Au procès des complotistes, nous ne soutiendrons pas les procureur

De la qualification de complotisme comme stratégie de contre-insurrection médiatique

vendredi 7 mai 2021, par casey.

De la qualification de complotisme comme stratégie de contre-insurrection médiatique

[/Comme un couteau dans la plaie
J’adore le complot, et puis mes couplets
Parlent de conflit, et quand j’accomplis
Chaque jour un plan plus sanglant ben ça m’plait
Casey
/]

Pourquoi tant d’anarchistes et militants rechignent-ils à rejoindre les manifestations et luttes anti-masques, anti-confinement, anti-vaccins, anti-5G ? Parce qu’elles sont taxées de complotistes, et qu’ils ne voudraient pour rien au monde être affiliés à cette tendance, frayer avec ceux que l’on marque de ce nom. Nous n’y voyons, pour notre part, qu’une stratégie classique de division des opposants par les pouvoirs en place.

La première chose à noter, c’est le beurre que fait le pouvoir de ce qualificatif. Dès que se présente une opposition qui ne rentre pas dans les cadres journalistiques habituels (féministes radicales, islamo-gauchistes, zadistes, racaille… vestiges d’une période où l’on parlait plutôt de judeo-bolcheviks ou d’hitléro-trotskistes), le qualificatif de complotiste semble tout trouvé. D’un côté donc, la diabolisation (isoler les radicaux) ; de l’autre, la décrédibilisation. De la pure stratégie contre-insurectionnelle. Il faut dire que mettre tous les manifestants dans le même sac que ceux qui pensent que la lune est vide et faite de béton, c’est du pain béni pour les faire passer pour des dingues et ne pas retranscrire ce qu’ils disent.
Complotiste, donc, celui qui dénonce les directives contradictoires du gouvernement sur le port du masque, ou qui s’étonne qu’on interdise les masques artisanaux en tissus quand les municipalités en ont fourni des similaires. Complotistes aussi, les randonneurs qui croient que les clusters ne se forment pas en plein air. Complotiste encore celle qui viendra se plaindre des maux de tête qu’engendre l’antenne-relais qui se trouve sur son toit. Même les soignants qui noteront que les vaccins contre le covid n’ont pas subi la batterie de test habituelle, l’étude des conséquences à long terme, notamment sur la grossesse et la tératogénie, se retrouveront parqués dans les rangs des illuminés qui ne méritent certainement pas d’être interrogés par France Info. S’il existe dans toutes les luttes mille raisons de se mobiliser, les journalistes choisiront forcément celles qui paraissent les moins crédibles pour les piétiner plus aisément.

[/Confusion, confusion - it’s such a terrible shame
Confusion, confusion - you don’t know what you’re saying
Electric Light Orchestra/]

Des théories fumeuses, internet en regorge, et il se trouvera toujours des naïfs pour les propager, mais il importe déjà de ne pas toutes les considérer d’un bloc.
Il existe des théories délirantes faisant intervenir la platitude de la terre, les reptiliens et les nazis sur la face cachée de la lune. Il y en a d’autres qui sont à combattre, car elles relèvent d’un racisme paranoïaque assumé. Dans ces dernières, le malaise social se désigne des boucs émissaires bien galvaudés (les arabes, les juifs…) pour venir porter la misère du monde, quand bien même le fait que ces théories ne soient en rien inconciliables avec les intérêts des dominants devrait nous mettre la puce à l’oreille.
Mais il y existe aussi beaucoup de théories dites « du complot » car elles viennent énoncer des faits spectaculaires au moyen d’analyses peu rigoureuses, mais qui identifient généralement bien les enjeux (intérêts économiques des puissants) pour délirer ensuite sur les fuites de virus des laboratoires chinois, russes ou américains. Souvent, leurs cibles ne sont pas si éloignées des nôtres : industrie pharmaceutique, agriculture intensive, finance internationale, capitalisme numérique. Si des individus s’imaginent que Bill Gates va vouloir pucer les enfants en Afrique avec le vaccin anti-covid, la dénonciation est évidemment plus que douteuse, mais l’idée n’est pas si éloignée de la réalité. D’une part, le traçage (sous d’autres formes) est de plus en plus présent dans nos vies ; d’autre part le philanthropisme est discutable lorsqu’il vient saper tous les fondements de médecine traditionnelle qui résistent encore sur certains continents pour rendre des populations entières dépendantes de l’industrie pharmaceutique. En un sens, beaucoup de gens comprennent au moins de quel côté vient le danger.
La spécialité de l’orthodoxie journalistique, c’est de confondre volontairement pour mieux les saper tous ceux qui contestent son monopole. Ici, il s’agit de faire notre choix : est-ce que nous souhaitons aussi, comme les quotidiens régionaux, comme BFM, journaux qui ne sont pourtant pas exempts de manipulation du réel, ridiculiser celui qui nous parle de complot mondial des élites en le taxant immédiatement d’antisémite stupide, ou est-ce qu’il ne serait pas plus intéressant d’analyser de manière un peu moins caricaturale et personnalisée en quoi, effectivement, il existe du corporatisme et de la cooptation chez le puissants, des volontés de domination qui ne semblent pas s’arrêter à la surface de la terre (cf Elon Musk et ses projets de gouvernance sur Mars) et un capitalisme débridé qui a depuis longtemps colonisé toute la planète ?

