21 SEPTEMBRE : l’écologie est un champs de bataille + tout brûle déjà

Précipiter la fin du monde capitaliste, vivre et lutter + En finir avec l’écologie policée et policière

par Les Indiens du Futur.
Mis à jour le jeudi 19 septembre 2019

21 SEPTEMBRE : L’ECOLOGIE EST UN CHAMP DE BATAILLE

Le samedi 21 septembre s’annonce comme une journée importante. Ce sera d’abord l’Acte 45 d’un mouvement qui s’institue dans la durée, transformant la temporalité des luttes vers des séquences longues et évolutives, marquées par des pics d’intensité réguliers. Mais ce 21 septembre est aussi la date d’une nouvelle Manifestation Climat, juste après un G7 dont on a surtout retenu l’énergie déployée à encadrer les révoltes et les discours creux des fossoyeurs de la planète.

Nous l’avons déjà dit : en se mobilisant contre une taxe sur le diesel, aussi inutile pour le climat que socialement injuste, les Gilets Jaunes ont redéfini les lignes politiques du combat écologique. Non seulement en y accolant fermement la question sociale, mais aussi en repensant les modalités de la lutte et les formes de l’affrontement. Que ce soit en paralysant le 8e arrondissement ou en bloquant des entrepôts Amazon, les Gilets Jaunes visent directement ceux qui sont tout autant responsables de la fin du monde que de nos galères de fins de mois.

Parallèlement, le mouvement écologiste est en train d’émerger comme une composante essentielle de la période, avec d’un côté des manifestations climats rassemblant plusieurs dizaines de milliers de personnes et de l’autre un renouveau des modes d’action directs de type blocage et perturbation des grandes institutions pollueuses. Si les grands médias et les politiques ont pour le moment réservé un accueil plutôt positif à cette vague (sans rien faire pour autant), la moindre émergence d’une radicalité au sein de ces mouvements est guettée de prêt et les condamnations publiques, judiciaires ou policières sont en réalité prêtes à tomber.

La répétition en boucle du mantra de la « non-violence » est utilisée par certaines ONG écologistes pour se protéger de la mise au banc médiatique. Les éditorialistes ne les désignent pas comme des « foules haineuses » et les politiques continuent de les inviter à leur table. Mais en retour, cette stratégie légitime la violence produite à l’encontre des Gilets Jaunes. Elle construit un « méchant Gilet Jaune » et un « gentil écolo » que le pouvoir a tout intérêt à maintenir et à renforcer. C’est ce qui s’est passé lors de l’Acte 18 du 16 Mars, lorsque les écrans de TV semblaient comme divisés entre l’image apocalyptique d’un Fouquets en flamme et celle bonne enfant de familles défilant pour les abeilles et les fleurs. Cette fausse dichotomie entre violence et non-violence est en outre complètement mystifiante et elle masque la radicalité qui caractérise déjà de nombreuses luttes écologistes, des ZADs au mouvement NO TAV, en passant par l’Amérique Latine et bien d’autres foyers.

Le 21 septembre nous offre l’occasion de briser ce miroir inversé, de faire comprendre à Macron que l’écologie ne se négocie pas et que dans ce domaine, comme dans d’autres, le retour de pavé est un risque qu’il doit prendre en compte.

C’est dans cette dynamique en construction que l’on peut situer le rassemblement de 9H00 à Madeleine, appelé par de nombreuses organisations écologistes. Suite à plusieurs rencontres avec des groupes de Gilets Jaunes et des collectifs autonomes, les organisateurs de la Marche Climat ont en effet décidé de ne pas se contenter d’un défilé à 14H00 dans l’Est parisien.

En se réunissant à proximité des Champs-Elysées, où les Gilets Jaunes appellent à se retrouver à 10H00, ils envoient un premier signal fort qui rappelle celui lancé au mois de décembre, lorsque des syndicats combatifs rejoignaient la révolte à partir des appels de Saint Lazare.

On peut retenir des configurations de ce type que le rassemblement est un bon moyen de ramener massivement sur les Champs, ou à proximité, des militants qui n’ont pas encore pleinement ressenti la fièvre jaune. Ces derniers n’ont pas à s’inquiéter de l’accueil qui leur sera réservé, les Gilets Jaunes étant toujours reconnaissant envers celles et ceux qui osent braver l’interdit policier pour porter des combats populaires sur la plus belle avenue du monde.

En revanche, les militants écologistes doivent savoir que la jonction physique ne sera pas évidente, qu’il faut la vouloir pour l’avoir. D’abord parce que les forces de l’ordre vont tout faire pour empêcher les jonctions matérielles et le signifiant politique qu’elles pourraient produire. Mais aussi parce que la tentation est forte, quand on est bien ensemble, confortablement rassemblés et bien encadrés, de rester comme on est ou de ne faire que semblant de bouger.

Au-delà des exemples des luttes contre les grands projets inutiles et nocifs, les discours radicaux imprègnent de plus en plus les mobilisations écologistes, où de plus en plus d’activistes y sont sensibles. Il s’agira donc, le 21 septembre, de mettre en conformité ces discours avec des actes.

