L’anti-complotisme, nouveau moyen de répression, de censure et de dénigrement des contestations

Le pouvoir lui, s’octroie le droit d’être - vraiment - complotiste

lundi 29 avril 2024

L’anti-complotisme mené par le gouvernement et ses alliés devient une modalité du maintien de l’ordre et de la censure. Pratique pour dénigrer toute contestation du Pouvoir.
Quelques exemples récents autour de l’antisémitisme et autre.

En réalité, les pires complotistes et manipulateurs sont au gouvernement, dans les multinationales et dans les oligarchies. Eux intriguent véritablement non stop pour conquérir et garder le pouvoir, pour défendre et étendre le capitalisme, pour masquer leurs exactions, pour s’enrichir, pour renforcer les pouvoirs de leurs camarades représentants de leur classe.

L’anti-complotisme, nouveau moyen de répression, de censure et de dénigrement des contestations

LE BON ET LE MAUVAIS COMPLOTISME

- Nouvelle règle : seuls les macronistes ont le droit d’être complotistes -

L’accusation de « complotisme » est devenue un outil pour neutraliser toute pensée critique, et faire oublier tous les mensonges du gouvernement. Pendant la pandémie, Macron a promis qu’aucun Pass sanitaire ne serait obligatoire, avant de l’imposer. Et immédiatement, dénoncer le Pass sanitaire est devenu « complotiste ». Il était aussi « complotiste » de redouter le contrôle numérique l’état d’urgence sanitaire : ils sont désormais maintenus et leurs techniques appliquées pour les Jeux Olympiques. En avril 2022, a propos du scandale autour des financements publics du cabinet Mc Kinsey, Gabriel Attal parlait de « complotisme » et Bernard Henry Levy y voyait, en plus du « complotisme » de « l’antiaméricanisme. »

Dénoncer les bombardements d’hôpitaux à Gaza était « complotiste » en octobre 2023, il est désormais établi qu’Israël a méthodiquement frappé tous les lieux de soin. D’une manière générale, poser des questions en temps de guerre est complotiste. Dans une confusion générale, l’anticomplotisme s’est donc imposé comme une modalité du maintien de l’ordre et de la censure. Tout ce qui ne valide pas le récit imposé d’en haut, d’une vérité unique est frappé d’anathème.

Le 11 janvier 2022, une commission rendait un rapport à Emmanuel Macron destiné à lutter contre les fake news et le complotisme. Il préconisait de pouvoir « stopper la diffusion massive d’un contenu susceptible de véhiculer une fausse nouvelle pouvant troubler l’ordre public ». Contrôler la vérité, pour maintenir l’ordre. À la tête des « experts », le sociologue Luc Bronner, qui était est membre du Conseil scientifique d’Areva, du conseil médical d’EDF et délégué du syndicat patronal de la métallurgie.Dans un ouvrage baptisé « le danger sociologique » Luc Bronner écrivait que le célèbre sociologue Pierre Bourdieu inspire les « conspirationnistes » et les théories d’extrême droite. La lutte des classe elle même est parfois décrite comme une « théorie du complot ». Il devient ainsi impossible de penser et dénoncer les mécanisme de domination.

De cette manière, une alliance entre le patronat et les politiciens néoliberaux imposent leur récit, au nom de l’anti-complotisme et de la « raison », face à un peuple qui serait stupide et animé par des théories loufoques.

Mais il y a le bon et le mauvais complotiste. Si la plèbe a interdiction de se poser la moindre question, le pouvoir lui, a le droit d’être complotiste sans aucun problème :

➡️ Ce samedi 27 avril 2024, le Premier Ministre Gabriel Attal a asséné dans les médias que les étudiants qui se mobilisent pour la Palestine sont « une minorité agissante et dangereuse » qui veut imposer « une idéologie venue d’outre-atlantique ». Évidemment, la jeunesse ne peut pas être scandalisée par un génocide, c’est forcément l’influence d’une puissance étrangère qui les manipule.

➡️ À la fin de l’année 2018, Macron déclarait : « il est évident que les Gilets jaunes radicalisés ont été conseillés par l’étranger », et des responsables LREM « ne cachent plus leur soupçon vis-à-vis d’une éventuelle ingérence russe » derrière le soulèvement des Gilets Jaunes. L’invention d’une « main russe » derrière ce grand mouvement populaire a été répétée inlassablement pour le discréditer. Aucune preuve n’a jamais été avancée depuis.

