1er tour législatives : nouvelle victoire écrasante de l’abstention - la NUPES en tête de l’élection

Il reste à appuyer la mise au rencard des extrêmes de droite et d’extrême-droite au second tour, et à s’organiser pour la suite

lundi 13 juin 2022, par Chronique des ruses des pouvoirs.

Début de la fin de l’hégémonie macroniste et de son extrême-capitalisme lorgnant vers l’extrême droite.
Du coup, les droites macronistes et lepénistes radicalisées essaient de faire peur en agitant le mensonge que la NUPES serait d’extrême gauche.
Infos sur ce 1er tour et éclaircissements.

- En Drôme, les candidats NUPES passent tous au second tour la Nupes en tête dans trois circonscriptions drômoises, le RN devant à Montélimar - Les trois députées sortantes de la Drôme sont en ballotage défavorable ce dimanche soir. Nupes est en tête dans trois circonscriptions sur quatre. C’est le RN qui est en tête dans la dernière, celle de Montélimar »)

1er tour législatives : nouvelle victoire écrasante de l’abstention - la NUPES en tête de l’élection
Bloc bourgeois radicalisé, faisons barrage dans les luttes

🗳️ LÉGISLATIVES : ON FAIT LE BILAN

- Abstention majoritaire, macronisme affaibli mais prêt à l’attaque, retour de la gauche plurielle

Un mois après le hold-up électoral macroniste, les résultats des élections législatives viennent de tomber. Ils sont historiques à plus d’un titre. Analyse à chaud :

- L’abstention est écrasante, elle atteint 53%. Un record sous la Cinquième République. Le divorce entre la classe politique et la population est consommé. Sur 100 électeurs, 53 ne sont donc pas allé voter, 12 ont glissé un bulletin NUPES, 12 ont voté pour le clan Macron, 9 pour l’extrême droite, et 6 pour Les Républicains. Les élus ne représentent qu’eux mêmes. Si nous étions en « démocratie », ces élections seraient annulées puisque l’abstention est majoritaire.

- Le Macronisme en déroute. La haine de Macron domine le pays. C’est la première fois depuis 1958 que le parti présidentiel n’est pas en tête au premier tour. Plus incroyable et inattendu, depuis 20 ans, les législatives sont placées juste après les présidentielles pour permettre au Président élu d’obtenir une forte majorité sans contre-pouvoir. Aujourd’hui, pour la première fois, cela ne marche pas. C’est donc un choc politique pour le Macronisme, dont la légitimité est très faible. Mais le score du bloc Macron reste trop élevé, étant donné son plan de bataille terrifiant. Alors qu’il arrive deuxième, le mode de scrutin va probablement permettre à Macron d’obtenir un nombre suffisant de députés pour imposer son programme de guerre sociale. Au pire, il n’aura qu’à nouer des alliances avec la droite et l’extrême droite, comme il l’a déjà fait, pour pouvoir gouverner. Le contre-pouvoir sera dans la rue.

- Bloc bourgeois radicalisé : parmi les bonnes nouvelles, l’infâme Blanquer qui a fait tant de mal à l’Éducation Nationale est éliminé dès le Premier tour. Il rejoint Valls sur le banc des perdants détestables. De nombreux ministres sont en difficulté, notamment celle de la « transition écologique » : Amélie de Montchalin. Cela a pour effet de provoquer une radicalisation du bloc bourgeois. Blanquer a déclaré : « Je le dis solennellement, l’extrême-gauche est autant un danger que l’extrême-droite ». La porte parole du gouvernement Olivia Grégoire refuse d’appeler à voter pour la NUPES pour faire barrage à l’extrême-droite. Macron et ses porte paroles de même. Le « front républicain » et le « barrage » n’ont servi qu’à faire réélire Macron. Il ne fait aucun doute que ces gens auraient préféré Hitler au Front Populaire.

