Comment est-il possible que le travail supposé assurer la domination de l’homme sur la nature puisse devenir source d’aliénation ?

Sur l’aliénation par le travail et son produit

mercredi 7 juillet 2021, par Nemesio.

Depuis l’apparition des premiers hominidés le travail comme moyen de survivre en assurant petit-à-petit une plus grande maîtrise sur la nature a vite été la condition sine qua non de la pérennisation de notre espèce. Animal sans moyens de défense extrêmement efficace l’homme était à la merci des multiples prédateurs et des forces de la nature. Il a donc dû très vite s’appuyer sur ses exceptionnelles facultés intellectuelles pour pouvoir survivre dans un environnement qui ne fait pas de cadeau en éliminant ceux qui ne peuvent pas s’adapter.

La non finition de son cerveau et donc sa capacité d’abstraction et d’invention ont été et demeurent sa plus grande force et un des fondements de sa nature humaine. Cette particularité du cerveau humain qui le place très nettement à part dans le règne animal a été sa plus grande chance. Conservant avec les autres animaux ce que l’on appelle l’instinct (notamment le fameux instinct de conservation) l’homme n’est pas borné par ce seul instinct et ses déterminismes.

Si le jeune grand singe ou l’antilope ou n’importe quel autre animal atteint rapidement le stade où il a acquis ce qui lui est nécessaire à sa survie : de nombreux animaux qui sont les proies habituelles des prédateurs de leur milieu sont en capacité de se mettre debout, de marcher puis de courir très rapidement après leur naissance et, une fois que les connaissances alimentaires, pharmacologiques et comportementales diverses recueillies auprès des parents et adultes le jeune est prêt sans en savoir plus que ce qui lui a été transmis de strictement nécessaire à son milieu de vie : nécessaire aux règles de son clan, sa meute, sa horde et nécessaire à ses choix alimentaires et de défense face aux prédateurs. L’homme qui a miraculeusement échappé à ces déterminismes en étant en mesure d’apprendre plus, de découvrir, d’inventer sans être enchainé au juste nécessaire s’est placé pour son plus grand bonheur et son plus grand malheur à part et au-dessus des autres animaux.

Comment est-il possible que le travail supposé assurer la domination de l’homme sur la nature puisse devenir source d’aliénation ?
De l’activité auto-gérée au rouage interchangeable dépendant de la Machine

Si l’on met à part l’utilisation d’outils par certains animaux : la pierre pour le chimpanzé pour briser l’écorce de noix de coco ou de noix, la brindille enduite de salive pour recueillir les termites, des technique assez inventives chez certains oiseaux l’homme est le seul qui après avoir pensé l’idée même d’ « outil » a diversifié « les outils » les nombreuses tâches nécessaires à sa survie réclamant l’invention d’outils adéquats. Bien-sûr à la base la tâche à accomplir et donc l’outil étaient aussi simple que rudimentaire que celle et ceux du chimpanzé ou du corbeau mais la nécessité multipliant les tâches à effectuer et les problèmes à résoudre il a fallut que la capacité d’invention de l’homme se développe considérablement pour créer les outils nécessaires puis les perfectionner une fois un principe efficace trouvé…
La recherche intellectuelle du futur outil, son amélioration et son maniement de plus en plus complexe ont-donc étaient réalisés pour une utilisation immédiate et quotidienne de survie, l’inventeur se servait pour lui et son clan de sa trouvaille et essayait de la transmettre sans profit (autres qu’intellectuels ?...) aux jeunes générations et aux autres membres de sa famille-tribue. Les problèmes ont commencés lorsque les premiers hominidés se sont regroupés en associations de familles-tribues puis ont évolués des chasseurs cueilleurs aux « villageois » sédentaires…

Si à la base, lors des toutes premières inventions d’outils et donc des tous premiers travaux autant la transmission de la découverte que le partage des produits étaient « bons-enfants » et donc gratuits avec l’évolution des modes de vie ce partage du savoir et du produit ont eux aussi évolués. Tout a basculé lorsqu’il n’y a plus eu désintéressement de l’invention et de son produit. Autrement dit les premières formes de valeur données à l’homme l’outil producteurs et le produit de leur travail ont fait tout basculer vers l’aliénation actuelle. La notion de valeur (la fameuse « valeur travail » décortiquée par Marx…) a progressivement dénaturé le partage de connaissances et les échanges entre les hommes. La marchandisation du travail et de son produit a sonné le glas des sociétés humaines fondées sur la gratuité et la mise en commun du savoir et des produits des découvertes pour le simple bien de la communauté. Nous sommes passés en quelques millions d’années du souci gratuit du bien-être et de la survie de soi et des siens à une marchandisation du savoir et du produit de ce savoir.
La valeur donnée au travail et à son produit et leur marchandisation ont mené à notre actuelle société de consommation. De la simple satisfaction intellectuelle de l’inventeur nous sommes passés à sa rémunération. Ainsi l’état d’esprit du découvreur a évolué, du partage désintéressé avec les siens il a acquis petit-à-petit une forme de sentiment de domination pervertissant…