➡️ Durant l’été 2018, Macron insinuait que l’affaire Benalla est un « coup monté ». Interrogé par un journaliste, il affirmait : « il y a des gens qui avaient intérêt à ce que ça sorte deux mois et demi plus tard, après la Coupe du monde de football. » Bien sur.

➡️En 2021, la ministre de l’Enseignement supérieur déclarait que « l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et l’université n’est pas imperméable ». Le ministre de l’éducation évoquait même les « complicités intellectuelles du terrorisme. » Les universitaires ont répondu que ces propos n’avaient aucune validité scientifique.

En résumé, lorsqu’un mouvement social ou une information met en difficulté le pouvoir, c’est forcément un complot : une fantomatique « menace d’outre-Atlantique » pour le mouvement pro-palestinien, une conspiration « russe » pour les Gilets Jaunes ou l’affaire Benalla, une organisation secrète « islamo-gauchiste » en cas de mouvement étudiant.

Les macronistes sont littéralement obsédés par les théories du complot dès qu’ils sont contestés. Ces gens sont des obscurantistes mythomanes.

A quand le fact checking ?

(post de Contre Attaque)

NOTES :
on pourrait ajouter d’autres complotismes de certains élus, comme l’affirmation récurrente que les zadistes sont financés/salariés par des partis politiques de gauche, ou qu’ils sont forcément des chômeurs.

Bien entendu, il existe aussi parmi la population, de "vrais" complotismes plus ou moins barrés, comme par exemple le thème récurrent des Chemtrails.

- Sur Ricochets, anciens articles sur le complotisme :

- Voir aussi : Pourquoi les bourgeois aiment tant accuser les autres de “complotisme” - Pour disqualifier et déconsidérer toute tentative de critique de l’ordre établi, de leurs institutions néolibérales et de leur domination économique et sociale sur nos vies, les bourgeois – via les journalistes, éditorialistes, intellectuels acquis à leur cause – accusent leurs détracteurs de “complotisme”…
(...) Communautarisme ? Nous y sommes bel et bien. Mais cela n’a rien de nouveau : nos élites complotent et elles l’ont toujours fait dans l’Histoire, pour conserver leur pouvoir, et n’hésitent pas à mentir allégrement pour dissimuler des erreurs. Il est essentiel de le dire car, à force de prendre des précautions, on laisse aux racistes de tout poil et autres paranoïaques délirants le monopole de la description de l’oppression politique, économique et sociale, d’Alain Soral à Dieudonné en passant par Thierry Meyssan. Si l’on retire aux gens la possibilité de critiquer des dominants qui méritent perpétuellement de l’être, alors on les obligera à aller chercher cette critique ailleurs, sur ces sites qui évoquent reptiliens, chemtrails et ovnis, et qui résument grossièrement la domination des puissants à un seul grand dessein plutôt qu’à la multiplicité de leurs gros profits. (...)

- Autre exemple récent des manipulations tordues et complotistes provenant du pouvoir et de ses complices :

LA MAIN ENSANGLANTÉE EST-ELLE UN SYMBOLE ANTISÉMITE ?

- Désintox de la dernière opération diffamatoire des fanatiques d’Israël -

« Avoir du sang sur les mains » : l’expression qui désigne un crime est aussi vieille que la langue française, et a des équivalents dans le monde entier. C’est une image régulièrement utilisée pour dénoncer les bourreaux, les dictateurs, des criminels de guerre.
Par extension, la main couverte de peinture rouge est un symbole mondialement connu dans les manifestations contre les guerres ou les régimes autoritaires.

Ainsi, vendredi 27 avril, les étudiant.e.s de Science Po mobilisés pour la Palestine et expulsé.e.s par la police sont sorti.e.s du bâtiment en levant des mains rouges en l’air.
Immédiatement, une opération concertée de diffamation s’est mise en marche. Lancée par le porte parole de l’armée israélienne Julien Bahloul, régulièrement invité sur BFM, elle a tout d’une théorie absurde : se couvrir les mains de peinture rouge serait une référence à un événement survenu en octobre 2000 en Cisjordanie, lors duquel deux soldats israéliens avaient été tués, et leur assassins avaient eu les mains tâchées de sang.
Selon cette logique, les mains rouges n’auraient rien à voir avec le massacre en cours à Gaza, les étudiants de Sciences Po auraient en fait rendu hommage à un double meurtre remontant à 24 ans, dans une logique antisémite et terroriste !
Cette interprétation paraît délirante : l’affaire est méconnue, surtout pour des jeunes nés après l’an 2000. Il y aurait donc, tapis dans l’ombre à Science Po, des idéologues islamistes qui auraient incité les étudiant.e.s à reproduire ce symbole secrètement lié à l’antisémitisme ? Inventer une telle théorie du complot en dit plus sur les obsessions des sionistes qui la propagent que sur les manifestant.e.s dénoncés.