- Recul des fascistes dans les urnes ? Alors qu’elle était au second tour, Marine Le Pen n’a pas fait campagne et a même appelé plusieurs fois à donner à Macron une majorité au Parlement. Le RN réalise donc un score assez faible par rapport à la présidentielle, et n’est pas certain d’avoir un groupe parlementaire. Du côté de Reconquête, Éric Zemmour, Guillaume Peltier, Marion Maréchal et Damien Rieu sont éliminés dès le premier tour. Tout comme le policier fasciste Bruno Attal. Ce soir, Eric Zemmour a annulé l’ensemble de ses plateaux. Une fessée. Rappelons que malgré son score assez faible, Zemmour a bénéficié de 80% du temps d’antenne pendant des mois au début de la présidentielle. Ce recul relatif des fascistes, même si leur score reste plus élevé qu’il y a 5 ans, est un recul de circonstance. L’extrême droite bénéficie toujours de réseaux puissants dans les médias, dans la police et dans le patronat. Ses militants s’arment et commettent des agressions partout. Et surtout, les mots et les idées de l’extrême droite s’imposent dans tout le spectre politique. Il faudra bien plus que des bulletins pour les mettre hors d’état de nuire.

- Le retour de la gauche plurielle. La coalition rose et verte NUPES arrive en tête. Un tour de force politique en seulement un mois de campagne, même si elle arrive tout juste devant en additionnant le score de tous ces partis aux précédents scrutins. Plus inquiétant, cette coalition de circonstance signe le grand retour de la sociale-démocratie, en aucun cas un programme de rupture. Même si Mélenchon a tenu des propos courageux sur la police notamment, la NUPES a fait le choix de ne pas présenter de figures issues des luttes – à de rares exceptions près –, ni de projet anticapitaliste, mais des candidats issus des appareils, répartis en fonction des accords politiciens. En Loire-Atlantique par exemple, la NUPES a présenté un policier dans le vignoble et un socialiste bien flasque au nord de Nantes. À Nantes, le « soutien » mis en avant sur les tracts de la NUPES est celui de Johanna Rolland, la maire Vallsiste, qui met des policiers et des caméras partout, qui gentrifie la ville, expulse et impose des projets infects. Voir le PS, qui était en état de décomposition avancé, revenir en force est une vraie défaite. Alors oui, c’est moins pire que le clan Macron. C’est juste la refondation d’un PS 2.0, sur des positions moins radicales que celles de Mitterrand en 1981. Mèneront-ils le combat social contre la bourgeoisie et la police militarisée ? Attention au mirage.

- Vers une dissolution de l’Assemblée ? Dimanche prochain, soit Macron obtient la majorité absolue, et il lancera immédiatement sa destruction au lance-roquette de tout ce qu’il reste de droits sociaux. Soit il ne l’obtient pas et il dissoudra l’Assemblée cet automne. En clair, il ne s’agit que d’un répit. Même si la situation a le mérite de montrer que le roi est nu.

Dès maintenant, créons des collectifs et des bandes, renforçons nos médias et nos créations, renforçons nos réseaux : construisons la Contre Attaque pour les 5 ans à venir !

1er tour législatives : nouvelle victoire écrasante de l’abstention - la NUPES en tête de l’élection
L’hégémonie macroniste menacée

GOUVERNEMENT ILLÉGITIME

« Le camp du président de la République a obtenu le score le plus faible de l’histoire de la Ve République au premier tour des élections législatives » écrit Mediapart. À chaque élection législative depuis 20 ans, la majorité du Président obtient de moins en moins de votes. 43% en 1993, 25% aujourd’hui avec une abstention jamais vue, et même majoritaire. Cela signifie un nombre de voix et donc une légitimité quasiment inexistante.

Même en 1997, quand Chirac avait dissout l’Assemblée Nationale et perdu la majorité, il avait recueilli presque 3 fois plus de suffrages exprimés. Cela veut dire que Macron compte saccager les retraites, rétablir le travail forcé, achever l’extinction des libertés et gouverner par 49.3 avec un nombre très faible de députés et une absence de légitimité politique. Cela veut aussi dire que le mode de scrutin français est particulièrement absurde et anti-démocratique : un président peut faire ce qu’il veut avec un socle électoral d’une dizaine de pourcent d’électeurs au législatives.

