La Zone d’intérêt : un film saisissant sur la « banalité du mal » et sur le parallèle entre la Shoah et le techno-capitalisme contemporain

Une Allemagne nazie toute à sa jouissance matérielle...

mercredi 13 mars 2024

Ce très bon article interview de Johann Chapoutot, historien spécialiste du nazisme, remet en lumière la « banalité du mal », la facilité souvent de l’obéissance et/ou de l’adhésion aux politiques les plus abjectes.
Le film montre de manière saisissante et terrifiante les dérangeantes similitudes entre les aspirations et modes de vies d’employés nazis exterminateurs de juifs qui faisaient « leur travail » efficacement sans état d’âme, avec les objectifs, structures et méthodes de l’actuelle civilisation industrielle et de ses travailleurs/consommateurs.

Comme les familles de nazis tueurs qui jouissaient avec délices de leurs richesses pillées sur les cadavres et sur l’esclavagisme, la plupart des civilisés actuels jouissent des richesses pillées à la Terre et à d’autres humains en se foutant en réalité très largement de la destruction de la biosphère, du climat et des autres animaux.
Les éventuelles mauvaises consciences n’effacent pas la passivité, l’acceptation ou la complicité avec les structures et politiques qui massacrent et exploitent le vivant de manière là aussi planifiée et industrielle, en toute connaissance de cause, au grand jour.
Que, la plupart du temps, les massacres contemporains soient moins brutaux, moins massifs et plus indirects que les abominables tueries de juilfs (et autres catégories) planifiées industriellement durant la 2e guerre mondiale n’enlèvent rien à l’horreur et ne diminuent pas les similitudes.
D’autant que, mondialisation oblige, l’ampleur des dégâts, allinéations et carnages, est à présent planétaire et affecte des quantités de plus en plus astronomiques d’êtres vivants.

A méditer à l’heure de la fascisation générale des politiques, des discours médiatiques dominants et des dirigeants...!
A l’heure de la non-révolte (seules des minorités ici et là se lèvent) contre la civilisation industrielle et ses désastres planétaires meurtriers et écocidaires, la « banalité du mal » est un fait massif.
L’Etat et le capitalisme étant par nature totalitaires, la porte est toujours grande ouverte à l’obéissance aux pire exactions. On peut par exemple le constater avec l’action génocidaire d’Israël et de son armée.

Dans le film, une famille de nazis jouie des avantages matériels issus du massacre et de la spoliation des juifs. Dans la période actuelle, la plupart des civilisés font « leur travail » en toute bonne conscience et consomment sans honte, participent et jouissent des avantages matériels issus du massacre de la biosphère et de l’ensemble de ses habitants, humains compris. Sans parler des assises du capitalisme/étatisme occidentales acquises largement grâce à l’esclavage et au colonialisme les plus meurtriers.

LA ZONE D’INTÉRÊT - Bande-annonce officielle
par [bacfilms->https://www.youtube.com/@bacfilms]
https://youtu.be/m6cz6xTgkIY

Dans « La Zone d’intérêt », une Allemagne nazie toute à sa jouissance matérielle

- Dans « La Zone d’intérêt », une Allemagne nazie toute à sa jouissance matérielle

Dans la première scène de « La Zone d’intérêt » (Jonathan Glazer), adaptation du roman du même nom signé Martin Amis, on découvre la baignade bucolique et joyeuse d’une famille allemande et de leurs enfants au bord d’une rivière, en plein été. Mais lorsqu’ils regagnent leur coquette maison, stupeur : elle est littéralement adossée au camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz, où moururent plus de 1,1 million de personnes, dont près d’un million de Juifs, au cours de la Seconde Guerre mondiale. La « Zone d’intérêt », c’est le terme qui désignait, dans le langage du nazisme, la zone de 40 km2 qui entourait le camp d’Auschwitz, en Pologne. La famille Höss a vraiment existé, et a effectivement vécu plusieurs années à cet endroit, entre 1940 et 1944. Le père de famille, le lieutenant-colonel Rudolf Höss, fut un instrument zélé de la « solution finale ». Jugé et pendu en 1947, il n’exprima jamais le moindre remords, ni au cours de son procès, ni dans ses mémoires.

En montrant le quotidien de cette famille, sa vie domestique, les fêtes et le jardin fleuri, et en laissant le camp hors champ (on ne voit jamais ce qui s’y produit même si la bande-son permet de l’imaginer), Glazer opte pour un point de vue glaçant qui invite à s’interroger sur la banalité du mal, mais aussi sur notre propre capacité de déni. Nous avons rencontré Johann Chapoutot, historien spécialiste du nazisme et auteur de « La loi du sang ; penser et agir en nazi » (2020), afin qu’il nous livre son analyse de ce film dérangeant, qui a remporté le Grand Prix à Cannes, mais aussi le BAFA du meilleur film britannique et du meilleur film en langue étrangère.
(...)

P.-S.

La banalité du mal

  • Un concepté déveveloppé par Hannah Arendt : https://fr.wikipedia.org/wiki/Banalit%C3%A9_du_mal
  • Arendt : “La banalité du mal” (...) Elle a repéré que les nazis sont des acteurs qui se débarrassent de leur propre soi, ne sont plus des quelqu’un mais investis dans un désinvestissement d’eux-mêmes, que cela est lié à la désolation, justement à un déraciment des individus dans le totalitarisme. La manière dont elle emploie « radical » dans « Les origines du totalitarisme » est en lien avec le déracinement, désolation propre à la société totalitaire.

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