[/Et les hautes sphères conspirent, s’entêtent et aspirent
À pourrir jusqu’à l’atmosphère que je respire
Casey
/]

Du complot, évidemment, il y en a. Fabrication de crises économiques et assassinats de dirigeants marxistes en collusion avec les puissances impérialistes (Thomas Sankara, Patrice Lumumba, Che Guevara, Salvador Allende…), stratégies de la tension (voir les attentats de la piazza Fontana et la collusion entre extrême-droite et réseau stay-behind Gladio, au su de tous les gouvernements successifs italiens), explosions de bombes contre des écologistes (à bord du Rainbow Warrior ou dans la voiture de la porte-parole d’Earth First Judi Bari), élimination des opposants comme les leaders des Black Panthers, les exemples ne manquent pas. Si les services secrets agissent dans l’ombre, c’est moins pour protéger leurs activités que leurs crimes. De manière moins sanglante mais pas forcément moins meurtrière, on ne compte plus les réunions secrètes qui se sont tenues entre grands patrons industriels et financiers pour lutter contre leurs détracteurs, lancer des campagnes de lobbying, préserver leurs monopoles, empêcher toute régulation ou limitation étatique et augmenter leurs profits aux détriments des populations.
On pourrait plutôt dire que le complot manque, mais du côté de la révolution. Si les puissants s’organisent, cela fait bien longtemps que les blanquistes sont morts, le Komintern a été dissous, le léninisme écrasé, et que les soulèvement populaires peinent à se structurer et à trouver des manières durables de s’opposer aux pouvoirs en place. La moindre révolte ne naît jamais sans discussions secrètes, où l’on tente de partager des analyses et de se rassembler, à l’insu de la police.

Au procès des complotistes, nous ne soutiendrons pas les procureurs.

[/
Everybody knows the fight was fixed,
The poor get poor, the rich get rich
That’s how it goes, and everybody knows.
Leonard Cohen/]

Nier le complot, cela ne fait donc aucun sens. Ce que l’on pourrait opposer en revanche aux complotistes, c’est qu’il n’y a pas besoin d’aller chercher très loin pour le trouver. On peut lire les journaux avec un regard critique, chercher ceux qui sont plus indépendants. Retrouver les chiffres, les confronter. Suivre les courbes de la bourse et des profits. Se renseigner sur les crimes passés et avérés des puissants. Tout est là, et suffirait à noircir plusieurs tonnes de documents à charge. Finalement, ce que l’on lit partout, c’est que des êtres humains sont prêts à tout pour du pouvoir et de l’argent, qu’avoir rend toujours plus avide, que notre système économique pue la mort et que seule une improbable révolution pourrait nous sortir de là.