Les balbutiements des futures sociétés marchandes ont fait le reste… Valeur donné au travail, à son produit puis, deuxième énorme révolution des mentalités, travail non plus effectué pour soi et sa famille-tribue mais pour un autre : le futur patron, la future entreprise. Le patronat et l’apparition du salaire ont été naturellement le début de la fin et le commencement de la décadence qui a mené à la terrible apogée consommatrice que nous connaissons où l’homme lui-même est considéré comme produit de consommation et n’est plus qu’un triste pantin producteur-consommateur.

L’aliénation oui est bien passée d’action de survie nécessaire et respectueuse de l’environnement à une exploitation destructrice et sans vergogne des ressources naturelles alliée à des activités polluantes qui mettent très à mal les systèmes qui régulent notre planète et risquent de mener à la disparition de notre espèce ou, du moins, à des conditions de vie extrêmement difficiles. L’homme s’est en quelque sorte dénaturé, s’il n’a jamais été le bon sauvage de Rousseau le progrès, les notions de valeur travail et marchande, l’essor de l’économie de l’industrialisation et de la consommation l’on rendu exploiteur de sa propre espèce et de la Nature.

L’aliénation, la folie ont tissé leur toile dans nos cerveaux jusqu’à étouffer l’esprit critique si nécessaire au vivre ensemble et au respect de notre Terre. Ainsi aliénée aux règles de la Société de Marché notre espèce en a presque totalement oublié la relative harmonie qui réglait lors de ses premiers pas… L’homme « loup pour l’homme » de Hobbes est devenu un produit à consommer comme le sont les produits innombrables qui sortent de ses mains ou des chaines de production. Tout est marchandise, tout doit être économiquement viable et surtout rentable pour
avoir l’autorisation d’exister…

28 janvier 2012


4 Messages

  • Comment est-il possible que le travail supposé assurer la domination de l’homme sur la nature puisse devenir source d’aliénation ? Le 7 juillet à 17:30, par simon

    Voilà encore une fresque qui se veut pan-historique et explicative de la dérive humaine après un hypothétique « age d’or » bien gentil, fresque séduisante mais dont rien ne garantit la valeur scientifique.
    Comparaison n’est pas raison, ce texte sert surtout à se faire plaisir et/ou se rassurer. Et à tenter de donner une épaisseur a des idées et des engagements par ailleurs honorables.

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    • Comment est-il possible que le travail supposé assurer la domination de l’homme sur la nature puisse devenir source d’aliénation ? Le 9 juillet à 05:38, par PASCAL Julian

      En réponse à Simon je n’ évoque absolument pas un« âge d’or » Rousseauiste (si vous lisiez mon second texte publié sur le site « Primitifs, Barbares et hommes civilisés » ou surtout un texte sur ce qui celon moi est le propre de l’homme : « Ecce Homo » vous verriez très bien que je suis très loin d’ idéaliser notre espèce...) De plus ici je parle très clairement de l’apparition de la valeur donnée au travail et à son produit et plus tard à la naissance du travail salarié et donc du patronat qui ont bien sûr détruit le désintéressement des débuts et les comportements désintéressés communs avec les grands singes ou autres animaux inventifs... Je me tiens à votre disposition pour vous faire connaître certains de mes autres textes ou échanger avec vous et vous verrez que je n’idealise vraiment rien...Nemesio

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      • Comment est-il possible que le travail supposé assurer la domination de l’homme sur la nature puisse devenir source d’aliénation ? Le 10 juillet à 04:48, par simon

        Vous fâchez pas, mais je ne lirai pas vos textes (dont je ne pense pas que , comme tant d’autres ici, ils sont les pamphlets qui disent enfin la vérité)
        Je l’ai déjà noté ici aussi : c’est une sorte de manie de ricochet, que de nous convier à nous gaver de littérature. Surement en réaction compréhensible, au constat plus ou moins établi plus ou moins accepté et désespérant, de notre totale impuissance face aux problèmes soulevés.
        Bon , encore une fois les fresques paléoanthropologiques qu’on nous sert, tiennent plus de la fiction imagée au service d’une « pensée » radicale à laquelle ils tentent de donner de l’épaisseur concrète, que de la rigueur scientifique.
        Désolé pour vous, permettez moi aussi un conseil, que vous accepterez peut être, car mijoté sous le blanc de mes cheveux, = cela fait deux fois que vous vous auto-citez, que vous faîtes allusion à vos propres textes, ça pourrait sentir le bout de l’égo en tout cas , ce n’est pas élégant.

