Exerchia la noire...

où les graines de la résistance en Grèce...

par janek.
Mis à jour le vendredi 14 juillet 2017

Comment décrire sans poser d’affirmation ces quelques jours à arpenter les rues d’Exerchia ?
Comment dépeindre ce fourmillement de gens, de couleurs, d’odeurs ?
Comment évoquer tous ces mondes cohabitant et luttant dans ce quartier si particulier ?

Il me faudrait parler de nos villes policées et fades, de la publicité qui assaille nos imaginaires sans nous laisser une minute de repos, de tous ces gens qui filent droit et vite, de ces caméras qui usurpent le moindre de nos gestes pour tenter de comprendre ce qui se joue à Exerchia.
Car ici exit la police, exit la vidéo-surveillance, exit la publicité, exit la face des politiciens véreux, exit les banques, exit les vitrines agressives. Dans ce monde en transition qu’est Exerchia les murs parlent d’eux-mêmes. Ils viennent raconter une histoire à qui est attentif. L’histoire d’un quartier en lutte contre la résignation. L’histoire d’un imaginaire qui tente de se construire en dehors et contre ce monde moribond. L’histoire d’un monde où la solidarité n’est pas qu’un mot vain, l’entraide pas qu’une chimère, la liberté pas qu’une utopie.
Ici la vie sort de ses gonds, elle est comme une rivière en crue qui ne se laisse pas dompter, qui refuse de suivre son lit.

Ce bouillonnement ne vient pas de nul part car le quartier a un long passé de luttes et de résistance. Son nom, Exerchia, vient d’un marchand, Exarchos, qui avait une boutique sur l’actuelle place Exerchia et qui, au XIXe siècle, fit preuve d’une grande générosité en annulant les dettes contractées par un grand nombre de gens dans son échoppe. Geste qui résonne largement aujourd’hui… Durant l’occupation allemande et la dictature des colonels elle fut un refuge pour de nombreux résistants, déserteurs, marginaux. Ce fut même en son sein, à l’école polytechnique occupée par les étudiant.es, que commença le début de la fin pour la dictature. L’occupation fut matée dans le sang mais l’imaginaire social tourna ce jour là. La vague d’indignation et de révolte précipita la chute des colonels quelques mois plus tard !

Que le mouvement insurrectionnel de 2008 ait commencé ici, en réponse à l’assassinat par les flics du jeune anarchiste Alexandros Grigoropoulos, n’est donc pas dû au hasard. A force de souffler sur la braise des cœurs il s’est allumé un brasier. De ce brasier pulsent des concepts mis en actes. Tout le quartier nous susurre les mots d’autogestion, de puissance, de liberté. Nous pourrions même décrire ce qu’il se passe ici comme une tentative de confédéralisme libertaire à l’intérieur d’un quartier. Un foisonnement de squats, de bars activistes, de centres de soin, d’imprimeries, de cuisines sociales autogérées fonctionnant chacun.e avec ses propres règles et assemblées.
Par exemple le Nosotros (l’un des plus vieux lieux du mouvement autogestionnaire d’Exerchia) travaille beaucoup sur l’imaginaire social par le biais de radio, de création de film, d’affiches, de livres. D’autres, comme le Themistokleous 58 sont plus focalisés sur la lutte à proprement parler telles que les occupations, l’ouverture de squats, les barricades et les cocktails Molotov. Beaucoup de squats sont ouverts pour accueillir les familles de réfugiés qui, pour certaines, vivent là depuis de nombreuses années. Les assemblées se font alors écho aux foisonnements d’origines de ses occupant.es et la traduction se fait en simultané, parfois même dans cinq langues. L’un d’eux, le Notara, a subi il y a peu, une attaque à la bombe des fascistes qui a soufflé tout le rez-de-chaussée sans tuer personne. Il fut reconstruit en quelques jours par de nombreuses personnes solidaires. Le K-vox, un bar antifasciste ouvert en 2014, a quant à lui été crée pour soutenir les prisonniers politiques et a permis de débloquer 160000 euros depuis sa création.
Toutes ces infrastructures permettent à de nombreux groupes de s’organiser et de mener des actions contre le capitalisme et son monde. Le plus connu d’entre eux est Ruvicon, groupe antifa infinitaire, qui est connu dans toutes la Grèce pour ses actions d’éclats contre les banques, les institutions de la dette, les fascistes d’Aube dorée.

Alors pourquoi parler de confédéralisme libertaire ? C’est que cette multitude bigarrée ne cherche pas une unité de façade. Ce n’est pas un parti politique avec une ligne et une vision. Bien au contraire, dans cette pluralité qui ne nie pas l’individu, dans ce quartier où de nombreux mondes cohabitent, on ne tente pas d’occulter le conflit. Au contraire, le conflit y est assumé, les divergences aussi. Mais au-delà de leurs différences, il y plusieurs choses qui tiennent tous ces mondes ensemble. Ce qui les lie coûte-que-coûte, c’est la protection du quartier et des acquis du mouvement autogestionnaire face à l’État, le fascisme et les mafias qui tentent de s’y réinstaller. Ils tiennent ensemble car ils ont bien compris que ce n’est que par cette solidarité en actes, ces amitiés de lutte, ces moments de partage et de fêtes qu’ils peuvent résister et construire les mondes de demain...

C’est par ces solidarités aux échelles sans frontières tel que le convoi solidaire entre la France et la Grèce de mars dernier, les échanges de pratiques entre les lieux de luttes, les « Zad partout » que nous pourrons construire une force capable de déserter et de résister au rouleau compresseur du capitalisme. Continuons à tisser des liens d’amitiés et de joies, à arpenter de nouveaux chemins, à raviver la flamme de la révolte qui brûle en chacun.e de nous !

Le brasier est devenu volcan et qui sait quand l’éruption viendra ?

Voir en ligne : Blog de Yannis Youlountas

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