Le système « représentatif » néolibéral est à bout de souffle.

1er tour législatives : nouvelle victoire écrasante de l’abstention - la NUPES en tête de l’élection
Les merdias et les droites entretiennent la confusion en colportant des mensonges

🚩QUEST CE QUE C’EST L’EXTRÊME GAUCHE ?

« J’ai peur pour mon pays ! » hurle la ministre macroniste Amélie de Montchalin sur la chaîne d’extrême droite Cnews ce lundi matin. « Ce sera le chaos » si la NUPES obtient une majorité. Elle conclut : « il faut faire barrage aux anarchistes d’extrême gauche ». Hier, l’ancien ministre Jean-Michel Blanquer avait déclaré à propos de la NUPES : « l’extrême gauche est un danger aussi important que l’extrême droite ». Et Gérald Darmanin avait tweeté : « nous ne voulons pas d’une majorité d’extrême gauche ». Ces déclarations s’inscrivent dans le cadre d’une campagne très agressive, concertée avec quasiment tous les médias dominants qui parlent d’un « danger » Mélenchon, d’une NUPES qui serait « radicale » voire même « soviétique » selon l’ancien ministre Castaner. Alors, Mélenchon est-il « d’extrême gauche » comme on l’entend partout ? Un peu de culture.

🔴D’abord, c’est quoi la gauche ? La gauche, c’est l’héritage de la Révolution Française, et en particulier de la tendance la plus avancée de la Révolution, qu’on appelait « la Montagne » sous la Convention (1792-1795), qui comptait notamment le célèbre Robespierre. Au XIXe siècle, la gauche c’est le socialisme. Pas celui du PS. Le socialisme qui veut abolir le capitalisme et « socialiser » les moyens de production.
Il y a différentes tendances : une voie socialiste libertaire, qui veut abolir l’Etat sans attendre, et une voie socialiste plus autoritaire, qui veut passer par une dictature du prolétariat. Voilà, ça c’est la gauche. C’est l’Internationale est ses paroles appelant à faire "table rase" du passé, et invite les "damnés de la terre" à se tenir "debout. Il y a plus de 100 ans, la grande figure socialiste Jean Jaurès fait des discours anticapitaliste et anti-militariste. Et il est pourtant considéré comme modéré par les révolutionnaires de l’époque. Des socialistes comme Jules Guesde ou Jean Allemane aussi prônent la fin du capitalisme.

A la même époque, les premiers syndicats sont fondés sur une ligne ouvertement révolutionnaire, qui vise l’abolition du patronat et de l’exploitation. Plus tard, en 1981, François Mitterand, pourtant issu de la droite, dénonce encore les « monopoles » et le « capital ». Évidemment, il y a les paroles et les actes, et la gauche a souvent trahi dans son histoire. Mais cela veut dire que même quand Mélenchon, venu du PS, s’énerve un peu, ça reste de l’eau tiède par rapport aux basiques de la gauche.

🔴Mais alors, et l’extrême gauche ? C’est une force qui se situe en dehors du champ parlementaire. L’extrême gauche prône la révolution par la rue et la lutte, un monde libéré des dominations et de l’exploitation. La base commune, c’est la collectivisation des moyens de productions – on prend les usines, les richesses, et on les redistribue –, l’abolition de l’Etat et de la police, la fin de l’argent. L’autogestion au travail : pas de patrons mais, par exemple des comités de travailleurs. La fin de l’armée et des frontières, l’internationalisme. Une partie de l’extrême gauche prône encore la dictature du prolétariat, une autre une révolution sans autorités. Et puis, plus loin, en dehors du champ politique traditionnel, il y a les anarchistes, les autonomes, les mouvements d’occupation ... Il y a de nombreux courants et de nombreuses nuances, mais on est très très éloigné de la NUPES et son programme social-démocrate.

