivait des consommateurs d’alcool. La police a également tiré des balles en caoutchouc suer les personnes sorties de chez elles, et même aux abords d’un hôpital selon une vidéo en ligne. Au Kenya, la presse titrait « Nuit de terreur » le 28 mars, au lendemain de la première nuit du couvre-feu imposé dans le pays. « Dès 16 heures, soit deux heures avant l’heure du couvre-feu », souligne un journal, des policiers ont commencé à fondre sur les passants dans des déchaînements de violence. Coups de fouet, armes à feu pointés sur des civils… Sous prétexte de lutte contre l’épidémie, tous les moyens étaient bons. « Des habitants de Mombasa ont été attaqués par les forces de l’ordre, ceux qui attendaient leur bus étaient arrosés de gaz lacrymogènes, et même battus ».

    - EXODES : En Inde, de nombreuses vidéos montrent des policiers tabasser et humilier les passants dans la rue pour imposer le confinement. Le Premier ministre indien Narendra Modi a ordonné un confinement total du pays d’un 1,3 milliard d’habitants, entraînant des déplacements de population massif, et laissant des millions de personnes errantes. Certaines personnes affaiblies sont mortes en tentant de rentrer chez elles. Les ouvriers, les travailleurs migrants et autres sans abris se sont retrouvés sur les route en périphérie des immenses métropoles pour rejoindre leurs habitations. Le gouvernement d’extrême droite, faute de préparation, a demandé aux habitants « de sortir sur leurs balcons, de sonner des clochettes pour rendre hommage aux soignants ». Dans les immense bidonvilles du pays, le confinement est tout simplement impossible et l’épidémie ne peut être contrôlée. Plus que le virus, c’est la famine et la police qui effraient de nombreux habitants.

    - LE MONDE QUI VIENT : la crise sanitaire est un accélérateur de l’histoire. Le virus donne un aperçu du monde qui vient, avec des inégalités encore plus criantes, un espace public militarisé, et des mesures sanitaires absurdes et répressives. Ce monde qui vient est un monde d’uniformes, de télétravail et de jobs ubérisés. Un monde où nous allons nous habituer à recevoir des ordre de la part de drones, à être géolocalisés massivement, où des avions volent à vide et où l’on spécule sur le désinfectant et les masques Un monde de méfiance et de peur des autres. La journaliste Hassina Mechaï décrit parfaitement les nouveaux habits de ce capitalisme autoritaire, qui s’empare des corps après avoir tout marchandisé :

    « Le capitalisme moribond semble se requinquer par la découverte du dernier gisement à exploiter, celui de l’intime. La dernière terra incognita à coloniser, sur laquelle planter sa bannière de la mission pacificatrice. Quitte en réalité à y apporter un état de guerre permanent. Car le terre physique est quadrillée, exploitée, rincée par notre avidité. La force mécanique de l’être humain l’est tout autant, esclavagisée au fétichisme marchand, obligée de produire ici, en épuisement, ce qui sera consommé là, en gavage. Que reste-t-il autant à conquérir qu’à monnayer sinon l’intériorité de l’humain ? »

    post de Nantes Révoltée

    Répondre à ce message

  • Confinement et délires sécuritaires, policiers et totalitaires - Les pyromanes jouent les pompiers armés Le 3 avril à 10:51, par Camille Z

    Alain Damasio : « La police n’a pas à être le bras armé d’une incompétence sanitaire massive » - Pour l’auteur de SF, aucune épidémie ne devrait servir d’alibi pour détruire nos libertés. Il s’interroge sur l’après-Covid : on a souvent vérifié que les mesures sécuritaires ne disparaissent pas forcément en même temps que le danger. Et que restera-t-il de nos relations humaines après plusieurs semaines sans contact autre que via les écrans ?

    Répondre à ce message

  • Confinement et délires sécuritaires, policiers et totalitaires - Les pyromanes jouent les pompiers armés Le 31 mars à 19:03, par Sergueï

    Entièrement d’accord : avec Trump, Bolsonaro ou au Bélarusse, pas de confinement.

    Répondre à ce message

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