Un récit de la manif valentinoise du 9 janvier 2020

Une réussite sous plusieurs aspects

par leophage.
Mis à jour le vendredi 10 janvier 2020

Ce jeudi 9 janvier, la troisième journée de mobilisation massive contre la réforme des retraites a réuni plusieurs milliers de personnes à Valence. Cette journée a été une réussite sous plusieurs aspects, et ce bien au-delà du nombre de personnes mobilisées ! Voici un récit forcément subjectif de la journée.

Descendant des monts d’Ardèche à quelques-un.es, on rejoint l’esplanade du Champs de Mars pour 14h. Comme les journées précédentes de mobilisation, les camionnettes syndicales surmontées de leurs hauts-parleurs et les drapeaux de couleurs sont de sorties. L’esplanade immense n’aide pas à se sentir nombreux.ses et l’habitude des manifs syndicales biens huilées ne nous pousse pas non plus à l’euphorie.

Pour autant, la foule grossie et on se rend assez vite compte que l’on va être nombreux.ses, au moins autant que la fois précédente.
Le soleil est au rendez-vous et même si la révolution ne sera peut-être pas pour aujourd’hui, on se dit qu’on fera à minima une ballade agréable. Et puis on a en tête la manif sauvage « Après la préfecture, le futur » qui avait réussi à déambuler joyeusement dans le centre-ville commerçant après la dissolution de la manif du 17 décembre.

La question de savoir avec quel cortège manifester est vite réglée quand on voit se reformer celui de la CNT et des Gilets Jaunes. A la dernière, les deux cortèges se suivaient, cette fois, ce sera cortège commun. De toute façon, nous avons les mêmes slogans et une rage commune contre la macronie, sa politique et ses flics.

La manifestation se met en branle CGT en tête sur le parcours prévu, des quais direction la préfecture en passant par la gare SNCF. Le cortège rouge, jaune et noir prend sa suite en faussant la priorité aux autres syndicats.

Le cortège CNT/GJ ne suit pas le scénario écrit à l’avance

Arrivé au premier carrefour, la manif déclarée tourne en direction des quais pour l’avenue de Provence, une longue ligne droite désertique où se sont surtout les animaux bordants le Rhône qui risquent d’être dérangés et qui nous éloigne d’autant du centre-ville.
Bref, c’est chiant et franchement loin de l’idée d’une manif là pour se faire voir et entendre. Pas ou presque pas de flics en vue ouvre aussi bien des possibles...

Le cortège CNT/GJ décide alors de ne pas suivre le scénario écrit à l’avance et d’écrire le sien. On tourne à droite et s’est parti pour une après-midi de manif sauvage ! Les syndicats et partis derrière nous embrayent sur ce parcours improvisé. Il n’y a plus une, mais deux manifestations !

Nous passons par l’avenue Victor Hugo et ses magasins en solde où le slogan travail, consomme et ferme ta gueule ! prend toute sa mesure. Nous remontons le Boulevard du Général de Gaulle duquel on s’aperçoit que ce sont plusieurs milliers de personnes qui ont suivi le mouvement laissant derrière les camions syndicaux.

Plusieurs milliers de personnes en manif sauvage en haut du Bd du Général de Gaulle à Valence

L’impulsion donné par le cortège CNT/GJ a été bien comprise de la plupart des manifestant.es et c’est sans grande hésitation que les gens ont décidé de manifesté en dehors du parcours officiel.

Si l’on se réfère aux grandes villes de France où la répression en manif empêche bien souvent le moindre écart à la norme, ce qui s’est passé à Valence parait assez extraordinaire. Il faut dire que la présence policière est en comparaison quasi inexistante et que les manifestants ont eu l’intelligence de savoir se saisir de cette opportunité.

Arrivé en haut de l’avenue du Général de Gaulle, plusieurs options semblent s’offrir à nous. Décision est prise de poursuivre vers la gare SNCF ; on aura bien le temps plus tard pour visiter le centre historique et la préfecture. Sur place, une cinquantaine de manifestant.es pénètrent dans la gare. La possibilité est ouverte pour bloquer la circulation des quelques trains qui circulent en ce jour de grève mais personne n’ose vraiment descendre physiquement sur les voies. L’idée est abandonnée après que le chef de gare ai appelé des renforts de la police ferroviaire.

