Nos maisons sont devenues des ruines, les rues sont des cimetières. À Gaza, depuis que les forces d’occupation se sont emparées de 58 % de la ville et ont déplacé ses habitant·es, nous marchons avec les pieds qui tremblent et le cœur lourd. Nous portons nos souvenirs sur nos épaules comme des cercueils silencieux, et avançons sans savoir où notre destin nous mène. À part que la mort nous attend au bord du chemin.
Nous sommes devenus des cadavres ambulants, et chacun de nos pas est précédé du son des bombardements.
La ville a été détruite par des véhicules blindés, des avions de guerre et ces bombardements aveugles, elle est démolie pierre après pierre, sous les yeux du monde entier. Cette dévastation n’est pas une scène éphémère, mais le vrai visage de ce que Gaza endure sous l’occupation. Ce que le monde présente comme une « trêve » n’est rien d’autre qu’une mascarade.
Depuis que le cessez-le-feu est entré en vigueur le 10 octobre, il n’a fait que dissimuler les agressions qui se poursuivent. Plus de 282 violations en ont été recensées en un mois seulement. 242 personnes sont mortes. 632 ont été blessées. Des maisons, des infrastructures sont détruites, laissant des civils sans abri.
Ces chiffres montrent bien que la trêve n’est qu’une illusion vide de sens, n’offrant que de fragiles promesses. Les avions de combat continuent de survoler la région et les obus pleuvent, laissant les Gazaoui·es pris·es au piège entre la mort et le désespoir.

© Illustration Simon Toupet / Mediapart
Sur terre, dans les airs et dans la mer, tous les types d’armes sont utilisés sans pitié. En l’espace de trois heures, plus de dix tours ont été détruites, et en quelques minutes, dix quartiers ont été effacés de la carte. Un avertissement d’évacuation de six minutes a été donné et un missile a rasé une tour. Une mère a laissé ses enfants et pensait les rejoindre, sa maison s’est effondrée sur elle. Des corps gisent dans les décombres. Des enfants n’ont plus d’abri.
Quelqu’un est-il encore en vie là-bas ?
Je ne suis pas ici pour exprimer une fierté honteuse mais pour documenter l’histoire, laisser des preuves et des mots qui se transmettront aux générations suivantes.
Gaza saigne et le cessez-le-feu n’est qu’un délai accordé dans le processus d’exécution.
Autre absurdité flagrante de ce cessez-le-feu : nous voyons le monde se mobiliser avec force pour retrouver les corps de dix-neuf otages israéliens, tout en ignorant les 20 000 Palestiniens et Palestiniennes porté·es disparu·es sous les décombres de Gaza. Qui les recherche ? Parmi eux, il y a des familles entières effacées des registres de l’état civil. Voilà le double standard dans une de ses versions les plus hideuses. Cela ne concerne pas seulement l’occupant, qui mène une politique criminelle, mais les médiateurs eux-mêmes…
Pendant que j’écris cet article, Mariam a été tuée par un tir de char dans la région d’Atatra. Elle était en train de filmer la pluie tomber sur les tentes mouillées de son camp de déplacé·es quand une balle l’a touchée directement. C’était le 14 novembre. La veille, Duha, une étudiante d’Al-Nuseirat, attendait les résultats du bac. Elle a obtenu une moyenne de 96,7 %. Elle n’a pas pu le fêter : elle a été tuée avec dix-huit membres de sa famille.
Maintenant, dites-moi : ce cessez-le-feu a-t-il le moindre sens ? Où êtes-vous quand nos maisons s’effondrent sur des familles, et que des milliers de personnes sont tuées ? Quelqu’un est-il encore en vie là-bas ? Que plus de cent personnes – des enfants, des femmes, des familles – soient écrasées en quelques heures, comme dans un jeu vidéo bon marché, comme si rien ne s’était passé… Tout est absurde.
Mais la douleur reste. Dans les cœurs des orphelin·es, des veuves, des mères endeuillées, des hommes fragiles dont la vie s’effondre au milieu des cendres et des destructions.
Nous vivons dans un monde sale et nous le savons tous. Simplement aujourd’hui, tout est sous nos yeux.