Cela produira sans doute certaines ruptures dans le mouvement écolo lui-même. Il ne faut pas le craindre. Au contraire, au terme de cette journée certaines positions se feront entendre plus nettement, certaines lignes de différenciation pourront émerger. Il s’agit là d’autant de possibilités pour élargir nos horizons politiques. Le mouvement des Gilets Jaunes pousse la critique à l’ensemble de la société et s’enrichit constamment de nouveaux enjeux.

Bien loin de "faire notre planète grande encore", l’écologie libérale macronienne est surtout la relance de dynamiques d’accumulation et de captation, le tout à grand renfort de communication agressive. La transition écologique n’est pour eux qu’une vaste conquête de nouveaux marchés "verts".

Cette forme de relance "écologique" s’appuie sur l’épuisement des ressources, sur les puissances du numérique, sur le travail précaire, sur des énergies "propres" qui externalisent la pollution aux Suds, sur la dépossession des régions aux profits du tourisme et du transport, sur la gentrification des quartiers populaires transformés en "éco-quartiers", le tout en préservant ailleurs des espaces écologiquement sains pour les puissants.

La journée du 21 sera donc d’une grande importance, mais elle n’est pas une fin en soi. Au contraire, elle participera à construire et à relancer des pistes d’actions et d’interventions pour la séquence à venir. Les Gilets Jaunes autant que les mouvement climat ont tout à y gagner. La perspective de l’anniversaire des Gilets Jaunes à la mi-novembre pourrait aisément s’inscrire dans cette lignée et sa réussite dépendra aussi des forces qui sauront ou pas faire monter l’ébullition.

La vraie écologie, c’est à 10H00 sur les Champs !

Par Plateforme d’Enquêtes Militantes.

Tout brûlé déjà

Tout brûle déjà. Il est trop tard pour rester calme.

(un texte de Rouen dans la rue)

Pour l’occasion des grèves et marches pour le climat prévues ce 20 et 21 septembre, la rédaction décide d’apporter sa pièce au débat sur la question écologiste. Ainsi nous publions le texte qui suit, et il fait office d’invitation à un débat sur « Comment sortir de l’impuissance écologiste actuelle ? » prévu le vendredi 8 novembre à 18 au Diable au Corps (100 rue Saint Hilaire, Rouen). Que ceux qui se retrouvent dans ce texte et/ou qui souhaiteraient en débattre viennent !

Il n’y a pas de fin apocalyptique imminente. Il n’y a pas une falaise noire contre laquelle l’humanité toute entière se heurtera d’un bloc, suite à quoi tout ce qui constituait notre vie redeviendra à l’état de molécules flottantes. Il y a bien, en revanche, un monde qui menace de s’écrouler.

Le monde dont il s’agit est celui-là même qui engendre sa propre fin : le monde capitaliste en tant que système particulier basé sur l’économie et l’exploitation du vivant. La fin, elle, n’est pas quantifiable ni datable. Elle est un processus déjà enclenché qui aura des effets variables en fonction des territoires. Sur l’échelle globale, l’extinction de masse, la raréfaction des ressources, couplée à un effritement des structures politiques et sociales, ne sont que les premiers signes de ce processus en cours.

Depuis que ce constat est indéniable, les stratégies des États et des puissances économiques pour gérer la « crise écologique » ne cessent de se reconfigurer. Il y a d’abord les tentatives des pouvoirs en place de se forger une façade écologique, tout en ne cédant rien sur les exigences de croissance. Il y a ensuite, un peu plus conséquent, les projets dits de « transition » vers une économie qui aurait intégré les contraintes écologiques.

Indépendamment de la question de savoir si une telle chose est possible, force est de constater que cela ne fait que perpétuer voire d’accroître la même logique capitaliste (nous n’avons jamais consommé autant de charbon qu’en 2019), intégrant en plus les énergies renouvelables et la géo-ingénierie comme nouveaux secteurs de marchés, autant dire de nouvelles sources de profit.

Les pouvoirs en place, ne parvenant pas à infléchir la tendance, sont interpellés par les marches pour le climat qui mobilisent toujours plus. Ces dernières entendent faire pression sur les « décideurs » qui pourraient tenir leurs engagements, en faire plus, plus vite. Si ces tentatives sont motivées par des sentiments certainement très honorables, elles restent profondément naïves.

Il ne faudrait pas sous-estimer la radicalisation qu’entreprend déjà « ceux d’en haut », qui disposent d’informations solidement étayées sur l’intrication des processus naturels et sociaux dont l’accélération nous menace. Ces hommes et femmes se préparent et n’hésiteront pas devant les injustices et les crimes de masse pour confisquer les derniers systèmes vitaux disponibles (transports, énergie, eau potable etc) et conserver leur mode de vie, leurs privilèges, l’ordre inégal des choses sur lequel tout cela repose.

