Attaquer la possibilité même des inégalités sociales, ou quémander de meilleures rémunérations ?

Historiquement, les attitudes face aux riches et au système dominant ont pu varier

mardi 27 avril 2021, par Auteurs divers.

A l’heure où les manifestations symboliques et les temps festifs sont devenus la norme des « luttes » il est bon de revenir un peu sur le passé.
Veut-on juste diminuer l’écart des inégalités sociales d’une société qui ravage le monde par tous les bouts, ou en finir pour de bon dans le même élan avec les ravages ET avec la possibilité même de l’existence d’inégalités sociales ?

Attaquer la possibilité même des inégalités sociales, ou quémander de meilleures rémunérations ?
Nommer, attaquer et menacer les riches et le système qui permet leur existence, ou juste demander de meilleures miettes ?

CAMARADES,

 qui fait ou subit quelque chose avec et comme une autre personne », « compagnons d’armes », emprunté à l’espagnol camarada (« chambrée », au sens militaire), dérivé de cámara (chambre*))

En 1833, soit il y a environ 200 ans, six paysans, six serfs, vivant à Tolpuddle dans le Royaume d’Angleterre, s’associèrent au sein d’une Friendly Society of Agricultural Labourers (« Société amicale des travailleurs agricoles ») afin de protester contre la baisse progressive des salaires agricoles, qui n’étaient alors que de sept shillings et allaient passer à six — pour protester, en fin de compte, contre les conditions d’existence misérables que cela leur faisait. Ils refusèrent de travailler pour moins de 10 shillings par semaine. Pour ça, pour avoir formé cette « union » (on dirait « syndicat » en français, expression moins heureuse), pour avoir protesté contre l’injustice flagrante dont ils étaient victimes et demandé une rémunération qui leur aurait permis de vivre — à peine — un peu plus dignement, ils furent arrêtés, jugés et condamnés à la déportation en Australie. Cinq d’entre eux débarquèrent à Sydney le 17 août 1834, tandis que George Loveless, l’initiateur de ladite « société amicale » (de l’union, du syndicat), pour cause de maladie, n’y parvint que le 7 septembre. Après quelques années passées aux antipodes, grâce à la pression populaire qui s’exerçait en leur faveur au Royaume d’Angleterre, les six de Tolpuddle furent acquittés et autorisés à rentrer au bercail. Ce film raconte leur histoire.

Une des choses les plus agaçantes, la concernant, c’est — et ça devrait être évident — qu’au lieu d’exiger ce qu’ils étaient en droit d’exiger, au lieu de contester l’injustice manifeste de l’accaparement de la terre par quelques-uns, sa privatisation, la transmission héréditaire de ce patrimoine, etc., au lieu de contester tous les fondements totalement injustes, illégitimes, du capitalisme et de la civilisation, les six de Tolpuddle — à l’instar de nombre de paysans — se contentèrent de demander une meilleure rétribution de leur servitude — revendication qui leur fut refusée, et pour laquelle ils furent condamnés à la déportation.

Progrès. 200 ans plus tard — l’histoire de la civilisation est désespérante — c’est toujours et seulement à une meilleure rémunération et/ou agrémentation de leur servitude que la plupart des gens semblent aspirer (un SMIC plus élevé, une meilleure retraite, payer moins d’impôts, « une fiscalité plus équitable et des grandes fortunes qui payent leur juste part d’impôt » (Oxfam)). C’est en tout cas tout ce que promet l’ambition bigrement courageuse des principales figures de la gauche – de Ruffin à Giraud en passant par Piketty, Montebourg, etc. La même gauche qui nous assure que les choses vont tout de même mieux qu’hier, qu’entre-temps il y a eu toutes sortes « d’acquis sociaux » et le progrès technologique (quelle merveille). Et certes aujourd’hui la servitude est anesthésiée par 4 heures de télévision quotidiennes et toutes sortes de cyber-divertissements ; compensée par une « retraite » en fin de cycle, laquelle aboutit vite à quelque centre de retraitement pour personnes usagées dont personne ne souhaite plus s’occuper ; enjolivée par l’abondance matérielle dans les rayons des supermarchés (bénéficiant surtout aux plus riches) — tout ça pour la modique somme de la destruction inexorable du monde naturel et d’une dépossession toujours plus profonde (perte de savoir-faire liés à la subsistance, au fait de vivre directement au contact des éléments), entre autres.