🔴Alors qu’est-ce qui serait particulièrement scandaleux dans la NUPES ? Augmenter les salaires ? Ce n’est même pas une mesure spécialement « de gauche » : cela stimule la croissance économique. L’idée est de mieux payer les travailleurs pour qu’ils puissent consommer plus. Une partie du patronat est d’accord avec ça : Ford avait augmenté les salaires de ses ouvriers pour qu’ils puissent acheter des voitures. L’économiste Keynes inspire le « New Deal » aux Etats-Unis dans les années 1930 : baisse du chômage, investissement public, protections sociales. Cela n’a rien d’anticapitaliste ni de révolutionnaire. Renationaliser les services publics ? Pas vraiment "extrême", c’est ce qu’a fait le gouvernement Gaulliste dans l’après-guerre. Quand LFI dit qu’il faut augmenter les salaires ou soutenir les services publics, c’est une mesure d’urgence, car les gens ne pourront bientôt plus manger ou se soigner. Faire stagner les salaires alors que l’inflation explose comme le fait Macron, c’est du néolibéralisme dans sa version hardcore. Cela revient à organiser délibérément l’appauvrissement du plus grand nombre, la paupérisation. C’est criminel. Et « extrême » pour le coup.

Le pouvoir en place et ses médias tentent de renverser le sens des mots. Marine Le Pen et son parti issu du pétainisme n’est plus qualifié « d’extrême droite ». Par contre une NUPES qui n’est que le retour de la gauche plurielle serait « d’extrême gauche » et même « anarchiste ». De même, la « République » invoquée par les macronistes n’a plus rien de républicain. La République qui repose en principe sur l’héritage de la Révolution et l’idée de « Liberté, Egalité, Fraternité » est devenu un synonyme d’Etat policier. Aujourd’hui, dénoncer les violences policières ou le racisme est qualifié « d’anti-républicain ». C’est une vraie inversion. Tout cela témoigne d’une droitisation extrême des dominants. A nous de tirer, à nouveau, l’échiquier politique dans le bon sens. Poser les vraies questions : mettre fin au saccage planétaire par des réformes écolos ou une révolution anticapitaliste immédiate ? Démanteler les forces de répression ou seulement les encadrer ? Détruire le CAC 40 ou le taxer ? Etc ...

(posts de Nantes Révoltée)

- En Drôme, le Daubé n’hésite pas à titrer : "Drôme : dans la 2e circonscription, le duel inédit des extrêmes offre une issue incertaine" concernant un duel serré entre Rassemblement national et Nupes !
Mêmes méthodes pourries et mensongères que d’autres merdias. Faut dire qu’on n’est pas étonné venant du Daubé...

NOTES :

1. A force de droitisation, d’extrême-droitisation même, de la vie politique et merdiatique, à force d’extrême capitaliste, à force de politiques anti-sociales et anti-écologistes outrancières, la gauche « traditionnelle » française, cette gauche modérée de la NUPES, qui vise un altercapitalisme verdit un peu controlé par l’Etat et moins de matraquage des pauvres, apparaît comme d’extrême gauche..., à cause d’un prisme déformant. Les manipulations/mensonges volontaires des dominants ultra-libéraux en rajoutent ensuite une couche.

2. S’il y a autant d’abstention, ce n’est pas parce que les français boudent « la-démocratie » ou que « la-démocratie » a des problèmes, c’est surtout parce qu’en réalité il n’y a pas de démocratie, ce qui désintéresse beaucoup de monde du cirque « représentatif » en place

3. Les macronistes ont toujours le culot monstrueux de présenter l’élection de Macron au trône de l’élysée comme un soutien, une adhésion à leur programme et candidats, alors que tout le monde sait bien, et eux les premiers, qu’une bonne part des votes Macron au 2e tour des présidentielles n’étaient qu’un barrage le nez bouché à l’extrême droite lepéniste.

4. Malgré les gros défauts structurels de NUPES et malgré le fait qu’on subit un système anti-démocratique, votons massivement pour eux quand même le 19 juin pour couper court à la délétère hégémonie macroniste, il sera toujours temps ensuite de lutter et de contester cette gauche.