[/

Pourquoi suis-je si marginale ?
Épouse la cause du faible de façon machinale ?
Ne vois que du complot dans les lignes du journal ?
Casey

/]

On ne peut que louer l’attitude qui engage lesdits complotistes à se méfier d’un journalisme à la solde d’intérêts économiques et politiques. Des sociologues ont amplement montré les logiques qui animent les médias de masse, incitant nos informateurs officiels à se copier les uns les autres à la recherche du buzz, à peu vérifier leurs informations, à se vautrer par terre pour l’audimat. On sait aussi quels grands groupes ou millionnaires détiennent les médias, et comment les rédacteurs doivent se plier aux intérêts de leurs actionnaires, quand bien même ils auraient le courage d’exercer leur sens critique. On peut aussi se demander pourquoi ce que l’on étudie au lycée comme de la propagande gouvernementale devrait s’arrêter à certaines frontières historiques (la dernière guerre mondiale) ou géographiques (dans les régimes autoritaires mais certainement pas en démocratie), comme le nuage de Tchernobyl derrière les Alpes.
Il semble donc plus sensé de prendre du recul face à l’information officielle plutôt que de l’écouter benoîtement. Mais voilà, lorsque que l’on s’aventure en dehors des sentiers battus, on peut rencontrer de tout et n’importe quoi. Et c’est là qu’on ne pourra que déplorer l’absence de rigueur dans la recherche, de recoupement des informations, de vérification des sources, qui mène de nombreuses personnes à troquer une escroquerie contre une autre, un mensonge cynique pour une contre-vérité délirante.

[/ Sympathy for the devil/]

Il y a aussi que de nombreuses analyses offrent des réponses faciles à des questions sociales qui n’en finissent plus de causer problème. À les en croire, toute l’intrigue était tissée d’un même fil, comme dans un roman policier. Une fois le coupable trouvé (Rockefeller, Elon Musk, les juifs ou les francs-maçons), tout retrouve un sens, et on peut s’endormir. La réalité est évidemment toujours beaucoup plus complexe, avec un entrecroisement d’acteurs et de mobiles multiples. La réponse qui consiste à s’imaginer un ennemi beaucoup trop puissant est bien commode, en ce qu’elle empêche de se donner le moyens de lutter contre. C’est là la différence majeure avec nos analyses politiques, qui, lorsqu’elles identifient un problème systémique, doivent nous offrir la possibilité de le combattre. En voyant comment un mécanisme général s’enracine dans des réalités locales, on peut se regrouper, s’armer contre lui, et éventuellement le mettre en échec. Par exemple, plutôt que de dénoncer le puçage vaccinal de Bill Gates et la création du Covid par les laboratoires chinois – ce qui nous met forcément dans une position d’impuissance –, on peut critiquer les avancées du fichage des populations, et déjà penser aux moyens de lutter contre le « passeport vert » et les QR codes aux entrées de bar. Ou encore, lorsque l’on déplore l’emprise de la méga-machine numérique sur nos vies, il est intéressant de noter sur quelles infrastructures matérielles (donc attaquables) elle repose. Si l’on veut se donner les moyens de notre critique, il nous faut retrouver une prise sur les choses.

[/Et qu’il ne faut pas cautionner
L’irréalité
Sous des aspérités absentes
Et désenchantées
De nos pensées iconoclastes
Et désoxydées
Par nos désirs excommuniés

Les Inconnus/]

Cependant, à trop regarder la paille dans l’œil du complotiste, on en oublierait que si des théories absurdes se diffusent, c’est parce que le champ est bien vide face aux mensonges du pouvoir. Si un film comme Hold up, malgré ses incohérences et ses vrillages, a pu rencontrer un tel succès, c’est parce qu’il est un des rares documents à avoir accordé la parole à des individus critiques des vérités officielles, alors que les grands médias avaient fait de Didier Raoult l’unique opposant audible au choix de traitement du covid. De rares contre-discours cohérents à la gestion de l’épidémie ont tardé à émerger dans les journaux indépendants, et ils n’ont généralement pas été entendus. Le nombre de vues de Hold up atteste sûrement moins du complotisme des français que de l’incapacité des militants à diffuser des analyses politiques pertinentes dans des cercles plus larges que nos propres milieux, d’une paresse ou d’une réticence à s’en donner les moyens.
Face au pullulement de théories absconses, une des stratégies consiste à en dénoncer les arguments fallacieux, de manière quelquefois sérieuse, mais souvent dogmatique. C’est le rôle qu’assument les correcteurs de fake news des médias dominants, jaloux de leur monopole de l’information, au sein d’une institution qui prend l’eau de toute part, ne recueille plus aucune confiance et mise plutôt sur le lynchage des complotiste que sur un recadrage qualitatif de son propre appareil. Si l’on ne peut évidemment pas donner tort aux journalistes quand ils contestent, preuve à l’appui, des informations fantaisistes, combien d’entre eux auront en revanche eu le courage et l’indépendance d’esprit de critiquer, rien qu’un tant soit peut, la gestion ubuesque et autoritaire de l’épidémie de Covid 19 par le gouvernement ? Face à ces chiens de garde, les porteurs de chapeaux en aluminium nous restent infiniment plus sympathiques, ne serait-ce que parce qu’il existe encore avec eux une possibilité de dialogue.

