Un chouïa avant le passé

Avons-nous le choix de la date (suite à quatre mains) ?

par Etienne Maillet.
Mis à jour le vendredi 2 mars 2018

Un peu comme Descartes méditant devant son feu, Jef Jaquier s’interroge devant son miroir, sur les cheveux qui blanchissent et la labilité du temps. Du temps, on parle comme s’il était une substance, du passé et du présent comme s’ils étaient réels.

Mais, la seule sensation jamais directement et intuitivement accessible est celle de l’instant, qui lui ne fuit jamais et reste bien fixé, immobile, devant la conscience. (La roue hindo-boudhiste du Dharma en rend l’intuition accessible au plus réfractaire aux discours formels). De sorte que, nécessairement, passé et présent sont de simples inférences, tandis que seul le présent, lui, est bien réel. Pourtant sur ces inférences - balayant le seul réel présent - on construit toute une physique, dont on est bien contraint d’admettre qu’elle est a-scientifique, puisque rien dans l’expérience ne la confirme, pas même les os de dinosaures, que nous n’appréhendons, en tant que vestiges, jamais qu’au présent et maintenant.

Fred Hoyle est l’astro-physicien qui inventa le terme de « big-bang ». Son intention était de tourner le concept en dérision. Comme Fred, il me semble que le concept de big-bang est d’abord un mythe, une légende, dont les contours épousent ceux de l’incapacité humaine à concevoir quoi que ce soit qui ne s’exprimerait pas en termes de cause – avant – et de conséquence – après. Cette interprétation erronée de faits d’expérience avérés –nos portables ne fonctionneraient pas s’il n’était tenu compte de la relativité – justifie beaucoup de choses : notamment la course sans fin au Progrès, ce mythe de la modernité, qui étrangement nous a conduit avec une vitesse fulgurante au bord de la destruction.

C’est probablement la vraie utilité de l’interprétation captieuse de la relativité : justifier l’ordre politique existant, à l’instar des sociétés néolithiques ou du bronze complexes, notamment celles qu’on nomme hydrauliques ou potamiques, dont les prêtres-rois, en réglant les activités agricoles, assuraient en fin de compte la stabilité politique, via un contrat social et métaphysique implicite : le ciel m’a confié la mission de vous nourrir, en retour de quoi vous devez obéir.

Mythe difficile à déconstruire. Il est par exemple nombre d’esprit simples et « scientifiques » croyant avec sincérité que le temps se mesurerait objectivement grâce au battement du césium (étalon officiel du temps de la modernité, nécessaire au fonctionnement des techno-sociétés primitives et obscurantistes contemporaines).
La difficulté, finalement est celle-ci : comment concilier flux, mouvement, changement et fixité objective du présent ? Ou dit en termes modernes, comment concilier relativité et physique quantique, dans les équations de laquelle rien de tel que le temps n’apparaît. Pourquoi, s’interroge Lewis Caroll, Alice doit-elle courir pour rester sur place ?

Hier 2 mars 2018 (AD, soit année 117 à Taïwan ou dans la partie nord de la Corée, 1439 de l’Hégire), sur France culture, Carlo Rovelli abordait ces questions. Elles sont complexes pour l’esprit moderne, en raison des choix erronés sur lesquelles se fondent les techno-cultures modernes, quand elles furent certainement implicitement évidentes aux cultures souches, qui de toutes furent les plus pérennes, l’un déterminant l’autre.

Carlo Rovelli reste imprécis sur un point important : à plusieurs reprises revient la notion de « relation », sans qu’elle soit éclairée. Par relation, à mon sens, comme pour le courant scientifique qu’on appelle enactment, fortement lié aux neuro-sciences (Carlos Varela) , il faut entendre qu’il n’est pas possible de jamais dissocier le phénomène du percevant. Or, ce percevant, c’est nous, c’est l’humain. Un cyclotron, un radio-télescope, ne sont jamais que des extensions de nos sens. Tenter de le nier, tenter de construire une objectivité platonicienne, dégagée de toute contingence humaine (c’est le sens des efforts des transhumanistes), relève d’intentions implicites toutes différentes : fonder le savoir sur un prétendu naturalisme, naturalisme qui en retour légitime l’ordre économique, politique et social.

Pour arrêter la décadence, il faut arrêter le Progrès, ou plus exactement l’ersatz techno-superstitieux avec quoi nous le confondons. Si bien qu’entre un techno-scientiste illuminé dont les utopies nous conduisent droit à Armageddon et un hurluberlu New Age discutant avec les arbres ou les anges, il faut, tout bien pesé, préférer le second.

Voir en ligne : Avons-nous-le-choix-dans-la-date ?

P.-S.

Sur ce sujet, quelques autres textes de l’auteur :

Vision zénithale et vision intérieure
Lingus, lingam, logos
Un poil après le futur

Illustration extraite d’un article sur la « Schwarzschild Geometry » - concernant notamment le diamètre relativiste des objets célestes - au fondement des thèse de S. Hawking sur les trous noirs.


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