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Le chateau de carte macroniste s’écroule aux législatives - Montage illustratif de FranceInfo

💣 « LE TAPIS DE BOMBES » DE MACRON

- Guerre sociale

« Le ressort n’est pas cassé il est en train de se tendre. Après les élections, en juillet, viendra la mise en œuvre d’une feuille de route radicale et profonde, et là ce sera le tapis de bombes ». C’est la déclaration hallucinée et hallucinante de Gilles Le Gendre, poids lourd du camp Macroniste, qui a été président de l’Assemblée Nationale. C’était dans le journal Le Monde, il y a deux semaines.

Quelques jours plus tard, Macron déclarait que son projet de destruction des retraites entrerait en vigueur « dès l’été 2023 ». Questionné sur France Inter, Bruno Le Maire, ministre de l’économie, précisait que l’objectif de la réforme des retraites est de « poursuivre la baisse des impôts et des taxes ». Donc littéralement faire mourir les pauvres au travail pour baisser la fiscalité des plus riches.

Ces gens ne reculeront devant rien. Même avec une faible majorité et une abstention record, ils n’hésiteront pas à utiliser des procédures d’urgences et des passages en force pour tout saccager. Et les lois d’exception pour faire passer le tout. C’est comme cela qu’ils ont toujours fait.

Les élections sont redevenues le centre de l’attention ces derniers mois. Après 5 ans de révoltes et de luttes en-dehors du cadre institutionnel – qui ont parfois fait reculer Macron –, tout le monde attend désormais, les yeux rivés sur les scrutins successifs. Comme immobiles, aveuglés par les phares d’une voiture. C’est un danger. Cela ne veut pas dire que les élections n’ont aucun intérêt pour la suite des évènements, mais il ne faut pas qu’elles captent toute l’attention jusqu’à l’été, comme si c’était la solution magique, au détriment des luttes réelles. Car quel que soit le résultat des législatives, le pouvoir va cogner fort et dur. Ne nous retrouvons pas démunis, préparons la suite.

(post de Nantes Révoltée)

1er tour législatives : nouvelle victoire écrasante de l’abstention - la NUPES en tête de l’élection
Le bloc bourgeois n’a aucune intention de se calmer

Ci-dessous des analyses historiques intéressantes, même si l’auteur est sans doute trop optimiste concernant la possibilité d’une vraie grève générale :

LEGISLATIVES : MACRON FRAGILISÉ, UN ENCOURAGEMENT A ALLER PLUS LOIN DANS LA LUTTE

Le premier élément marquant dans ce premier tour des législatives, c’est que malgré l’abstention des classes populaires qui établit un nouveau record avec 52,3% après celui de 2017 (51,3%), la Nupes est en tête et progresse légèrement par rapport aux présidentielles et plus avec l’ensemble divers gauche/extrême gauche à 31%, même si la Nupes n’est pas au niveau espéré par ses promoteurs et que Mélenchon ne sera pas premier ministre.
Le second élément est que Macron et ses alliés reculent un peu mais sont fortement fragilisés parce qu’ils sont battus, ce qui est une première depuis 1958 et surtout depuis que les législatives ont été organisées dans la foulée des présidentielles pour justement que cela n’arrive pas et permettre une majorité présidentielle.

L’ Assemblée nationale sera donc peut-être sans majorité. Le troisième élément est que la droite qui avait jusque là le monopole de l’opposition parlementaire confirme son écroulement. Le quatrième élément est que l’extrême droite (RN+ Zemmour) recule notablement malgré tout le soutien médiatique et gouvernemental dont elle bénéficie. Elle empoisonnait jusque là l’air politique et la colère populaire de ses idées nauséabondes. Aujourd’hui c’est la gauche et ses valeurs qui peuvent avoir le monopole de l’opposition idéologique et plus que cela, les valeurs de la lutte sociale.

C’est donc globalement un succès pour les classes populaires dont la signification va au delà du succès strictement électoral lui-même..
En effet, ce demi succès électoral de la gauche dans le cadre d’une forte abstention populaire, l’échec gouvernemental et le recul de la droite et l’extrême droite, dessinent un infléchissement du rapport de force général en traduisant de manière déformée la poussée des luttes populaires en cours depuis 2016. Celle-ci n’a pas encore trouvé d’expression politique directe dans ce scrutin mais a pesé sur lui.