Il ne faut pas oublier le temps qu’ont mis beaucoup d’anarchistes à rejoindre les manifestations Gilets jaunes, quand la presse les qualifiait de poujadistes d’extrême-droite. Et s’il y avait une part de vrai dans cette stigmatisation, beaucoup de flou et d’indécision politique, c’est bien en partie parce que nous avons été sur le terrain, combattant le racisme et le nationalisme auxquels nous pouvions être confrontés, que le mouvement a pris une coloration sociale et libertaire qui n’était pas jouée d’avance. Il en va de même avec les complotistes. Lâcher certaines luttes que l’on décrédibilise à ce titre serait une grave erreur.


7 Messages

  • Au procès des complotistes, nous ne soutiendrons pas les procureur Le 14 mai à 00:22, par Auteur Divers

    Sur Paris-luttes, on trouve cet article en réponse, signé par "Des camarades pour l’auto-défense sanitaire et populaire" :
    - Lettre à propos de ReinfoCovid - Si nous ne rejoignons pas les "anti-masque" ce n’est pas par peur d’être traité de « complotistes » mais parce que nous nous opposons à leurs discours et au champs politique dans lequel ils s’inscrivent. - Lettre au Réseau Mutu à propos de ReinfoCovid et des anti-masque

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  • Au procès des complotistes, nous ne soutiendrons pas les procureur Le 11 mai à 21:09, par rutabaga

    Je vous conseille de regarder la vidéo du docteur Raoult de ce mardi 11 Mai qui parle de complotisme.

    https://www.youtube.com/watch?v=0-7R3r5_-EA

    Ma question du jour : Trouvez vous normal que l’on vaccine de la même façon des personnes qui n’ont pas vu le virus, des personnes asymptomatiques, et des personnes qui ont eu (peut-être) la maladie ?

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  • Au procès des complotistes, nous ne soutiendrons pas les procureur Le 9 mai à 06:42, par simon 1

    Bravo , pour cette colère lucide. Impossible en effet de discuter avec ces myriades de « néocroyants ». Juste un détail = votre doigt a du déraper, en effet vous écrivez anthropologie pour anthroposophie qui inspire la biodynamie . Petite anecdote : en visitant un viticulteur en biodynamie, celui nous avoua que pour que les « mauvaises pensées » éventuelles de sa main d’œuvre au travail ne perturbent la production,... il mécanisait au maximum sa pratique...!!!!

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  • Au procès des complotistes, nous ne soutiendrons pas les procureur Le 8 mai à 08:37, par Biquet

    Pourquoi je ne rejoins pas les militants anti-masques en tant qu’anarchiste ? Mais tout simplement car ils défendent une vision égocentrique de la société, éminement compatible avec l’ultralibéralisme ambiant. La plupart d’entre-eux n’ont eu que faire de la loi « sécurité globale » ni des nombreuses dérives autoritaires du gouvernement auxquelles on a pu assister ces dernières années. Du moment que leur « liberté » se résumera à refuser de porter un masque -qui rappelons-le est tout simplement une mesure de prophylaxie simple à mettre en place- pour aller dans une boulangerie, à réouvrir le Fouquets et autres restaurants où de toutes façons une bonne partie de la population n’a pas les moyen de se rendre, ou à réclamer à corps et à cri l’ouverture des stations de skis, machines à fric pourvoyeuses d’emplois ultra-precaires, monstres industriels engloutissant toujours un peu plus nos montagnes, le combat des « anti-masques » ne sera jamais le mien. Ce qui ne m’empêche pas d’estimer qu’il est ridicule de porter un masque tout seul dans une rue vide, ni de constater les dérives ultra-autoritaires de ce gouvernement dans la gestion aberrante de cette crise sanitaire.