Nombre de fortunes et de vastes patrimoines édifiés sur des injustices fondamentales, comme la propriété privée (la confiscation) de la terre et l’exploitation des êtres humains, se sont tranquillement transmis entre héritiers jusqu’à aujourd’hui — « Il y a les familles dont l’ancienneté dans le gotha de l’argent est de notoriété quasi publique : les Hermès et leurs différentes branches (Dumas, Puech), héritiers d’une sellerie devenue un des grands noms du luxe, les Peugeot, dont les premiers ateliers datent de la fin du xviiie siècle, les Louis-Dreyfus, négociants depuis au moins 1850, les Hériard-Dubreuil (Rémy Martin, Cointreau...), les Guerlain, les David-Weill (Lazard), les Seydoux (Schlumberger), les Rothschild (la branche Edmond étant la plus riche)... Sans compter les Michelin, curieusement absents des palmarès récents, sans doute parce que la forme juridique de la société de tête du groupe (société en nom collectif) rend plus opaque la propriété du capital. »

Les riches, leurs patrimoines, les artefacts et monuments commandités par et construits pour les riches, célébrés dans les médias, sont (pour cette raison et d’autres) toujours révérés par une partie de la population. Nos institutions sont pour l’essentiel héritées de la royauté, de l’Empire, etc. (à commencer par l’État-nation France, 𝑟𝑒𝑏𝑟𝑎𝑛𝑑𝑖𝑛𝑔 du Royaume de France).

Les pauvres, les exploités, les dépossédés, ceux-qui-ne-sont-rien, nous manquons toujours d’organisation et d’ambition, sommes bien trop policés, polis, dociles. Toutes les fortunes sont illégitimes, iniques, tous les riches et puissants sont des usurpateurs. S’il y a bien eu des révoltes paysannes tout au long de l’histoire de la civilisation — mentionnons celle des Nians, en Chine, dont le crédo était « Tuer les mandarins, tuer les riches, épargner le peuple », qui dura de 1853 à 1868 —, manifestement, aucune n’a véritablement abouti — souvent parce qu’elles finissaient par être récupérées par des réformistes ou parce que leur ambition était initialement réformiste (changer les dirigeants, au lieu de détruire l’organisation du pouvoir).
Dans 𝐿’𝐸𝑠𝑝𝑟𝑖𝑡 𝑑𝑒 𝑟𝑒́𝑣𝑜𝑙𝑡𝑒, Pierre Kropotkine se demande « comment s’y prenaient nos pères pour faire de l’agitation révolutionnaire », et note :

« La chanson, — celle qui est trop franche pour être imprimée, mais qui fait le tour de la France en se transmettant de mémoire, — a toujours été un des moyens de propagande des plus efficaces. Elle tombait sur les autorités établies, elle bafouait les têtes couronnées, elle semait jusqu’au foyer de la famille le mépris de la royauté, la haine contre le clergé et l’aristocratie, l’espérance de voir bientôt venir le jour de la révolution.

Mais c’est surtout au placard que les agitateurs avaient recours. Le placard fait plus parler de lui, il fait plus d’agitation qu’un pamphlet ou une brochure. Aussi les placards, imprimés ou écrits à la main, paraissent chaque fois qu’il se produit un fait qui intéresse la masse du public. Arrachés aujourd’hui, ils reparaissent demain, faisant enrager les gouvernants et leurs sbires. “Nous avons manqué votre aïeul, nous ne vous manqueront pas !” lit aujourd’hui le roi sur une feuille collée aux murs de son palais. Demain, c’est la reine qui pleure de rage en lisant comment on affiche sur les murs les détails de sa vie honteuse. C’est alors que se préparait déjà cette haine, vouée plus tard par le peuple à la femme qui aurait froidement exterminé Paris, pour rester reine et autocrate.

Les courtisans se proposent-ils de fêter la naissance du dauphin, les placards menacent de mettre le feu aux quatre coins de la ville, et ils sèment ainsi la panique, en préparant les esprits à quelque chose d’extraordinaire. Ou bien, ils annoncent qu’au jour des réjouissances, “le roi et la reine seront conduits sous bonne escorte en Place de Grève, puis iront à l’Hôtel-de-Ville confesser leurs crimes, et monteront sur un échafaud pour y être brûlés vifs”. — Le roi convoque-t-il l’Assemblée des Notables, immédiatement les placards annoncent que “la nouvelle troupe de comédiens, levée par le sieur de Calonne (premier ministre), commencera les représentations le 29 de ce mois et donnera un ballet allégorique intitulé 𝐿𝑒 𝑇𝑜𝑛𝑛𝑒𝑎𝑢 𝑑𝑒𝑠 𝐷𝑎𝑛𝑎𝑖̈𝑑𝑒𝑠.” Ou bien, devenant de plus en plus méchant, le placard pénètre jusque dans la loge de la reine, en lui annonçant que les tyrans vont bientôt être exécutés.