Ce succès électoral et politique aurait en effet pu être bien plus important si la Nupes avait osé porter totalement cette colère populaire, ce qu’elle n’a pas voulu faire. Si elle avait osé aller jusqu’au bout de ce que portait l’appel de Mélenchon à « l’élire » premier ministre, ce n’est plus seulement la Nupes qui aurait gagné mais une mobilisation populaire dans un contexte général de colère subversive comme l’ont montré les Gilets Jaunes, qui aurait été bien au delà de sa portée électorale. C’est-à-dire, qu’il n’aurait pas seulement s’agit d’empêcher Macron d’avoir une majorité absolue au Parlement, mais en ayant une large majorité Nupes, de réduire à zéro son succès présidentiel, paralyser totalement sa politique de destruction des acquis sociaux et démocratiques et par là le pousser vers la sortie tout en initiant autour de ce succès populaire la remise en cause de la société capitaliste d’exploitation, d’oppression et de destruction de la nature.

Mais pour cela, il aurait fallu que la Nupes convainque les abstentionnistes des classes populaires. Ça ne pouvait se faire qu’en appelant à la mobilisation massive par la rue et la grève en même temps qu’à la mobilisation électorale. Tout le monde sait en effet très bien que Macron et ses soutiens capitalistes libéraux et fascistes, même avec une majorité parlementaire Nupes, auraient tout fait y compris de manière extra-parlementaire avec la finance, pour empêcher toute mesure progressiste. Pour les faire céder, il aurait fallu comme en 1936, la mobilisation populaire la plus large, la grève générale, leur faire peur de tout perdre, pour qu’ils acceptent de céder au moins un peu.

Dans cette perspective de mobilisation totale, ce n’était pas difficile de faire un grand meeting des nombreux militants syndicalistes, Gilets Jaunes ou militants associatifs qui ont milité pour le succès électoral de la Nupes, afin d’appeler avec la mobilisation électorale à la mobilisation dans la rue, contre la hausse des prix, pour des augmentations de salaires, pour la défense des urgences et des hôpitaux, comme ça se fait déjà un peu partout sans la Nupes, mais avec beaucoup de ses militants. Cela aurait permis la coordination de ces nombreuses luttes et leur aurait donné de l’efficacité et un horizon politique parce que c’est ça qui leur manque aujourd’hui. En même temps, cette orientation de lutte tous azimuts aurait donné du crédit en la volonté de la Nupes de mettre en application son programme, contre vents et marées, contre l’opposition même acharnée de Macron et du camp capitaliste. Bref, il n’aurait pas seulement fallu dire qu’il faudrait qu’il y ait des luttes, il aurait fallu appeler à une mobilisation totale, en aidant à coordonner toutes les luttes, en construisant la perspective de la grève générale.

Or la Nupes a donné des signaux contraires. Non seulement, elle n’a pas voulu construire la mobilisation sociale, se contentant de vagues déclaration d’encouragements aux luttes mais, en plus, elle a préféré présenter des candidats du PS ou d’anciens de la LREM plutôt que ceux du NPA. Le message a été clair pour les abstentionnistes des classes populaires qui se méfient des politiciens : la Nupes ne tiendrait pas ses promesses électorales face au mur de l’argent, elle qui n’a pas dans son programme l’objectif de l’augmentation des salaires, sinon une modeste augmentation du smic, alors que la rue est pleine de grèves pour les salaires et que le monde bruisse de soulèvements contre la hausse des prix.

Il faudra observer dans le détail des résultats électoraux de la Nupes, si les candidats les plus à gauche ont eu plus de voix que ceux les plus à droite, car cela signifierait exactement cette attente et cette méfiance populaires. Aux élections de 1936, alors que Léon Blum et la direction du Front Populaire faisaient tout pour plaire à leur aile droite, le Parti Radical, c’est son aile gauche, le PC à l’époque, qui en avait obtenu le plus et le Parti Radical le moins.
Cela avait donné le sens de la période : une montée de la gauche et en même temps une méfiance à l’encontre de ses représentants institutionnels les plus installés, un phénomène qu’on voit partout aujourd’hui dans le monde et dans de nombreux succès électoraux de la gauche dans un nombre de pays grandissant, mais qui se font sans pour autant susciter d’enthousiasme. Les classes populaires assimilent à juste titre le refus des parti traditionnels de gauche à renverser la table à une méfiance à leur encontre, une peur d’une mobilisation populaire de rue dans le contexte éruptif actuel et à une solidarité de fond avec le système contre l’insurrection.