    Sans compter la dimension effroyablement validiste de ce mouvement. Je coyote régulièrement des personnes qui énoncent clairement qu’il est temps que « les plus âgés laissent la place aux jeunes » (donc, en clair : que les vieux crèvent), qui considèrent que « les gros, ils n’avaient qu’à se bouger le cul au lieu de bouffer » (citation mot pour mot d’un de mes collègues), qu’un peu de « nettoyage en inde ça ne fera pas de mal, ils sont trop nombreux », qui disent à certains de mes amis particulièrement suceptibles de faire une forme grave du covid 19 « naaaan mais faut arrêter de vivre dans la peur, ou bien si tu as peur faut que tu restes chez toi » (enfermons les faibles pour pouvoir « jouir de notre liberté », nickel !), j’ai vu ces mêmes connaissances se retrouver dans des situations gênantes où elles ont du se justifier en faisant étalage de leur situation (super de forcer à coup de pression des personnes à révéler leur état de santé, le passeport sanitaire n’aurait pas mieux fait !). Grace aux anti-masques, maintenant des gens qui sont soit en train de lutter contre un cancer, soit séropositives ou encore diabétiques ont du le crier sur tous les toits pour ne pas que les « anti-masques » se ruent sur eux pour leur faire fièrement la bise parce que eux, sont de gros rebelles. D’ailleurs aux anti-masques qui me lisent : si vous pouviez cesser de taper la bise en vous foutant royalement du consentement des gens, ça serait déjà un premier pas pour que certains, comme moi cessent de vous fuir et d’éclater de rire quand vous nous dites que « le masque tue nos enfants, qui s’intoxiquent dans leur oxyene ».

    Non il ne s’agit pas que de lune creuse ou de reptiliens. Personnellement d’ailleurs je me refuse à rire des personnes qui croient aux chemtrails, aux illuminatis ou à la terre plate quand nombre de mes amis croient en l’homéopathie, sont fiers d’acheter ou de cultiver « en biodynamie » -cet ensemble de théories agricolo-ésotériques foireuses ne reposant sur aucune preuve scientifique, issu de l’anthropologie, mouvement religieux aux relents racistes créé par Rudolf Steiner- , ne vaccinent pas leurs gamins mais exigent de pouvoir les envoyer à l’école publique en toute méconnaissance du concept « d’immunité de groupe » et au mépris complet de la science basée sur les preuves, je refuse de me moquer de ceux qui croient que les francs-maçons kidnappent des enfants pour boire leur sang quand nombre ici emmènent leurs enfants au moindre bobo chez « le naturopathe », le coupeur de feu (par téléphone, lol, faut croire que la 4g ne nuit pas aux rebouteux en tous cas), « le réflexologue plantaire », chez l’acupuncteur ou chez je ne sais quels autres charlatans (la liste est longue, du moment que c’est « naturel », « quantique » ou « traditionnel » apparemment tout est bon à prendre, si en plus on peux rajouter une petite touche d’exotisation raciste à base de peuplades lointaines détentrices de mystérieux savoirs ancestraux alors là c’est le top, big-pharma n’a qu’à bien se tenir).

    Il ne s’agit en fait même pas de « complotistes » ou pas, de fait l’histoire est truffée de complots, il s’agit de ce qu’on appelle « science basée sur des preuves ». Il n’y a tout simplement aucune raison scientifique valable d’être « anti-masque » et les raisons politiques sont éminemment discutables. Contrairement au mouvement des gilets jaunes qui réclamait plus de justice sociale, le mouvement antimasque réclame une vision libertarienne de la société, défendant un monde ou la liberté de l’individu prévaut sur tout le reste, et notamment sur « le groupe ». Pour moi ce mouvement mérite autant de respect que les défenseurs du port d’arme ou des vols intérieurs en avion.
    En tant qu’anarchiste, je n’ai pas envie de laisser des gens sur le bord de la route parce qu’ils ne sont pas assez forts. il me semble indéfendable de souhaiter une société faite uniquement de gens valides, jeunes, avec un système immunitaire en bon état de fonctionnement, où on assume de laisser crever les plus faibles parce que c’est un peu chiant de devoir mettre un masque pour aller à inter.