Pourtant, ce lien inventé de toute pièce entre une main ensanglantée et l’antisémitisme a été massivement relayé. Le célèbre dessinateur Johann Sfar en a fait un planche de Bande Dessinée. Plusieurs représentants du PS ont diffusé cette calomnie, de même que le médiatique Raphaël Ethnoven et des groupuscules sionistes ou encore des politiciens d’extrême droite, qui ont bien pris soin de cracher au passage sur la France Insoumise.
Chaque publication a récolté des milliers de « likes » et de partages, et tout cela a même été développé sur la chaîne BFM. L’intox qui aurait pu faire rire tellement elle est absurde, a réussi à s’imposer.

Au printemps 2018, un manifestant a eu la main arrachée à Notre-Dame-des-Landes par une grenade de la gendarmerie. En réponse, des centaines de manifestants ont défilé avec des mains ensanglantées et tracé des pochoirs de mains rouge sur les murs de Nantes. Était-ce aussi de l’antisémitisme ?
Il y a quelques jours à Tel Aviv, des israéliens ont brandi des mains rouges lors d’un rassemblement pour la libération des otages. Antisémite ?
En 2021 en Australie, des manifestantes pour le droit des aborigènes brandissaient aussi des mains peintes en rouge. De même que les activistes pour les droits des animaux à Londres, que des manifestants Black Live Matters aux USA, des soutiens de la révolte en Iran après la mort de Mahsa Amini. Un animateur de la chaine Etats-Unienne Fox News avait peint sa main en rouge à l’antenne pour dénoncer le régime de Bachar El Assad. La main rouge est aussi un symbole choisi par de nombreuses ONG dans le monde pour dénoncer les enfants soldats ... Les exemples sont innombrables.

Soit il y a un immense complot antisémite pour utiliser cette référence occulte à un événement survenu en 2000 en Cisjordanie, soit les propagateurs de cette fake news ont complètement vrillé. Il s’agit bien d’un symbole ultra-commun pour dénoncer les violences d’Etat, militaires ou policières, d’où qu’elles viennent.
Alors d’où vient cette diffamation ? De l’Etat israélien, directement. Le compte twitter officiel d’Israël avait dénoncé le port d’un pins avec une main rouge par des personnalités du monde du cinéma en soutien à Gaza lors de la cérémonie des Oscars, en l’assimilant à cette histoire remontant à 2000. Depuis, tous les fanatiques pro-Israël, qui ne connaissaient parfois même pas l’affaire, la brandissent comme une « preuve » d’antisémitisme.

Ces mêmes personnes ont accusé une peluche en forme de pieuvre appartenant à l’écologiste Gretha Tunberg d’être un symbole secrètement antisémite, mais aussi le mot « camper » utilisé par Mélenchon dans un tweet, ou encore un tag « fuck antisémitism » réalisé près d’une université à Paris d’être antisémite. De même, les étoiles de David de couleur bleues inscrites en octobre sur les murs de Paris par un homme d’affaire disant soutenir Israël. A force, plus aucun symbole ne pourra plus être utilisé.

Pour ces gens, tout est antisémite, sauf le Rassemblement National, authentique parti fondé par des nazis, et avec qui ils manifestent sans problème. Allez comprendre.

Cette affaire des mains rouges démontre la guerre médiatique menée par des groupes d’influence pro-israéliens organisés, qui utilisent le mensonge systématique et délibéré comme arme, sans aucun scrupule.

Encore une fois, on pourrait en rire. Sauf que l’assimilation de symboles protestataires à de l’antisémitisme est grave. Cela banalise les persécutions contre les juifs et juives, les rend anodines, les ridiculise. Cette confusion est délibérément entretenue, et quand tout est confus, rendu incompréhensible, quand tout se vaut, le pire est possible.

L’anti-complotisme, nouveau moyen de répression, de censure et de dénigrement des contestations

(post de Contre Attaque)


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