Cette montée électorale de la gauche mais sans grande adhésion au milieu d’un cortège persistant de luttes et grèves très importantes ici comme à l’échelle du globe, sous-tend de fait la marche souterraine vers la grève générale. Ce qui fait justement peur à la gauche institutionnelle et qu’elle voudrait éviter. En 1936, cette grève générale avait éclaté un mois après le succès électoral de la gauche contre cette gauche du fait que les travailleurs avaient pu mesurer publiquement avec ce succès, leur détermination commune croissante, ce qui permit à la grève générale d’aller bien au delà du programme électoral du Front Populaire.
Les choses pourraient se passer ainsi demain si au second tour, la Nupes avait une majorité absolue. Cette majorité absolue pourrait fonctionner comme un détonateur pour les luttes. Ce ne sera pas le cas, si, comme c’est le plus probable, il n’y avait qu’une Assemblée sans majorité voire une majorité absolue pour Macron. Avec une majorité absolue, Macron accélérera ses attaques, mais sera fragilisé pour le faire. Sans majorité, Macron sera encore plus fragilisé. Il sera amené à gouverner à coups de 49.3, par dessus le Parlement. Ce qui alors nous ramènerait plutôt en 1967 qu’en 1936. De Gaulle, ne gagnant les législatives du printemps 1967 que d’extrême justesse, avait, à partir de l’automne, gouverné à coups de décrets-lois par dessus le Parlement. La colère populaire s’en était accentuée. Cela s’était d’abord traduit par une cristallisation des luttes autour de celle des étudiants contre la sélection sociale pour accéder à l’université, le Parcours-sup de l’époque, la loi Fouché, qui ne suscitait pourtant jusque là qu’une faible mobilisation. Cette lutte étudiante avait gonflé tout l’hiver pour être ensuite l’élément déclencheur de la grève générale de mai 68, dans un climat de luttes nombreuses mais dispersées depuis 1963.

L’abstention de masse a marqué la distance des électeurs, et encore plus outre-mer où elle bat tous les records, vis-à-vis de tout le système électoral, de ceux qui en jouent le jeu et, plus loin, du système capitaliste dans son ensemble. Ce n’est pas la faute des électeurs des classes populaires si la Nupes n’a qu’une victoire en demi-teinte, comme déjà certains de ses porte-paroles moralisant s’en font l’écho, c’est la Nupes qui en porte l’entière responsabilité parce que ses dirigeants ont bien trop peur d’aller jusqu’au bout de leur démarche oppositionnelle, l’explosion sociale, la marche vers la grève générale, que l’abstention massive et la multiplication des luttes en période électorale traduit pourtant.

Face aux attaques sociales et manœuvres politiques à venir de Macron, la véritable opposition est dans la rue. Préparons la grève générale. L’avenir est là.

Jacques Chastaing, le 13.06.2022


1 Message

  • 1er tour législatives : nouvelle victoire écrasante de l’abstention - la NUPES en tête de l’élection Le 13 juin à 14:17, par simon

    Plus la peine d’ergoter, vous dites :
    «  Malgré les gros défauts structurels de NUPES et malgré le fait qu’on subit un système anti-démocratique, votons massivement pour eux quand même le 19 juin pour couper court à la délétère hégémonie macroniste, il sera toujours temps ensuite de lutter et de contester cette gauche. »
    Alors, il est temps d’accepter d’avoir les mains sales, et pour empêcher Macron de poursuivre son travail destructeur , et de renforcer les pouvoirs déjà inouïs accordés à ses polices, considérons que voter contre lui relève de la légitime défense.

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