    Et je passe sur l’énergie à déployer pour démonter tous les propos de fait totalement délirants omniprésents dans ces mouvements. En tant qu’anarchiste, mon énergie je n’ai pas envie de la dépenser la dedans.
    La lutte, c’est dur, c’est émotionnellement éprouvant, c’est fatigant. Il faut choisir où on la met, notre énergie.
    Et pourtant j’aurais justement très envie de discuter de comment on gère une situation de pandémie sans l’État qui joue le rôle de père Fouettard à coups de couvre feux débiles et d’interdiction de marcher au-delà d’un rayon de 1 km. J’aurais très envie de moments où on se réunit pour ne pas laisser la science à une élite, où on pourrait s’emparer de ces connaissances scientifiques, pour un peu plus d’autonomie dans nos vies, dans notre santé... Ces discussions vont être plus que nécessaires vu les temps qui s’annoncent (catastrophes climatiques et nouvelles épidémies previsibles). Ca ne sera possible pour ma part que lorsque je cesserai d’être ridiculisée si je vais à une réunion avec un masque, car j’ai de très bonnes raison de le porter et ne souhaite pas devoir les dévoiler en grand comité, ni ne souhaite être stigmatisé comme « la personne qui a peur ». Ca ne sera possible que lorsque dans les milieux contestataires on cessera de ne parler de science et de santé qu’en opposant caricaturalement Big-pharma à « la médecine alternative » et d’être plus que bienveillants à l’égard des pseudo-sciences et des gourous divers et variés (qui ne sont pas du tout nos alliés, c’est juste du business. A chaque pilule homéopathique avalée vous filez juste du fric à un labo pharmaceutique - boiron- qui vous vend de l’eau et du sucre. Ca n’a rien de radical ou de révolutionnaire hein).
    Pour ma part ces discussions sur comment auto gérer une pandémie ou une situation de crise sanitaire quelconque ne seront possibles que lorsque sera posé la question du validisme (et de l’agisme) dans nos milieux, ca ne sera possible que lorsque sera posée collectivement la question de comment on gère si il y a des personnes plus « fragiles » dans l’assemblée. Parce que pour l’instant, c’est pas le cas. Plutot que de savoir « comment créer une solidarité avec les antimasques » moi ce qui m’intéresse c’est comment inclure toutes les personnes qui le souhaitent dans nos luttes. Et ça veut dire aussi les « plus faibles », vous savez, ceux qui selon les antimasques n’ont qu’à « rester chez eux », hors de la société des gens « qui n’ont pas peur ».

    Répondre à ce message

    • Au procès des complotistes, nous ne soutiendrons pas les procureur Le 9 mai à 16:32, par casey

      Pour la faire courte, et vu que c’est surtout le côté anti-masque qui a l’air de te faire réagir, ce texte essaye justement de dire qu’il y a plein de raisons de rejoindre une lutte. Celles dont tu parles, qui peuvent être crades, et d’autres. En l’occurrence, les anti-masques ne sont pas tous les ultra-libéraux validistes que tu décris. La plupart des textes gilet jaune que j’ai lus à ce sujet, par exemple, parlent d’une mesure politique plus que sanitaire (en imposant le port du masque ou le couvre-feu, le gouvernement se couvre en donnant l’impression de lutter contre l’épidémie) et dénoncent plutôt l’absence de moyens donnés aux hopitaux. Lutter contre l’imposition du port du masque, c’est aussi dénoncer des mesures plus symboliques qu’efficaces et demander une réelle prise en charge de la santé publique, ce qui n’a rien d’individualiste ou d’égocentrique. Si on nous confine etc, ce n’est pas pour faire stopper une maladie (on n’éradique pas comme ça le vivant) mais parce qu’il manque des places dans les hôpitaux et que des personnes atteintes pourraient mourir par manque de soin. Très bien, alors pourquoi on ne reouvre pas les milliers de lits de réanimation qu’on a fermés les vingt dernières années, néo-libéralisme oblige ? Infine, lutter contre le port du masque peut être une manière de s’opposer à des politiques économiques qui, malgré une crise qui ne fait que révéler leur inhumanité, demeurent inchangées.
      Petite paranthèse sur les anti-masques qui veulent aller au Fouquets : les riches vont déjà au Fouquets. Ceux qui continuent d’aller à des réceptions géantes, ce sont bien eux. Par contre y a plein d’ouvriers qui ne vont plus boire leur bière au bar du coin en sortant du chantier, de jeunes et de schlags qui se font virer des berges quand ils vont y boire leur 16. S’il y a bien une différence de classe dans cette crise, elle profite encore et toujours aux mêmes.

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