A la sortie, la manifestation syndicale arrive également à la gare et agrège une bonne partie des personnes présentes en direction de la préfecture. La manif sauvage prend quand à elle le chemin de la gare routière. Ayant perdu pas mal de monde, l’option de continuer vers l’autoroute semble lointaine et laborieuse. Une discussion sur la suite à donner s’engage et il faut noter que la sono CNT prend vraiment le temps de connaître les envies de chacun.e avant de rebrousser chemin vers le centre-ville.

La suite de l’après-midi continu sur le même ton. La manif sauvage se fait entendre et égaye les rue commerçantes : Grève, blocage et sabotage, Tout le monde déteste la police, Ah ! Anti ! Anticapitaliste et l’original Retraite à 25 ans, pour baiser, il faut du temps !" sont quelques uns des slogans entendus.

quelques publicités sont cassées et une banderole déployée devant l’hôtel de ville

Devant le centre commercial Victor Hugo qui ferme en vitesse et empêche in-extremis la manif d’entrer, les manifestant.es prennent le temps de craquer quelques fumigènes et une vitre termine fissurée. Plus loin, quelques publicités sont cassées et une banderole déployée devant l’hôtel de ville gardé par des quelques municipaux vites rejoins par de nombreux renforts. Liberté, égalité et flics armés

Banderolle « Macron, prend tes flics et tes claques » sous les fenêtre de l'Hôtel de Ville

La manif sauvage arrive finalement devant la préfecture ou se termine la manifestation officielle. Le temps de reprendre son souffle, de quelques prises de paroles et c’est reparti pour une seconde sauvage. Quelques centaines de personnes suivent le mouvement. Il était temps pour nous d’une pause épicerie et on perd pour quelques temps la joyeuse troupe.

c’est l’heure où la préfecture a décidé de lâcher ses chiens et de faire du chiffre

Alors que la nuit commence à tomber, on retrouve un groupe d’une centaine qui bloque le passage des voitures en haut de l’Avenue Gambetta. Étant légèrement en retrait, on se rend compte que la police se regroupe à quelques dizaines de mètres de là et au vu du nombre, de l’équipement et de la présence de pas mal de civils, on comprend vite que c’est l’heure où la préfecture a décidé de lâcher ses chiens et de faire du chiffre. On décide de laisser passer les flics mais de continuer à les suivre de loin.

les flics vont s’en prendre à ce qu’ils peuvent

Nous ne sommes pas les seuls et une petite dizaine de personnes avec plusieurs téléphones en mode vidéo font du « cop watching » [1]. Les flics remonte l’avenue au pas de course mais les manifestants sans les attendre décident de continuer leur chemin. Bec dans l’eau, les flics vont s’en prendre à ce qu’ils peuvent, à savoir, les quelques personnes téléphones en main. Placage au mur pour les uns, ventrale pour un autre, des « casse-toi » pour tout le monde, l’intimidation policière est au rendez-vous.
De manière complètement arbitraire, deux personnes au moins se font embarquer. Courage à elles et à celles qui se sont fait arrêter plus tard dans la soirée lors du rassemblement en mémoire à Cédric Chouviat tué par la police il y a quelques jours à Paris.

Un peu plus chanceux que les camarades et échaudés par la police, il est temps pour nous de remonter dans nos montagnes après cette journée bien plus riche qu’espérée.

On pourra noter que la belle stratégie de quitter dès le début le parcours officiel nous a permis de déambuler là où bon nous semble sans avoir à attendre une dispersion de la manif syndicale
. Nous étions d’autant plus nombreux.ses à y participer et la visibilité d’autant plus importante que la manif sauvage a pu ainsi durer toute l’après-midi dans les rues où nous avons une vraie visibilité et un potentiel impact.

La faible présence des forces de l’ordre a permis de prendre le temps de discuter de nos objectifs au fur et à mesure et à ce que la manif se déroule sans violence.
On a pu sentir une forte unité et de la cohésion pratique au sein du cortège CNT et Gilets jaunes. L’année écoulée sur les péages et dans les manifs laisse des traces !

On peut tout de même s’interroger sur notre capacité à profiter des conditions que nous avions créer pour agir plus concrètement en manif.
De l’occupation manquée de la gare SNCF à celle du centre commercial Victor Hugo en passant par toutes sortes d’actions possibles lorsqu’on arrive enfin à manifester là où bon nous semble.
La rage habite nos cœur, il est temps de la traduire en acte !

Rendez-vous bientôt sur les blocages et les manifs !

Un ardéchois

Notes

[1Pratique visant à suivre les forces de l’ordre dans le but de documenter et témoigner en cas d’abus ou de violence policière


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