Mais c’est surtout contre les accapareurs de blé, contre les fermiers généraux, les intendants, que l’on fait usage des placards. Chaque fois qu’il y a effervescence dans le peuple, les placards annoncent la Saint-Barthélémy des intendants et des fermiers généraux. Tel marchand de blé, tel fabricant, tel intendant sont-ils détestés du peuple, — les placards les condamnent à mort “au nom du Conseil du peuple”, au nom du “Parlement populaire” etc., et plus tard, lorsque l’occasion se présentera de faire une émeute, c’est contre ces exploiteurs, dont les noms ont été si souvent prononcés dans les placards, que se portera la fureur populaire.

Si l’on pouvait seulement réunir tous les innombrables placards qui furent affichés pendant les dix, quinze années qui précédèrent la Révolution, on comprendrait quel rôle immense ce genre d’agitation a joué, pour préparer la secousse révolutionnaire. Jovial et railleur au début, de plus en plus menaçant à mesure que l’on approche du dénouement, il est toujours alerte, toujours prêt à répondre à chaque fait de la politique courante et aux dispositions d’esprit des masses ; il excite la colère, le mépris, il nomme les vrais ennemis du peuple, il réveille au sein des paysans, des ouvriers et de la bourgeoisie la haine contre leurs ennemis, il annonce l’approche du jour de la libération et de la vengeance. »

(Mais la situation a bien changé, ces remarques ne sont peut-être pas d’une grande aide aujourd’hui).

(Post de Nicolas Casaux)

P.-S.

- A l’approche du 1er mai, les syndiqués, les travailleurs, chômeurs et précaires vont-ils continuer chacun à leur tour à réclamer aux maîtres des sous, des emplois et une diminution des inégalités sociales ? De meilleure miettes demandées au système capitaliste productiviste ?
Ou vont-ils s’allier pour en finir avec le système capitaliste productiviste, avec l’Etat qui le défend, avec les institutions qui permettent aux puissants de dominer, avec les soubassements matériels et idéologiques de la civilisation industrielle ?

Vont-ils s’allier pour, en même temps, en finir avec un système qui les agressent tous spécifiquement de manière particulière et qui globalement détruit le vivant et des conditions de vie enviables pour tout le monde ?

Bref, les intérêts de survie individuel à courte vue en faisant le dos rond vont-ils être débordés un jour par les intérêts communs à moyen et long terme ?
Les bulles de consommation privée et le replis dans le chacun pour soi individualisé vont-ils être dépassés par l’envie de bâtir des sociétés vivables et soutenables pour tout le monde ?
L’illusion d’une (tragique) reprise du même système délétère va-t-elle un jour être remplacée l’envie de le détruire ?
S’accroche-t-on encore aux promesses mortelles de croissance et d’emplois fournies par les puissants ou impose-t-on des assemblées locales en démocratie directe pour choisir ce qui est produit et comment, ainsi que comment c’est distribué ?
Veut-on en finir avec le techno-monde ou veut-on à tout prix croire au solutionnisme technologique qui permettrait de poursuivre ce système destructeur ?

C’était quelques uns des noeuds bloquants à résoudre si on veut espérer un jour se sortir de la mélasse et initier un basculement révolutionnaire salvateur.


7 Messages

  • Attaquer la possibilité même des inégalités sociales, ou quémander de meilleures rémunérations ? Le 28 avril à 18:09, par mister renard

    que devient le soin dans tout cela ? J’entends par là tout ce qui tourne autour de la médecine, pas pour de simples rhumes hein ? je parle des gros problèmes suite aux accidents ou maladies graves, comment de petites unités régionales feraient face à ce genre de questions ? dans la gestion directe comme la constructon et l’entretien de blocs opératoires modernes ? dans la recherche et la formation de medecins et professeurs ?
    cette question est une question simple et je ne la pose pas pour polémiquer mais bien dans l’espoir de réponses.