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        • Comment est-il possible que le travail supposé assurer la domination de l’homme sur la nature puisse devenir source d’aliénation ? Le 11 juillet à 13:14, par Etienne

          par Etienne
          Simon est très critique, peut-être trop. Nous sommes dans des temps dangereux et les esprits s’activent à trouver une porte de sortie. Au cours de ce processus bouillonnant, il est normal que des hypothèses un peu hasardeuses soient proposées. Qui répondent – c’est le plus important – à une vision délirante de l’homme : homme machine, humanzee, installation sur mars. Ne nous trompons pas d’adversaire. Alors certes ce texte a des défauts : ainsi que l’animal ne soit pas capable d’enchaîner de chaînes opératoires outillées est douteux. En réalité, depuis quelques décennies, on trompe à chaque fois qu’on tente de définir un propre de l’homme. Même la double articulation du langage, qui serait le propre de l’homme, est aujourd’hui contesté.
          Voyons aussi l’idée importante que la ségrégation sociale ne serait pas une innovation néolithique, mais lui serait antérieure. Il y a beaucoup de débats autour de cette idée : on découvre une réalité beaucoup plus complexe, sur des durées beaucoup plus longues qu’imaginé autrefois. Difficile en tous les cas de tirer de fermes conclusions. Aux Musée préhistorique national des Eyzies, on peut voir une parure dont était couverte un enfant mort au paléolithique (période qui dure plusieurs centaines de milliers d’années). Sa parure comporte plusieurs milliers de perles d’os, dont on estime que chacune prenait trois heures de fabrication. On peut être tenté d’y voir l’effet d’une forme de hiérarchie sociale. Mais il n’est pas certain que cette différenciation sociale se traduisît sous forme de hiérarchie sociale. L’enfant a pu n’avoir qu’un statut symbolique. Ainsi la kumari au Népal est-elle une figure symboliquement très importante, sans pour autant jouir d’aucun pouvoir politique. Les archéologues du futur, en retrouvant le temple où elle réside pourrait en déduire qu’il s’agissait d’une reine (le temple actuel a été détruit par un tremblement de terre mais sera reconstruit).
          A l’inverse que retrouverait-on du chef d’une société pratiquant le potlatch ? Les ethnologues qui connurent la pratique nous disent qu’on reconnaissait le chef au fait qu’il était le plus pauvre de sa communauté, puisque la contrepartie de son pouvoir était d’abandonner tous les biens que ce pouvoir lui avait permis d’attirer à lui. Sa tombe serait pauvre et on en conclurait qu’il s’agit de la tombe d’un plébéien.
          Sur donc le sujet de l’apparition de la ségrégation sociale, nous n’avons plus aucune certitude. Ce qui ne signifie pas que nous ne puissions nous appuyer srur quelques réalités solides : par exemple la concomitance de l’apparition de l’écriture et la multiplication des échanges commerciaux à distance dans un contexte de croissance démographique.
          Au delà la question est posée de la soumission volontaire : l’important est le versant volontaire plus que la soumission. Si cette soumission est volontaire, c’est qu’elle a des avantages. Lesquels ? A partir de quand la soumission échappe-t-elle à la volonté des sujets, et devient oppression ? En d’autres termes y a-t-il quelque forme d’hypertélie (dépassement « absurde » des motifs fondateurs) dans la civilisation ?
          Hypertélie : les plumes du paon servent à voler. Elles servent aussi, à la sélection sexuelle : les femelles choisissent l’oiseau ayant la plus belle roue. Ainsi les longues plumes du paon mâle ne servent plus à voler mais comme outil de sélection génétique. Les plumes du paon mâle ont suivi une trajectoire évolutionniste hypertélique.
          Ce qui nous amène à nous questionner - mais nous sortirions du sujet - sur cette affirmation lue dans Ricochets selon laquelle « le genre précède le sexe ». Qu’en est-il des paons ou des faisans : peut-on vraiment séparer le plumage genré du sexe de l’animal ? Les escargots (hermaphrodites) auraient-ils de réponses ?

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