On ne remet pas en doute la bonne foi et les motivations de certains organisateurs de marches pour le climat, mais en l’état, ces dernières désarment toute conflictualité et invisibilisent les responsables du désastre en cours. Certes, ils font « converger » tout le monde ou presque, mais dans un consensus amnésique.

Ils cherchent à faire émerger un « mouvement » de transition qui rende « l’écologie » compatible avec l’essentiel de l’ordre économique et politique actuel. Pour les plus têtus d’entre eux, leurs opérations visent à capturer un vivier électoral sincèrement « écolo », tout en restant durablement inoffensif pour les intérêts et pouvoirs économiques qui polluent et détruisent la planète.

Dans ce contexte, les voies praticables d’une perspective écologique sérieuse se situent autre part, et autrement. Déjà, dans cette époque tout aussi tragique que fascinante, des ouragans ravagent des villes entières, des plantes sauvages concurrencent les champs d’OGM, des gilets jaunes pillent la « plus belle avenue du monde », des milliers de jeunes sèchent les cours « pour le climat », et tant d’autres se battent contre la construction de mines, de centres commerciaux, pour la protection des forêts, des espèces et des terres agricoles…

Partout, les réactions sauvages, épidermiques ou conscientes des êtres qui ne consentent pas à leur désolation programmée grondent. Avec elles, il s’agit de repenser les contours d’une conflictualité écologique qui nous sortiraient de l’impuissance. Une perspective sérieuse qui chercherait les liaisons possibles entre les luttes ancrées dans la défense de territoires, qui partirait des questions de vie quotidienne et qui appellerait à s’attaquer aux agents du dérèglement climatique global.

Penser, vivre et lutter à partir de la fin imminente d’un monde n’a rien de paradoxale, ni même de nihiliste. Accepter cette projection c’est s’opposer à la tyrannie du présent qui, depuis plus d’un siècle, a refermé tout horizon révolutionnaire. Elle est l’opportunité de nouvelles conceptions du temps et de la lutte. Elle est l’occasion inattendue de déployer une féroce vitalité.

Dans cette optique, une voie souhaitable serait celle qui, d’un même geste, précipite la fin du monde capitaliste en limitant ses ultimes ravages, tout en faisant advenir ici et maintenant d’autres mondes qui lui survivront, d’autres relations aux êtres humains et non-humains, non économiques et non destructrices. En d’autres termes, il s’agit indissociablement de vivre et lutter.

En finir avec l’écologie policée et policière : les dessous de la marche pour le Climat du 20 septembre

[Nous avons reçu et relayons ce texte qui met en lumière les ambiguïtés des organisations écologistes officielles dans leur positionnement vis-à-vis de la marche pour le climat du vendredi 20 septembre et de la journée de convergence avec les Gilets Jaunes du lendemain.]

Le 16 septembre, le Tribunal de Grande Instance de Lyon relaxait deux militant-e-s d’ANVCOP21 poursuivi-e-s pour avoir décroché des portraits de Macron, “au bénéfice de l’état de nécessité pour motif légitime”. Les grosses orgas écolo seraient-elles en passe de sauver le climat ? L’organisation des marches du 20 et du 21 septembre laisse plutôt craindre, qu’à défaut de l’enrayer, elles ne souhaitent que perpétuer le spectacle de son effondrement.

Quelques semaines après le contre-sommet saboté du G7 à Biarritz, qui devait amorcer une rentrée placée sous le signe de la convergence entre luttes sociale et écologique, cette fin de semaine s’annonce décisive pour celles et ceux qui veulent se libérer d’un système qui est en passe de détruire la planète, quand il n’assigne pas à la misère et à la violence policière.

Vendredi 20 septembre aura lieu à Paris “la manifestation intergénérationnelle pour le climat” organisée par les jeunes en grève pour le climat, et le lendemain une “mobilisation historique” tentera de reprendre les Champs. Pour ces deux journées, les grosses orgas écolos se sont immiscées dans les préparatifs et tout laisse à penser qu’elles cherchent à continuer sur leur lancée du G7 : transformer toute lutte en mise en une scène médiatique de l’impuissance.

Pour le vendredi 20, des documents internes à la préparation de la manifestation font entrevoir leur conception fondamentalement policière de la contestation et leurs tentatives grossières pour récupérer la mobilisation. En effet, les associations “350.org” et “Avaaz”2 ont payé une agence travaillant dans l’événementiel pour aider les jeunes en grève pour le climat de “Youth for Climate” dans leurs préparatifs. Depuis les premières grèves de février, ces journées étaient en grande partie auto-organisées par les lycéen-ne-s et les étudiant-e-s mobilisé-e-s face au désastre climatique. Mais de peur que cette autogestion ne finisse par définitivement se retourner contre elles, 350.org et Avaaz font preuve d’infantilisation et tentent de contrôler ces jeunes qui essaient, contrairement à eux, de prendre au sérieux les enjeux de leur époque.
(...)

- Suite de l’article sur ACTA


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