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    • Attaquer la possibilité même des inégalités sociales, ou quémander de meilleures rémunérations ? Le 28 avril à 20:27, par Heska

      Très bonne question, d’autant que je suis directement concerné par la qualité des soins. D’abord, sous la pression de la rentabilité, l’accès à des soins performants et même aux soins tout court, dans notre propre pays, devient problématique pour le plus grand nombre. Donc aujourd’hui, des gens en France sont exclus de la possibilité de rester en bonne santé. Nous pourrons constater que cette dégradation va s’aggraver quand nous allons devoir rembourser la dette « covid ». Il est hors de question de prendre aux plus riches (les pôôôvres), la classe moyenne supérieure (ou plutôt le haut de la classe des travailleurs) est la plus grosse contributrice, et il devient difficile de les ponctionner encore, et il n’y a plus rien à prendre en bas. Donc la seule solution aux yeux de nos maîtres sera de comprimer les dépenses publiques, donc la qualité de vie et la fonction hospitalière. Ensuite, des gens plus heureux, moins opprimés, moins stressés, mieux nourris, vivant dans un environnement moins pollué, seront mieux protégés de la maladie que nous ne le sommes aujourd’hui. Et la médecine par les plantes (par exemple) peut se substituer à une bonne partie du socle de soins basiques. Troisièmement, nous avons les compétences. Elles n’appartiennent pas aux actionnaires mais à des hommes et femmes. qu’ils soient chirurgiens ou ingénieurs. Nous serons collectivement capables de nous soigner assez longtemps sans être administrés et gouvernés pour que nos conditions de vie pèsent moins sur notre santé. Enfin, le nombre de personnes que nous ne pourrions guérir demain sera toujours inférieur à ceux qui meurent aujourd’hui de la dégradation de l’environnement et de l’exploitation économique. La médecine est aujourd’hui un système intégré, comme la production électrique nucléaire (à mon sens le pire problème auquel nous devrions faire face surtout dans une période de transition). Et il est certain que nous ne pourrons pas tout de suite nous hisser au niveau requis, parce que il nous manquera toujours l’accumulation du capital financier et le système bancaire pour faire des plans sur la comète. Mais diviser par deux le niveau technique de notre médecine ne multipliera pas par deux le nombre de morts. Pour conclure, je préfère mourir libre dans 10 ans que toujours asservi dans 40 !

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    • Attaquer la possibilité même des inégalités sociales, ou quémander de meilleures rémunérations ? Le 29 avril à 00:21, par Les Indiens du Futur

      Intéressantes ces discussions.
      On avait tenté quelques pistes sur la question de la santé dans d’hypothétiques sociétés non-industrielles anti-capitalistes, voir ce message sur un autre article

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  • Attaquer la possibilité même des inégalités sociales, ou quémander de meilleures rémunérations ? Le 28 avril à 13:28, par Heska

    Bonjour Factory, les questions que vous posez semblent bonnes. Je n’ai évidemment pas les réponses. Mais c’est peut-être parce que elles n’ont pas réponse dans le cadre qui leur est sous-jacent. Vous posez des questions d’organisation de la production, ce qui est je crois une bonne manière d’en résumer l’enjeu, en réfléchissant à partir de ce que nous avons pris l’habitude de considérer comme évident. Et donc vos questions vous laissent, comme moi, sans réponses. Je peux apporter quelques éléments de réflexion qui devraient alors permettre de se poser d’autres questions, proche des vôtres mais différentes par le contexte. Vous dites : « on n’est plus dans une société mais dans une organisation de la vie en peuples nomades ». Mais, un peuple nomade EST une société ! C’est juste une société sans civilisation (organisation de la vie politique et économique autour de l’existence de centres urbains). Et cette forme de société fut la seule pendant des dizaines de milliers d’années et était encore majoritaire sur la planète il y a quelques siècles seulement, bien que cependant les civilisations existent ponctuellement ou durablement depuis 8000 ans. Le problème, ou plutôt l’un de nos problèmes, est que nous vivons aujourd’hui dans des civilisations qui ne font pas société (socius veut dire « ensemble » en latin), notamment parce que la décision du travail y est poussée à l’extrême et que les inégalités atteignent des niveaux critiques. Personne, ni groupe constitué, ni entreprise, ni individu, ne maîtrisent l’ensemble d’un processus de production ou n’en a une connaissance fine. C’est à mon avis la raison du développements d’organisations communautaires (ethniques, religieuses, affinitaires, libertaires, sectaires, politiques, ou organisés autour du sentiment d’appartenance à l’entreprise ou d’autres formes encore comme un éco-hameau ou une coopérative comme Longo Maï). Ces organisations permettent de faire société marginalement, partiellement ou presque complètement. Car les individus ont besoin de maîtriser leur environnement productif et d’habitat et de pouvoir peser efficacement sur les processus de décision collective. Personne ne veut être un pion au service d’intérêts qui lui échappent pour autant qu’il ait pris conscience de l’existence de ces intérêts. Ce qui n’empêche que l’on puisse valider les discours d’oppression politique ou économique et se placer dans une position de soumission volontaire (voir le La Boétie). Ceci rapidement posé, et parce que je ne souhaite pas immédiatement aller plus loin avant que vous n’ayez repris la parole, je vous donne quelques références comme vous l’avez demandé. Sur la manière dont on passe d’une société à une civilisation asociale : HomoDomesticus de Scott et/ou Les 10 millénaires oubliés qui ont fait l’histoire, de Demoule. Le sujet central, celui de l’autogestion de la production est très vaste. Du coup, après quelques recherches je vous propose ces articles très bien faits et quiont l’avantage de renvoyer dans leurs notes à des auteurs bien informés : https://www.cairn.info/revue-le-telemaque-2018-2-page-27.htm et https://tiess.ca/lautogestion-une-organisation-du-travail-comme-une-autre%E2%80%89/ Bonne lecture, bonne recherche !

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  • Attaquer la possibilité même des inégalités sociales, ou quémander de meilleures rémunérations ? Le 28 avril à 10:47, par Factory

    Bonjour, je ne peux que vous comprendre et je vous rejoins sur la volonté de réduire la servitude et la dépendance des citoyens aux entreprises et à l’Etat. Seulement, qu’est-ce qu’une société sans capital et sans Etat ? Comment fabriquer sans moyens de fabrication ? Comment spécialiser les taches d’une cité sans une organisation administrative ? Comment j’obtient mes vêtements, si ce n’est avec un métier à tisser mis en commun par une coopérative locale ? Mais qui le fabrique et avec quels moyens ? S’il est possédé par la communauté, il y a bien quelqu’un qui a assuré une contrepartie au fabriquant, un banquer ? Alors si chacun doit confectionner ses propres vêtements, sa nourriture, on n’est plus dans une société mais dans une organisation de la vie en peuples nomades. Difficile d’imaginer un mode de fonctionnement qui ne soit ni une société capitaliste ni un monde purement paysan.
    Si vous avez des références d’ouvrage sur le sujet, je suis preneur.
    Donc je suis septique sur le « pas de capital » et « pas de division du travail ». Par contre je suis totalement pour le « moins de capital », « moins de propriété », « moins de centralisation ». Beaucoup moins, quitte à sacrifier l’automobile, la grande distribution, l’informatique, l’industrie en général.

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    • Attaquer la possibilité même des inégalités sociales, ou quémander de meilleures rémunérations ? Le 28 avril à 17:07, par Auteur Divers

      Factory, il peut exister diverses manières de faire sans Etat ni capital.
      Ce serait à chaque région, Commune, de voir, de choisir un mode d’organisation non autoritaire, de décider ce qui est essentiel et souhaitable.
      Et ça pourrait se faire dans des formes d’organisation non hiérarchiques (démocratie directe, communes fédérées, mandats impératifs et révocables, assemblées diverses et variées...).
      Voir ce qui se passe au Rojava ou au Chiapas zapatiste.
      Voir le livre de Jérôme Baschet, Basculements.

      Il pourrait exister des ateliers d’artisans, voir des mini-usines par endroit si souhaité.
      Localement, il faudrait décider de quelles techniques on veut développer/utiliser ou pas (en sachant que les hautes technologies posent de gros problèmes), en fonction des caractéristiques locales et des souhaits des habitants.
      On pourrait imaginer un partage et une rotation des taches pour toutes les activités basiques, une dose de spécialisation pour des taches plus complexes, du temps pour la vie politique, et beaucoup de temps pour le reste : repos, créations, amour, balades...
      Dans une communauté de vie auto-organisée et en démocratie directe, qui ne répond plus à la quête de profit, toute forme de monnaie pourrait devenir inutile. On s’entend sur ce qu’il y a à faire, et on le fait.
      Il y aurait parfois sans doute besoin de ressources provenant de plus loin, donc les lieux et Communes ne devraient surtout pas rester isolés, repliés, mais en lien avec les régions autour.

      Oui c’est dur à imaginer, et on ne peut pas tout imaginer. C’est loin de nos pensées et vies actuelles, mais d’autres peuples le font plus ou moins ou l’ont fait.

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